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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 110 (2005).

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Nouvelle agréable

25 décembre 2005
Année B : Nativité du Seigneur
Jean 1, 1-18

 « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (v. 5)

     Les textes de la liturgie de cette année, en ce jour de la Nativité, ne nous mettent pas en contact avec les habituels récits de l’enfance. Enfin! Si nous consentions à nous en tenir à ce que l’on propose, il n’y aurait dans les chaumières ou dans les églises ni crèche, ni anges, ni bergers, ni bœuf, ni âne, ni étoile. Pas de petit poupon rose en cire, joufflu et frisé, ni de Marie de plâtre, l’air frais et dispos à ses côtés. Dépouillement total pour les yeux, et sollicitation complète des oreilles et du cœur. C’est l’année des auditifs… Rien pour nous déconcentrer de la nouvelle extraordinaire qui devrait combler cœurs et âmes. Et pourquoi pas, pendant que nous y sommes, dépouiller aussi l’arbre de Noël de toutes les babioles qu’on dépose à sa base pour nous faire pardonner nos manquements, pour acheter l’amour, la reconnaissance ou la paix d’autrui. Grand ménage autour de Noël pour permettre un grand ménage au cœur de nous, individuellement et collectivement. Pas de tape-à-l’œil, rien d’inutile ou de superflu. Que du recentrement sur l’essentiel, sur ce que l’on porte au plus profond de soi d’amour, d’aspiration, de rêves, et que l’on n’ose pas ou plus exprimer et partager.

     Car les textes de cette année proclament le sens. Ils disent l’euphorie suscitée par une nouvelle, semence d’espérance et de confiance. Au monde ruiné et en proie au défaitisme et au fatalisme, ils annoncent paix, bonheur et salut dans l’ici bas et l’être avec l’autre. Non pas quelque chose de magique qui tomberait du ciel, mais une confiance dans un à-venir où ce qui semble désespérément perdu se voit restauré, remis à niveau, sur des bases reconstituées, nouvellement. Voix du héraut, les deux pieds sur terre, porteur, au cœur de lui, de cette certitude d’une présence de YHWH au sein de nos histoires personnelles et collectives. L’annonce de cette Bonne Nouvelle ne doit pas rester le lot d’une seule personne. En cette fête importante du calendrier liturgique, alors que chrétiens et chrétiennes proclament Jésus de Nazareth, symbole parfait de cette présence de YHWH dans notre ici-bas et notre ici-maintenant, chacun et chacune se trouve invité-e à entrer à la suite du Nazaréen. La fête de la Nativité, si elle célèbre l’introduction du Fils Premier-né dans le monde, selon l’expression de Hébreux (1, 1-6), nous renvoie la responsabilité de faire en sorte que le Premier-né ne soit pas le dernier. Nous sommes conviés à célébrer la Lumière venue dans le monde non pour rester dans l’ombre ou sous l’emprise des ténèbres, mais pour rayonner de l’esprit de Dieu au même titre que celui dont nous célébrons la naissance. Bonne nouvelle du désir divin de voir s’illuminer ce monde de la lumière irradiante de tous ceux et de toutes celles qui ont maintenant le pouvoir d’être enfants de Dieu.

     La Bonne Nouvelle ne vient donc pas de chez le marchand de jouets ou de bébelles électroniques, mais du cœur de soi. Bonne Nouvelle : au cœur de nos vies se trouve le Vivant, et il nous assure que par Lui, avec Lui et en Lui nous pouvons reconstruire ce qui, dans nos vies, semble ruiné, détruit. Bonne Nouvelle comme une invitation à laisser émerger du fond de nous, et ensemble, la vitalité qui permet de retrouver l’autre à nos côtés pour lui dire, les yeux dans les yeux, les mains dans les mains, que nous l’aimons. Invitation lancée de faire confiance à la vie qui ne peut que susciter la vie si elle se branche au désir divin de faire advenir le meilleur possible de chaque personne en ce monde.

     Et si le plus beau cadeau de Noël, cette année, se résumait à puiser à cette Lumière qui habite en nous et qui ne demande pas mieux que d’être répandue jusqu’aux confins de la terre. Si le plus beau cadeau se traduisait par la vérité d’un pardon accordé, d’une caresse offerte, d’un temps partagé, d’une main tendue tendrement, d’un sourire échangé. Si nos cadeaux, cette année, avaient la simplicité de la vie que l’on sent jaillir au fond de soi mais que nous refoulons par peur du ridicule ou de perdre la face devant le monde. Bonne Nouvelle d’oser parce que la Lumière éclaire, parce que YHWH est plus fort que nos ruines, parce que le Premier-Né vit d’espoir de partager cette naissance à Dieu avec tout homme et toute femme de bonne volonté. Souhaitons-nous Joyeuses Naissances!

ROBERT DAVID
Saint-Hippolyte

 

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