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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 104 (2005).

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Du voyage au chemin

24 avril 2005
Année A : 5e dimanche de Pâques
Jean 14, 1-12

 « Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. » (v. 4)

Tout ce récit se présente à nous marqué d’un caractère d’intimité. Dans le cadre d’un discours d’adieu, nous assistons à un dialogue entre Jésus et ses disciples. L’échange se fait souvent allusif. Comme si une certaine pudeur, un certain respect empêchaient de dire trop clairement les choses. L’heure est grave, mais tout se passe comme si on voulait encore se réfugier dans l’habituel, ne pas dire tout haut ce que l’on sent inévitable. La mort prochaine est évoquée, la résurrection aussi. Jésus se fait consolant; il veut aussi faire naître la confiance : « Ne vous troublez pas; il y a si longtemps que je suis avec vous. »

     La mort et la résurrection sont évoquées sous le thème du départ en voyage et du retour : « Je vais vous préparer une place; je reviendrai vous chercher. » Et vient alors le thème de la demeure si cher à Jean. Une demeure en la maison du Père rendue possible par l’action de Jésus : sa marche, libre, vers la mort, et sa vie retrouvée en gloire et en service pour les autres. Une demeure possible pour chacun en cette vaste maison. Il y a tant de manières de s’y retrouver. Non pas des demeures qui varient en qualité, qui tiennent au mérite de chacun. Une place, un foyer qui varie selon les besoins, les caractères de chacun. Une promesse, et une consolation : la communion retrouvée, la familiarité à jamais affirmée.

     Puis une question, maladroite, de la part de Thomas. Une question née d’une évidente incompréhension, mais surtout d’un besoin de mieux voir, mieux comprendre : « Où vas-tu? Par quel chemin te rejoindre en ce lieu pour nous si mystérieux? » Une question qui relance le dialogue pour faire appel à la confiance qui déjà devait être forte pour ceux qui avaient tant marché avec lui. Toujours il a été présent à leur tête comme au milieu d’eux. Il les a exhortés, soutenus, provoqués souvent. Il a été leur maître qui enseignait un chemin de vie. Ils n’ont pas toujours compris sa parole ou ses gestes, mais ils avaient confiance en lui. C’est cette confiance qui doit maintenant les préparer à recevoir un ultime enseignement : il sera toujours présent, même dans l’absence apparente, même dans la solitude du silence. Un ultime enseignement qui dit maintenant qui il est vraiment : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie! » Le voyage doit conduire au Père. Le chemin pour y parvenir, c’est lui. Le chemin, c’est la communion avec lui, la confiance en sa parole, la foi en sa vie donnée et partagée jusqu’à devenir leur vie à eux.

     Le dialogue entre Jésus et les disciples au soir du dernier repas devient maintenant dialogue entre nous et lui. Un dialogue dans lequel nous nous reconnaissons. Nous avons l’habitude, comme les disciples, de nous tenir à distance de la réalité de la mort tout en espérant que ce ne soit pas là le dernier mot de tout. Nous avons marché nous aussi à la lumière de sa parole. Nous avons appris à le connaître et une confiance est née. Mais combien souvent nous avons peine à le comprendre vraiment, à dépasser nos horizons les plus immédiats quand sa parole veut nous entraîner tellement plus avant et plus haut en un mystérieux voyage. Il parle de vie, de notre vie qui doit atteindre son authentique bonheur en la maison du Père. L’évocation d’une demeure, d’une place bien à nous en cette maison, nous rassure parfois, nous console souvent quand nous ne voyons en nous, comme autour de nous, que la détresse et l’obscurité. Le but du voyage nous paraît presque clairement quand il est dit ainsi, en des mots qui rejoignent notre expérience et nos espérances. Mais tout cela n’est-il que pour plus tard? Au-delà de la vie? C’est le chemin que nous aimerions connaître et voir. Un chemin qui déjà aurait la saveur d’une demeure, d’un sens à la vie, d’un bonheur accompagnant la marche. Le chemin, c’est lui. Comme lui vivre toutes les étapes : la fraternité, le bonheur familier, et aussi les peines et les épreuves jusqu’à son dernier adieu qui est encore promesse et espérance. Dans le sillage lumineux de Pâques, il nous arrive de mieux comprendre le sens qu’il donne à notre propre démarche. Il nous reste à découvrir comment il est notre chemin : celui qu’à notre manière nous pouvons suivre, tout comme la demeure qu’il nous prépare qui est qui convient à ce que le Père veut que nous soyons.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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