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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 109 (2005). |
Jean Baptiste : le passeur 4 décembre 2005
« Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » (v. 4) Nous sommes familiers avec Jean Baptiste, le précurseur : celui qui prépare la voie au Seigneur. Nous pourrions également parler de Jean Baptiste, le passeur : celui qui conduit un bateau pour accéder à lautre rive. Dans le contexte du Jourdain, ce petit fleuve où Jean Baptiste exerce sa prédication, il serait plus juste dimaginer un bac plutôt quun bateau. Voir le prophète comme un passeur qui, bien humblement, sans prétention, fait passer de sa propre personne à plus grand que lui. Il fait encore passer dun rite symbolique de purification dans leau à une conversion, une nouvelle naissance qui engage toute la personne. Jean-Baptiste sest installé au désert. On sait que cest le lieu où lon passe cest-à-dire le lieu des grandes retraites, des grands silences, pour laisser place aux appels de Dieu. Le désert où lon se retire pour se retrouver ou retrouver lessentiel. Le désert : le lieu qui nous permet de passer à plus, de changer, de repartir avec un nouvel élan ou de prendre un nouveau cap. Jean Baptiste proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Par un geste symbolique, il invite à dépasser les coutumes traditionnelles dun univers religieux attaché à des pratiques rituelles extérieures plus quà la sincérité du cur. La conversion suppose un changement radical, une transformation majeure de lêtre qui se tourne vers Dieu. Jean Baptiste invite à aller plus loin, au-delà des pratiques habituelles pour signifier, dans le bain du Jourdain, le désir dune purification ou dun nouveau départ. Le Messie viendra pour appeler à un autre univers religieux; il ne sagira plus dun bien symbolique, mais bien dune vie nouvelle dans lEsprit Saint. Jean Baptiste, vêtu comme un ascète dans le plus grand dépouillement, se nourrit de sauterelles, comme au temps où le peuple était en esclavage en Égypte, et de miel, ce qui évoque la douceur de la Terre Promise. Cela peut-il suggérer quil se situe à un point de transition, de passage majeur dans lhistoire du Peuple choisi? Dailleurs, en détournant lattention des gens de sa personne pour les orienter vers celui qui vient derrière lui et dont il nest même pas digne de délier la courroie de ses sandales, Jean Baptiste invite au grand passage : laccueil du Messie tant attendu. Cest à ce passage dans la foi quaujourdhui encore, les disciples de Jésus sont constamment invités : reconnaître en eux, dans lÉglise et dans le monde, la présence active du Christ. De passage sur cette terre, dans le désert de nos temps dépreuve, sommes-nous capables dêtre des passeurs à la manière de Jean Baptiste? La conversion personnelle et communautaire emprunte des chemins inédits et souvent inattendus. Passer à plus de vérité, à plus despérance, à plus de charité inventive, en raison de notre confiance en un Dieu présent et agissant aujourdhui dans notre monde, est un programme incontournable. Devenir nous-mêmes des passeurs, dont la conversion appelle à de nouvelles visions à de nouveaux engagements familiaux, sociaux et ecclésiaux est un défi jamais pleinement relevé. Alors que nous aurions le goût de nous installer dans la chaleur de nos chapelles, de nos groupes de prières et de nos activités religieuses familières, se pourrait-il que la Parole de Dieu nous appelle à devenir des passeurs intrépides, courageux, audacieux et dérangeants au cur de gens à aimer, à accompagner? Pour être des passeurs sur lautre rive, pour devenir des passeurs de sens, des transmetteurs de foi, peut-être faut-il dabord nous-mêmes passer au désert où, dans le dépouillement obligé, nous accédons à plus de vérité et dauthenticité? À tout prendre, il est peut-être plus aisé denvisager Jean Baptiste seulement comme prophète et précurseur. Nul noserait se prétendre prophète ou précurseur du Christ aujourdhui. Mais, en termes plus actuels, marcher dans les pas de Jean Baptiste, le passeur, nest pas plus reposant! GABRIEL GINGRAS |
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