|
|
||
|
|
|
|
Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 109 (2005). |
Parole pour une époque hantée par la peur 27 novembre 2005 « Prenez garde, veillez [ ]. » (v. 33) Ma fille me racontait tout récemment cet événement. Elle était à un arrêt dautobus. Un père, avec un bébé dans le carrosse, parlait à son petit garçon, debout près de lui. La langue évoquait un pays de lEst européen. Alors que plusieurs autobus se présentent, le père demande à son fils daller interroger lun des chauffeurs. Au moment où il se dirige vers le bus, celui-ci séloigne. Aussitôt lenfant revient sur ses pas, mais ô drame, le père nest plus là. Dans son énervement, ce dernier était entré dans un des autres bus. Ne voyant plus son père, pris de panique, lenfant se met à pleurer et à crier. Ayant tout vu ce qui se passait, ma fille se dirige vers lenfant, le prend par le bras et le monte dans lautobus où se trouvait le père. À part ma fille, personne de la vingtaine de passants se pressant près de larrêt du bus ne sétait rendu compte de quoi que ce soit. Pourquoi seule ma fille a-t-elle eu les yeux ouverts et a su être alerte? Voilà de quoi il sagit dans lévangile de ce jour : ouvrir les yeux, être alerte. Mais avoir les yeux ouverts sur quoi? Dans limaginaire de beaucoup de chrétiens, il sagit dêtre prêt pour la fin du monde, pour le retour du Christ, dêtre trouvé en « état de grâce », cest-à-dire en bons termes avec Dieu, et ainsi dhériter de son Royaume. Cette vision des choses est très malheureuse et, à mon avis, nous détourne de ce que lévangile nous dit de très important. Premièrement, nous risquons de mourir tous avant un tel événement, mais surtout, comment peut-on appliquer cette parole à ceux et celles qui nous ont précédés et, en particulier, à Jésus lui-même. Vous maccorderez que Jésus a vécu lui-même cette vigilance dont parle le récit évangélique. Comment cet esprit ouvert et alerte sest-il manifesté? À mon avis, sil a pu donner un écho à la prédication de Jean Baptiste et accepter de se faire baptiser, et par là se découvrir une nouvelle vocation, cest quil était prêt à accueillir cet appel de la vie où Dieu parle; il nétait pas endormi. Comment aurait-il pu accueillir tous ces gens sur sa route sil navait pas été alerte à prêter loreille et à entendre? Dans mon entourage, il y a des gens qui ne voient rien, qui ne se rendent compte de rien, alors que dautres sont comme des écrans radar, capables de lire le drame dans le cur dune personne avant même quelle nouvre la bouche. Il y a des gens avec qui on discute en long et en large pour les aider à cheminer et à faire le meilleur choix, mais demeurent « endormis », alors quil y en a dautres à qui on lance à peine quelques allusions et font un bond en avant incroyable. Lenjeu ici nest pas trivial, mais se situe au cur de lévangile. Car le « moment » pour lequel il faut être vigilant et alerte, cest la venue du « Fils de lhomme », que je préfère traduire par « le Nouvel Adam », lhomme nouveau, personnifié bien sûr dabord par Jésus, mais également par chacun de nous. Cette venue est déjà commencée, à moins que nous soyons endormis. Je me suis posé la question : quel est le plus grand obstacle à la vigilance et à lesprit alerte? Plus je me pose cette question, plus la même réponse revient : la foi. Oui, la foi. Pas la foi au sens où lentendent beaucoup de chrétiens, cest-à-dire la foi en lexistence de Dieu et en la vie après la mort, par opposition aux athées. Mais la foi qui me permet de dire : je suis aimé inconditionnellement, ce jour avec ses événements et ses êtres est une parole pour moi, ma vie réussira et nest quune longue préparation à la rencontre avec la source de tout amour. Sans cette foi, linconnu me fait peur, les autres deviennent une menace, et alors ma propre angoisse mempêche découter ceux et celles qui me parlent, de mouvrir aux événements de la vie et je suis incapable dêtre alerte. Lévangile utilise limage dun maître parti à létranger. Cest notre situation où ne pouvons plus toucher Jésus de nos mains, mais où nous est confié la responsabilité de son domaine. Son retour seffectue dans la mesure où nous devenons un peu plus chaque jour lhomme nouveau, la femme nouvelle. Chaque jour nous en donne lopportunité, dans la mesure où nous savons « voir » et « être alerte ». Tout cela exige une confiance incommensurable en la vie. « Que ce soit tard le soir, au milieu de la nuit, au moment où le coq change ou avant la levée du jour », dit le récit de lévangile. En dautre mots, cest luvre dune vie. Voilà ce que veut évoquer ce début du temps de lAvent, alors quon regarde le chemin à parcourir. ANDRÉ GILBERT |
|
| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés | Présence
Magazine © 2005 www.cebl.org 22 novembre 2005
|
||