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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 104 (2005).

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Le temps de croire

3 avril 2005
Année A : 2e dimanche de Pâques
Jean 20, 19-31

 « Thomas leur déclare [aux autres disciples] : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, […] si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas. » (v. 25)

Cette affirmation de Thomas est ferme et on la croirait sans retour. Il n’était certainement pas le seul parmi les disciples à porter cette exigence de « voir » le Seigneur pour pouvoir continuer son expérience croyante. Ce passage d’Évangile, digne des meilleures mises en scène, introduit une sorte de bémol dans un contexte qui aurait pu nous paraître euphorique et merveilleux. Thomas, par son attitude, exorcise en quelque sorte cette situation. Il y a des tensions parmi les disciples; il y a des interrogations. L’affirmation des autres disciples lui disant qu’ils avaient vu le Seigneur le troublait profondément. Il doutait. Il est resté un personnage si vrai, si spontané que l’imagination populaire s’en est emparé jusqu’à nous rejoindre aujourd’hui. Pour caractériser quelqu’un dont l’attitude est de ne jamais oser croire sans avoir vu, on dit de lui qu’il est « un vrai Thomas ».

     Mais lorsque quelques jours plus tard Jésus ré-apparaît devant ses disciples à un moment où Thomas s’y trouvait, on assiste à un renversement de situation. Même si le passage d’évangile ne dit pas si Thomas a réellement touché aux plaies de Jésus, une chose est certaine : Thomas a été touché, il a vu, il a cru. Dans l’exclamation : « Mon Seigneur et mon Dieu », il entre dans le monde de la résurrection, là où le temps de la foi s’inaugure; là où la foi doit apprendre à faire et à vivre des deuils. Au temps de « voir » a succédé le temps de « croire ». Et dans ce passage et ce temps du croire dans lequel nous nous trouvons, les mêmes questions qui hantaient Thomas et probablement bien des disciples des premières heures nous rejoignent et nous habitent.

     La remarque de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois, heureux ceux qui croient sans avoir vu » marque un passage. Elle distingue la génération de témoins directs de la vie de Jésus et la longue suite des croyantes et des croyants qui ne connaîtront pas Jésus de leurs propres yeux. Le temps de la foi devient alors le temps de l’« annonce » du Christ et non plus des « apparitions ». On devra apprendre à reconnaître Jésus et à le suivre à travers tous ceux et celles qui, dans le monde, ensemble, travailleront à instaurer un monde de fraternité et de paix, un monde où faire confiance aux autres est la marque la plus profonde du croire. Mais avec Thomas, croire ce n’est pas se figer dans une admiration béate de ce que Jésus a dit et fait. C’est porter des interrogations sur nous, sur le monde, sur la qualité de notre suite du Christ en Église.

     Fernand Dumont, qui fut et reste toujours un phare pour notre expérience de foi, a écrit, et il l’a répété souvent : « La foi commence par des questions, non par des affirmations… Croire, c’est conserver au cœur l’assentiment, l’interrogation qui l’a suscitée… Croire, c’est choisir sa vie, c’est parier sur la condition humaine… » Jésus n’a-t-il pas fait le pari sur la condition humaine et sur un certain visage de Dieu? Il me semble qu’à la suite de Jésus, Thomas a eu à faire ce pari.

     Même si on sait fort bien qu’il existe toujours une bonne part d’incrédulité chez l’être humain, de tout temps, on voit que plusieurs, pour croire, cherchent des signes extraordinaires, du genre apparitions ou visions, en oubliant presque l’Évangile de Jésus, cette force d’interrogation sur Dieu, sur la vie, sur le monde. À la suite de Thomas, on se rend compte que croire, c’est ne jamais perdre la mémoire des événements qui ont marqué la vie de Jésus jusque dans la résurrection et d’apprendre au jour le jour à tirer le monde dans cette dynamique de résurrection et de désir de paix. C’est alors que Thomas, en accueillant cette dynamique du croire, nous aura rendu un fier service. À nous maintenant de tenter d’ouvrir large le passage vers ce temps de croire.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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