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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 108 (2005).

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Inventer l’amour... toujours

23 octobre 2005
Année A : 30e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 22, 34-40

 « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur [...] Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (v. 37 et 39)

Comment rendre compte de cette expérience d’aimer Dieu? C’est cette question qui semblait être débattue depuis toujours, particulièrement dans les milieux savants du monde juif. Les réponses des rabbins à cette question étaient fort variées. Pour certains, on y arrivait par l’observation intégrale du sabbat; pour d’autres, c’était la consigne : ne pas faire à son prochain ce qu’on n’aimerait pas qu’il nous fasse. Telles étaient les façons, entre autres, pour bien des juifs, de manifester leur amour de Dieu et de répondre à cette invitation du vieux commandement.

     Jésus faisait partie de ce monde. Il commence à faire autorité et il a des disciples. En même temps plusieurs, dans son entourage, semblent craindre ses comportements et ses paroles qui veulent signifier autre chose sur Dieu. Il semble à certains vouloir proposer un autre visage. Une autre image de Dieu est en train de surgir; une autre image de la relation des humains à Dieu aussi. L’Incarnation est bien en route...

     D’où la question embarrassante que les pharisiens posent à Jésus : « Maître, dans la loi, quel est le plus grand commandement? » Mais la réponse de Jésus a quelque chose de fascinant. S’il nomme l’amour de Dieu comme « le grand, le premier commandement », il s’empresse d’ajouter que le second — l’amour du prochain — est semblable au premier, donc tout aussi grand. Il affirme ainsi qu’on ne peut vivre un commandement sans l’autre. Bien plus, il met ces deux commandements sur un même pied.

     En fait, pour Jésus, il n’y a pas deux amours, mais un seul. Ce qui importe de retenir, et en cela Jésus est fidèle à son humanité, c’est que de la qualité de nos relations avec le prochain, quel qu’il soit, vérifie la qualité de nos attitudes envers Dieu. Comment alors dire qu’on aime Dieu, si nos attitudes envers le prochain ne sont pas faites de vérité et de profond amour. En fait, ce que Jésus dit sans le dire à ceux qui lui ont posé la question-piège, c’est que vivre d’amour, c’est vivre de cet amour manifesté par sa vie. Pour ramasser en une formule connue : Jésus dans son humanité nous invite à vivre l’amour qu’il a manifesté et à Dieu et aux personnes rencontrées. Il n’y a pas de dissociation. C’est un seul amour en deux dimensions inséparables, si on me permet cette expression.

     Que signifie alors l’expression aimer Dieu et son prochain? D’une part, on ne peut pas penser Dieu comme un en-soi avec qui on peut régler ses comptes et se mettre en règle. D’autre part, la qualité de nos relations avec les autres dépend toujours de la réponse à l’invitation faite par Jésus de nous ouvrir au prochain et de rejoindre ses désirs et ses besoins parfois criants : besoin d’aimer et d’être aimé. C’est la seule façon d’en arriver à toujours et toujours... inventer l’amour.

     Qu’est-ce que c’est aimer... Dieu? Telle est la question qu’on doit garder en tête. Et les réponses viennent toujours du regard qu’on porte sur notre capacité et sur la réalité de notre amour envers les autres. N’est-ce pas la meilleure manière, dans l’apprentissage constant de notre amour des autres, d’en arriver à saisir de quel amour Dieu nous aime. C’est un travail jamais terminé et qui pourra nous conduire à prendre conscience que l’amour que Dieu nous porte est encore plus grand que ce que nous sommes et que ce que nous vivons.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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