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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 105 (2005). |
Un deuil qui est source de vie 1er mai 2005 « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. » (v. 18) La vie est un mystère, en ce sens quelle suscite des questions qui nobtiennent pas de réponses. Prenez par exemple le fameux tsunami du sud-est asiatique qui a rasé des régions entières et fait plus de 150 000 morts en cette fin dannée 2004. Au-delà du mouvement spontané daide aux gens sinistrés, nous prenons conscience de limmense fragilité de notre monde qui pourrait disparaître instantanément et nous pouvons nous demander : « Pourquoi Dieu a-t-il créé un monde si instable, si imparfait? Pourquoi ne nous protège-t-il pas davantage? Et dailleurs, se soucie-t-il vraiment de ce qui nous arrive? » Tout dun coup, la terre perd son côté familier et chaleureux. Ne me dites pas : « Mais ce nest pas Dieu qui crée les catastrophes! » Bien sûr que non, autrement il serait sadique. Mais il a voulu un monde où cela soit possible. Cest dans ce contexte que je relis lévangile de ce dimanche. Il sagit dun extrait du long discours dadieu de Jésus. Cet extrait peut se résumer à ceci : par mon décès, je ne serait plus au milieu de vous, mais vous ne vous sentirez pas orphelin dans la mesure où vous continuerez à vous ouvrir à lesprit de vérité et damour qui a marqué ma vie; alors vous ferez lexpérience dune forme de présence qui sera source de vie en vous. Comment une telle affirmation vous rejoint-elle? Une première réaction quil marrive parfois davoir face à de tels passage de lévangéliste Jean est de dire : ce Jésus présenté ici est sorti de limagination dun petit groupe dinitiés collés les uns sur les autres, mais il est complètement déconnecté de la réalité que nous vivons. Un tel évangile peut-il même favoriser le refuge dans un monde intérieur, où on nest jamais déçu, où il ny a jamais de catastrophe, au détriment dune insertion dans le vrai monde? La plus grande erreur que lon commet face à ce passage de Jean est de simaginer quil suffit de se retirer dans son monde intérieur pour faire lexpérience de la présence de Jésus. Pourtant la condition est claire : « Si vous gardez mes commandements. » Et nous savons que les commandements se résument à lamour. En dautres mots, ce nest quen vivant ce long apprentissage à lamour comme la fait Jésus, ce nest quen prenant la même route que la sienne que nous pourrons faire lexpérience de sa présence. Cela me rappelle ce texte dun homme, lu dans le journal. Son père, quil aimait beaucoup et qui a été pour lui un véritable mentor, est décédé alors quil était encore jeune. En mourant, il lui avait promis de communiquer avec lui à partir de lau-delà. Mais rien ne se produisit. Or, un jour il prît le coffre à outils que lui avait laissé son père, et en particulier la truelle du maçon, il ressentit comme un frisson, et le goût de poursuivre son uvre. Ce nétait pas la communication désirée. Mais peut-être quelque chose de beaucoup plus important. Le texte dévangile se termine par ce qui semble le cadeau ultime : « Je me manifesterai à lui. » Regardez donc un peu autour de vous : pour combien de personnes cela constitue le cadeau désiré, le bien le plus précieux? Cest sans doute un peu pour cela que lévangéliste parle du monde qui ne voit rien. Car de même quil faut avoir aimé un conjoint, un parent ou un ami pour désirer sa présence par delà la mort, ainsi en est-il de Jésus. « Si vous maimez », dit Jésus. Pourtant, il y a ici une réalité encore beaucoup plus importante. Quest-ce qui nous permet de vivre un deuil? Quest-ce qui nous permet de traverser une mort tragique ou une catastrophe qui détruit notre monde? Car nous le savons bien, un deuil peut nous détruire comme il peut nous faire naître à autre chose. Nous avons besoin dune personne qui écoute nos larmes, na pas peur de nos cris et de nos révoltes, se montre totalement solidaire et en même temps nous invite à nous remettre en marche et à le suivre sur le chemin de la vie. Aucune idée ne peut jouer ce rôle. Et cest ce rôle que lévangéliste fait jouer à Jésus. Le tsunami met en relief en le grossissant un élément de notre réalité. Cet élément a la capacité de nous détruire complètement ou de nous faire naître à autre chose. Cest cette naissance à autre chose que nous indique Jésus. Ne loublions pas. Ce temps de Pâques pendant lequel est lu cet évangile et où on chante « Alléluia » est un temps de deuil, car il suit la mort tragique de Jésus. Mais ce deuil est devenu pour plusieurs une source de vie. ANDRÉ GILBERT |
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