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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 104 (2005). |
Le temps de croire 3 avril 2005 « Thomas leur déclare [aux autres disciples] : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, [ ] si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas. » (v. 25) Cette affirmation de Thomas est ferme et on la croirait sans retour. Il nétait certainement pas le seul parmi les disciples à porter cette exigence de « voir » le Seigneur pour pouvoir continuer son expérience croyante. Ce passage dÉvangile, digne des meilleures mises en scène, introduit une sorte de bémol dans un contexte qui aurait pu nous paraître euphorique et merveilleux. Thomas, par son attitude, exorcise en quelque sorte cette situation. Il y a des tensions parmi les disciples; il y a des interrogations. Laffirmation des autres disciples lui disant quils avaient vu le Seigneur le troublait profondément. Il doutait. Il est resté un personnage si vrai, si spontané que limagination populaire sen est emparé jusquà nous rejoindre aujourdhui. Pour caractériser quelquun dont lattitude est de ne jamais oser croire sans avoir vu, on dit de lui quil est « un vrai Thomas ». Mais lorsque quelques jours plus tard Jésus ré-apparaît devant ses disciples à un moment où Thomas sy trouvait, on assiste à un renversement de situation. Même si le passage dévangile ne dit pas si Thomas a réellement touché aux plaies de Jésus, une chose est certaine : Thomas a été touché, il a vu, il a cru. Dans lexclamation : « Mon Seigneur et mon Dieu », il entre dans le monde de la résurrection, là où le temps de la foi sinaugure; là où la foi doit apprendre à faire et à vivre des deuils. Au temps de « voir » a succédé le temps de « croire ». Et dans ce passage et ce temps du croire dans lequel nous nous trouvons, les mêmes questions qui hantaient Thomas et probablement bien des disciples des premières heures nous rejoignent et nous habitent. La remarque de Jésus : « Parce que tu mas vu, tu crois, heureux ceux qui croient sans avoir vu » marque un passage. Elle distingue la génération de témoins directs de la vie de Jésus et la longue suite des croyantes et des croyants qui ne connaîtront pas Jésus de leurs propres yeux. Le temps de la foi devient alors le temps de l« annonce » du Christ et non plus des « apparitions ». On devra apprendre à reconnaître Jésus et à le suivre à travers tous ceux et celles qui, dans le monde, ensemble, travailleront à instaurer un monde de fraternité et de paix, un monde où faire confiance aux autres est la marque la plus profonde du croire. Mais avec Thomas, croire ce nest pas se figer dans une admiration béate de ce que Jésus a dit et fait. Cest porter des interrogations sur nous, sur le monde, sur la qualité de notre suite du Christ en Église. Fernand Dumont, qui fut et reste toujours un phare pour notre expérience de foi, a écrit, et il la répété souvent : « La foi commence par des questions, non par des affirmations Croire, cest conserver au cur lassentiment, linterrogation qui la suscitée Croire, cest choisir sa vie, cest parier sur la condition humaine » Jésus na-t-il pas fait le pari sur la condition humaine et sur un certain visage de Dieu? Il me semble quà la suite de Jésus, Thomas a eu à faire ce pari. Même si on sait fort bien quil existe toujours une bonne part dincrédulité chez lêtre humain, de tout temps, on voit que plusieurs, pour croire, cherchent des signes extraordinaires, du genre apparitions ou visions, en oubliant presque lÉvangile de Jésus, cette force dinterrogation sur Dieu, sur la vie, sur le monde. À la suite de Thomas, on se rend compte que croire, cest ne jamais perdre la mémoire des événements qui ont marqué la vie de Jésus jusque dans la résurrection et dapprendre au jour le jour à tirer le monde dans cette dynamique de résurrection et de désir de paix. Cest alors que Thomas, en accueillant cette dynamique du croire, nous aura rendu un fier service. À nous maintenant de tenter douvrir large le passage vers ce temps de croire. GUY LAPOINTE |
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