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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 104 (2005).

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Ces femmes de Pâques...

27 mars 2005
Année A : Veillée pascale
Matthieu 26, 14 - 27, 66

 « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » (v. 10)

Au moment où j’essaie d’entrer dans l’intention de Matthieu annonçant la résurrection du Christ, j’apprends, avec une grande émotion la guérison d’une amie soumise depuis plus de quatre ans à des traitements de chimiothérapie. Cela me parle de retour à une vie nouvelle, de lumière qui commence à luire en ce qu’on appelle le grand matin. Cette nouvelle qui vient de m’être révélée me permet d’entrer — oh, si peu! — dans l’étonnement joyeux des femmes de Pâques.

     Ces femmes venues au tombeau de Jésus étaient sans aucun doute affligées par la mort en croix qu’il avait subie quelques jours auparavant. De plus, elles doivent être craintives. Quel sort, en effet, pourrait-on réserver aux disciples de ce Maître dont elles étaient? Rien de rassurant non plus dans le tremblement de terre (v. 2) et dans ces images de bouleversement que présente Matthieu. L’intervention de l’Ange du Seigneur — le même qui avait rassuré Joseph en lui expliquant la grossesse de Marie et qui était l’enfant qu’elle portait (Matthieu 1, 20) — console les femmes du matin de Pâques. Il les enjoint de ne rien craindre à la vue du tombeau qu’elles trouveront vide. Bien plus, dans la plus grande sobriété, il leur révèle que Jésus est ressuscité (v. 5-6).

     C’est des femmes que l’Ange s’occupe et non pas des gardes qui, bouleversés par la secousse terrestre et par la vision de la pierre du tombeau roulée par le messager divin, « devinrent comme morts ». (v. 4) C’est bien à Marie de Magdala et à l’autre Marie, celles-là même qui avaient assisté à l’ensevelissement du Crucifié (Matthieu 27, 61) que l’Ange révèle le pourquoi du tombeau vide : « Il est ressuscité comme il l’avait dit. » (v. 6) Ces femmes, parce qu’elles sont les intimes de Jésus, peuvent comprendre le message de l’Ange. Elles peuvent entrer dans le mystère qui leur est annoncé. Elles peuvent saisir que la mort n’a pas eu le dernier mot de l’existence toute donnée de Jésus de Nazareth et que Dieu relève les siens, dussent-ils avoir été pendus au gibet. L’ombre de la croix était déjà percée par la lumière de la résurrection. C’est bien le même Jésus qui avait été crucifié qui est ressuscité. Mais les femmes ne le voient pas encore. Elles ne voient, à l’invitation de l’Ange, que le tombeau vide. Elles doivent faire confiance à la parole de l’Ange qui les charge d’une mission.

     C’est ainsi, les femmes de Pâques nous permettent de le saisir de l’intérieur : convaincues d’une conviction de foi que le Nazaréen n’est pas resté dans la mort, elles doivent en porter témoignage. L’Ange du Seigneur les envoie révéler aux disciples de Jésus qu’il est ressuscité et les précède en Galilée (v. 7). C’est sur-le-champ qu’elles doivent partir pour accomplir leur mission. Ce n’est pas qu’aux Onze qu’elles doivent annoncer la résurrection du Christ, c’est aux disciples, à tous ceux et celles qui croient en lui et veulent vivre à sa manière au cœur du monde. Ce qu’elles doivent encore annoncer, les femmes de Pâques, c’est que c’est justement en plein monde, en Galilée, la Galilée des nations, la Galilée des païens (Matthieu 4, 15) que Jésus précède ses disciples. Il est le Sauveur non seulement d’Israël mais de toute l’humanité.

     De la crainte, Marie de Magdala et l’autre Marie passent à la paix et à la joie qui les font partir en toute hâte (v. 8). C’est dans l’accomplissement de leur mission qu’elles rencontrent le Ressuscité qui les salue (v. 9). Ce qu’elles font alors, c’est le geste que les mages ont posé devant Jésus enfant. Elles ont retrouvé Jésus, comme les mages avaient jadis retrouvé l’étoile. Comme eux, elles se prosternent avant d’entendre la parole de Jésus tellement semblable à celle de l’Ange (v. 10), sauf qu’ici, le Ressuscité nomme du beau nom de frères ceux que l’Ange avait appelés disciples. Parole de paix appelant à la confiance. Parole qui charge d’une mission et confie un message lui-même prometteur d’une bénédiction.

     Entre l’adoration des mages (Matthieu 2, 1-12) et l’envoi en mission des disciples par Jésus lui-même (Matthieu 28, 19-20), tout l’évangile de Matthieu est comme une enclave. Quand on cherche Jésus, comme les mages ou comme les femmes de Pâques, on le trouve. Quand on l’a trouvé, il faut s’ouvrir davantage à la rencontre et répondre à l’envoi missionnaire auquel il convoque toujours. Le Ressuscité, ce Jésus de Nazareth toujours le même quoique différent n’attire à lui les humains que pour les envoyer dans le monde, messagers de la Bonne Nouvelle. Les femmes de Pâques auraient-elles déjà perçu ce qu’il annoncera aux Onze : « Moi, voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20)?

DENISE LAMARCHE
Longueuil

 

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