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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 114 (2006). |
« Repartir du côté de la vie » 28 mai 2006 « Le Seigneur Jésus, après leur [les disciples] avoir parlé, fut enlevé au ciel et sassit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils sen allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. » (v. 19-20) « Repartir du côté de la vie » Cette expression, je la reprends de lauteur et romancier, Eric-Emmanuel Schmitt, dans une entrevue à lémission Contact (Télé-Québec, 15 février 2006). Il voulait montrer que la littérature et surtout lécriture théâtrale sont là pour nous faire grandir et nous rendre à la vie. Dans le récit des Actes des Apôtres que reprend la liturgie de ce dimanche, on retrouve cette interrogation qui rejoint laffirmation de Schmitt : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel? » Devant le départ de Jésus, les disciples, déconcertés, ont littéralement le souffle coupé et semble hésitants à repartir, à repartir du côté de la vie. Lévangéliste Marc, contrairement au passage des Actes des Apôtres, ne marque pas cette hésitation. Il écrit ceci : « Quant à eux, ils sen allèrent proclamer la Bonne Nouvelle. » Je traduirais cette citation en des termes semblables comme suit : Quant à eux, ils repartirent du côté de la vie avec lassurance que le Seigneur « travaillait avec eux ». Je pense quon rejoint là le sens de la fête de lAscension : prendre parti pour la vie dans le souvenir de ce que Jésus a vécu, pendant quelques années, au milieu des siens. Jésus na-t-il pas vécu comme nous pour nous rendre à la vie? Pour lévangéliste Marc, linsistance est sur lappel lancé aux apôtres daller vers la vie. Ils sont porteurs dune nouvelle, dune Bonne Nouvelle, pour le présent et lavenir du monde. Après avoir mis leur confiance en la résurrection de Jésus, son départ investit les apôtres dune responsabilité troublante, mais forte de la confiance quils ont mise en Jésus. Cest à eux maintenant et à tous ceux et celles qui croiront au parcours de vie de Jésus de faire exister et grandir cette humanité neuve. Cest un travail de tous les jours et de tous les temps. Cest une responsabilité commune de tous les croyants et croyantes. On le sait dexpérience et à relire lhistoire, cette Bonne Nouvelle peut facilement perdre de sa saveur et de sa fascination pour ouvrir et changer notre humanité. Il y a un danger dusure à même le quotidien. La vigilance est de tous les instants; il faut y croire et y re-croire. À cet égard, quelquun a écrit que les apôtres et nous à leur suite ont été des baptiseurs davenir, des témoins actifs « jusquaux extrémités de la terre », grâce à lEsprit inscrit en eux et au souvenir impérissable des attitudes, des faits et gestes de Jésus. La fête de lAscension est une mise en scène de la montée de Jésus vers le Père. Cette mise en scène est saisissante de profondeur et aussi de naïveté. Elle reste une grande métaphore que les premières générations chrétiennes ont puisée dans leur tradition de foi et aussi dans leur imaginaire pour raconter et aussi pour rendre toute laction de Jésus à la vie, à la vie du monde. Cest maintenant le temps de la foi responsable. À la suite des apôtres, nous sommes invités à interpréter les traces de Jésus, si fragiles, inscrites à la fois dans leur mémoire et, dans leur propre désir de vivre, de témoigner de la vie de cet homme, Jésus. Na-t-il pas dit : « Je suis avec vous jusquà la fin du monde. » Lascension est la mémoire des commencements de la foi, là où la confiance en lEsprit de Jésus est essentielle. De lAscension à la parousie, notre foi est soutenue par une présence en tension. Tension entre une situation dabsence et lattente dune nouvelle présence, toujours là, mais toujours à venir. Reste à nous mettre en route. Un jour, Irénée, évêque de Lyon au 3e siècle, écrira : « La gloire de Dieu, cest lhomme vivant. » Nest-ce pas un appel à repartir du côté de la vie! GUY LAPOINTE |
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