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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 110 (2005). |
Ce nest pas moi, cest lui ! 11 décembre 2005
« Qui es-tu? Il le reconnut ouvertement, il déclara : Je ne suis pas le Messie. [ ] Je suis la voie qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur » (v. 20 et 23) Rien de plus désagréable que de rencontrer quelquun qui se prend pour un autre. Sa prétention nous le rend insupportable très rapidement. Par ailleurs, des gens nous inspirent naturellement confiance par leur authenticité et leur humilité dans la vérité. Cest la situation de Jean Baptiste. Lorsque les feux de la rampe ou de la célébrité se fixent sur lui, il les dirige vers celui dont il est le précurseur. Ce nest pas moi, cest lui le vrai; je ne suis que la voix qui annonce la venue, je ne suis que le crieur; ne vous trompez pas, cest lui que vous devez regarder et reconnaître comme le Messie tant attendu. Ce relais que Jean opère vers Jésus est source de joie en ce dimanche où la liturgie invite à se réjouir dans lattente du Seigneur. « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas », proclame Jean Baptiste. Voilà la raison de se réjouir, de relever la tête, de tressaillir de joie dans le Seigneur! Et nest-ce pas là le défi que les chrétiens ont à relever aujourdhui comme au temps de Jean Baptiste : reconnaître aujourdhui dans notre monde, lumière venue dailleurs, que lon a peine à reconnaître, une présence du Christ que lon a misère à discerner et la certitude dune espérance qui est source de joie. Comment pourrions-nous aujourdhui reprendre le cantique du Magnificat suggéré par la liturgie? Comment pourrions-nous être dans la joie alors que la préparation de Noël manifeste tellement que la dimension chrétienne de la fête est de plus en plus occultée par les impératifs commerciaux? Comment pourrions-nous « tressaillir de joie » sans nous fermer les yeux sur tant de souffrance, de pauvreté et diniquités sociales, que nos partages ponctuels du temps des Fêtes parviennent à peine à effleurer? Ce nest que dans le Seigneur que lon peut se réjouir; ce nest quen discernant sa présence, et dans le pauvre et dans le bafoué, quon peut le reconnaître. Alors nos préparatifs de la fête prennent une autre dimension. Alors nos partages deviennent des gestes damour au nom de Jésus. Et notre charité inventive ne se contente plus du minimum pour nous assurer bonne conscience! Lorsque Jean Baptiste détourne lattention de sa personne pour que lon se fixe sur Jésus, il se centre sur lessentiel, le seul qui compte, le seul qui peut nourrir les espoirs de son peuple. Saurons-nous reconnaître lessentiel en ce Noël 2005? Une présence sans cesse dérangeante du Christ au cur de notre monde; nest-ce pas lessentiel? Une présence du Christ chez tous les exclus et les démunis de ce monde en commençant par ceux et celles de notre entourage immédiat. Il est tellement plus facile de reconnaître Jésus dans les yeux brillants des petits enfants chantant Les anges dans nos campagnes que dans les yeux délavés et tristes à mourir des femmes et des hommes abandonnés, exploités, ridiculisés ou oubliés, qui nont pas le cur à la fête. Un vieux cantique de Noël me hante de façon lancinante : « Il y a parmi nous quelquun, que nous ne connaissons pas. » Cest lécho du prologue de lévangile de Jean : « Il est venu chez les siens et les siens ne lont pas reçu. » Sans ouvrir nos curs, comment nos yeux sauront-ils voir au bon endroit, regarder à la bonne place, reconnaître la bonne personne et ressentir une joie intérieure que nul ne pourra nous ravir? GABRIEL GINGRAS |
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