|
|
||
|
|
|
|
Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 106 (2005). |
Bon comme du bon pain... 29 mai 2005 « Le pain que je donnerai, cest ma chair donnée pour que le monde ait la vie. » (v. 51) On parlera dun homme ouvert à tous et apte au service en disant de lui quil est du bon pain. On dira dune femme toujours disposée à aider les autres et à prendre leur défense sans compter son temps quelle se laisse manger. Une mère, un père dira à lenfant issu de leur amour : Je te croquerais. Ces diverses expériences peuvent nous permettre dentrer dans la compréhension du texte de lévangile de Jean choisi pour la proclamation de la fête liturgique du corps et du sang du Christ, dite habituellement fête du Saint-Sacrement. En effet, cette page de lévangile johannique présente ce quil est convenu dappeler le discours sur le pain de vie ou, encore, le discours eucharistique. Jésus, après la multiplication des pains (Jean 6, 1-15) qui avait provoqué la foule à le chercher et à le questionner (Jean 6, 24 ss.), reproche à ceux qui lont trouvé de navoir désiré le rencontrer à nouveau que parce quil leur avait donné à manger et non à cause des signes quil avait faits devant eux. Néanmoins, dans le discours quil leur adresse maintenant, Jésus révèle aux gens que cest lui qui est « le vrai pain vivant ». Certes, on peut aussi voir, à ladresse des juifs qui se souviennent de la manne - ce pain venu du ciel - qui leur avait permis de survivre dans le désert lors de leur exode, une piste de réflexion que leur offre Jésus. Il semble leur dire : « Si Dieu vous a gratifiés dune nourriture que vous avez dû cueillir et partager lors de votre sortie de la maison de servitude quétait lÉgypte, il vous donne aujourdhui une autre nourriture, un autre pain quil vous appartient de recevoir et de partager. Ce pain, cest moi. Il vous revient de me recevoir, de croire en moi et de ne pas vous considérer propriétaire de moi car « si quelquun mange de ce pain, il vivra éternellement. Cest pour que le monde ait la vie que je donne la mienne. » Pour bien comprendre ce discours que Jean met dans la bouche de Jésus, il faut se référer à dautres passages des Écritures. Ainsi, dans la Première épître aux Corinthiens, on peut lire la parole que Jésus avait prononcé sur le pain lors de son dernier repas avant de mourir : « Ceci est mon corps qui est pour vous. » (11, 24). Dans lévangile de Jean, Jésus énonce sensiblement la même idée : « Le pain que je donnerai, cest ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Les juifs prenant cette parole au premier degré ne peuvent pas comprendre. Pas plus quon ne peut comprendre, si on les reçoit au premier degré, les expressions : « Cet homme, cest du bon pain; cette femme se laisse manger; cet enfant, je le croquerais. » La parole de Jésus dépasse lentendement des juifs comme celui de toute personne qui na pas la foi. Cest avec le cur quon adhère à cette parole. Elle est une proposition de foi, dattachement au Christ qui livre sa vie pour la vie du monde. Comment ne pas évoquer cette autre parole de Jésus : « Moi, je suis venu pour que les humains aient la vie et quils laient en abondance. » (Jean 10, 10) Comme leau vive dont Jésus pouvait abreuver la Samaritaine, une eau qui jaillirait en vie éternelle (cf. Jean 4, 14), le pain quil promet, le pain eucharistique symbolisant de manière sacramentelle sa vie donnée - son corps livré et son sang versé - assure, à qui le reçoit dans la foi, la vie éternelle (v. 52-55). Ce nest que dans la foi que nous pouvons comprendre ce sacrement de leucharistie, comme dailleurs tous les autres sacrements. La réalité symbolique du sacrement, aussi vraie que la réalité physique mais dun autre ordre, marque bien dans le terme même utilisé pour la dire - sumballo : rassembler, unir - lunion du Christ et des chrétiens dans leucharistie. Les baptisés vivent de Jésus par la foi et expriment au mieux cette foi en célébrant leucharistie. Quest-ce à dire pour la vie quotidienne de ceux et celles qui adhèrent dans la foi à la personne de Jésus, le Seigneur? pour la vie quotidienne de ceux et celles qui communient au corps et au sang du Christ? Peut-être nous faut-il faire appel à lenseignement dAugustin pour mieux saisir à quoi nous appelle Jésus qui se fait pain pour la vie du monde : « Deviens ce que tu contemples; contemple ce que tu reçois; reçois ce que tu es : le corps du Christ. » Il ne sagit pas que den rester à la contemplation du Christ, ni même à la pratique pourtant si belle de la manducation du pain de vie, mais den arriver à être nous-mêmes cet autre Christ et de nous faire pain pour les autres. De la pratique de leucharistie à leucharistie mise en pratique dans notre vie, il ny a quun pas. Un pas énorme cependant. La meilleure façon de rendre grâce - cest bien ce que signifie le mot eucharistie - nest-ce pas de prendre ce qui nous vient de Dieu pour le partager à ceux et celles qui partout, dans le monde, ont faim de nourriture nécessaire à la vie, soif deau indispensable à la survie et dun peu de vin aussi pour la fête? Nest-ce pas devenir, comme celui de qui nous prétendons être les disciples, pain pour les autres en consacrant notre vie à lélaboration de la justice qui fait vivre des rapports égalitaires et à la transformation de la société pour que tout homme, toute femme, tout enfant ait sa place au soleil? Le défi que nous pose cette page dÉvangile ne serait-il pas de nous inviter à agir de telle manière quon dise de nous : « Cet homme, cest du bon pain? cette femme se laisse manger? cet enfant est à croquer? » DENISE LAMARCHE |
|
| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés | Présence
Magazine © 2005 www.cebl.org 24 mai 2005
|
||