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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 104 (2005). |
Du voyage au chemin 24 avril 2005 « Pour aller où je men vais, vous savez le chemin. » (v. 4) Tout ce récit se présente à nous marqué dun caractère dintimité. Dans le cadre dun discours dadieu, nous assistons à un dialogue entre Jésus et ses disciples. Léchange se fait souvent allusif. Comme si une certaine pudeur, un certain respect empêchaient de dire trop clairement les choses. Lheure est grave, mais tout se passe comme si on voulait encore se réfugier dans lhabituel, ne pas dire tout haut ce que lon sent inévitable. La mort prochaine est évoquée, la résurrection aussi. Jésus se fait consolant; il veut aussi faire naître la confiance : « Ne vous troublez pas; il y a si longtemps que je suis avec vous. » La mort et la résurrection sont évoquées sous le thème du départ en voyage et du retour : « Je vais vous préparer une place; je reviendrai vous chercher. » Et vient alors le thème de la demeure si cher à Jean. Une demeure en la maison du Père rendue possible par laction de Jésus : sa marche, libre, vers la mort, et sa vie retrouvée en gloire et en service pour les autres. Une demeure possible pour chacun en cette vaste maison. Il y a tant de manières de sy retrouver. Non pas des demeures qui varient en qualité, qui tiennent au mérite de chacun. Une place, un foyer qui varie selon les besoins, les caractères de chacun. Une promesse, et une consolation : la communion retrouvée, la familiarité à jamais affirmée. Puis une question, maladroite, de la part de Thomas. Une question née dune évidente incompréhension, mais surtout dun besoin de mieux voir, mieux comprendre : « Où vas-tu? Par quel chemin te rejoindre en ce lieu pour nous si mystérieux? » Une question qui relance le dialogue pour faire appel à la confiance qui déjà devait être forte pour ceux qui avaient tant marché avec lui. Toujours il a été présent à leur tête comme au milieu deux. Il les a exhortés, soutenus, provoqués souvent. Il a été leur maître qui enseignait un chemin de vie. Ils nont pas toujours compris sa parole ou ses gestes, mais ils avaient confiance en lui. Cest cette confiance qui doit maintenant les préparer à recevoir un ultime enseignement : il sera toujours présent, même dans labsence apparente, même dans la solitude du silence. Un ultime enseignement qui dit maintenant qui il est vraiment : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie! » Le voyage doit conduire au Père. Le chemin pour y parvenir, cest lui. Le chemin, cest la communion avec lui, la confiance en sa parole, la foi en sa vie donnée et partagée jusquà devenir leur vie à eux. Le dialogue entre Jésus et les disciples au soir du dernier repas devient maintenant dialogue entre nous et lui. Un dialogue dans lequel nous nous reconnaissons. Nous avons lhabitude, comme les disciples, de nous tenir à distance de la réalité de la mort tout en espérant que ce ne soit pas là le dernier mot de tout. Nous avons marché nous aussi à la lumière de sa parole. Nous avons appris à le connaître et une confiance est née. Mais combien souvent nous avons peine à le comprendre vraiment, à dépasser nos horizons les plus immédiats quand sa parole veut nous entraîner tellement plus avant et plus haut en un mystérieux voyage. Il parle de vie, de notre vie qui doit atteindre son authentique bonheur en la maison du Père. Lévocation dune demeure, dune place bien à nous en cette maison, nous rassure parfois, nous console souvent quand nous ne voyons en nous, comme autour de nous, que la détresse et lobscurité. Le but du voyage nous paraît presque clairement quand il est dit ainsi, en des mots qui rejoignent notre expérience et nos espérances. Mais tout cela nest-il que pour plus tard? Au-delà de la vie? Cest le chemin que nous aimerions connaître et voir. Un chemin qui déjà aurait la saveur dune demeure, dun sens à la vie, dun bonheur accompagnant la marche. Le chemin, cest lui. Comme lui vivre toutes les étapes : la fraternité, le bonheur familier, et aussi les peines et les épreuves jusquà son dernier adieu qui est encore promesse et espérance. Dans le sillage lumineux de Pâques, il nous arrive de mieux comprendre le sens quil donne à notre propre démarche. Il nous reste à découvrir comment il est notre chemin : celui quà notre manière nous pouvons suivre, tout comme la demeure quil nous prépare qui est qui convient à ce que le Père veut que nous soyons. YVON-D. GÉLINAS |
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