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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 108 (2005).

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Rendez à César !

16 octobre 2005
Année A : 29e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 22, 15-21

 « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (v. 21)

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » La réponse de Jésus est sublime. Les piégeurs sont piégés : « À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent donc et s’en allèrent. »

     Et nous risquons de nous laisser piéger à notre tour. La répartie est tellement bien ciselée, intelligente, brillante. La déconfiture des ennemis de Jésus fait bien notre affaire d’autant plus qu’elle donne la victoire au Christ. À cause de ce contexte conflictuel, nous pouvons interpréter la réponse du Maître en dressant un mur infranchissable entre César et Dieu.

     Jésus ne s’est pas sali? Il a évité de se mêler de politique? Pas si sûr! Il faut rendre à César ce qui est à César! Et ce qui est à César ne se limite pas au tribut que tout sujet doit payer à l’Empire romain. César évoque bien plus que la personne de l’empereur.

     César, c’est la gouvernance de l’État, c’est la mise en œuvre de la vie en société, c’est la promotion de l’être humain au sein des peuples et des nations. César, c’est la prise en charge de cet immense chantier qu’est la planète avec les richesses que déploie la nature. César, c’est le développement des civilisations, de leurs cultures comme de leurs découvertes scientifiques. César, c’est le surgissement progressif de la pensée dans ses multiples facettes au sein des diverses sociétés qui composent la terre. César, c’est le mystère de la personne qui, lentement, jour après jour, de siècle en siècle, se dévoile et se laisse apprivoiser. César, c’est l’histoire qui se construit à même les événements qui marquent le temps au gré des initiatives humaines. César, c’est la prise en charge des joies et des peines, des misères et des espoirs qui habitent les cœurs. César, c’est la réalisation de la justice et le respect de la dignité de la personne. César, c’est la recherche constante de la paix entre les peuples, entre les individus.

     César, c’est l’immense domaine confié à Adam et Ève aux premières heures de la création, pour leur épanouissement, pour la réalisation de leur bonheur : « Soyez féconds, aurait dit le Créateur, et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (Genèse 1, 28)

     Le mandat est vaste. À l’être humain est léguée l’immense tâche de construire un univers à son image et à sa ressemblance, comme il est lui-même image et ressemblance de Dieu. Par conséquent, ce qu’il faut rendre à César peut faire partie de ce qu’il faut rendre à Dieu. Cela ne signifie pas qu’il faille fusionner de nouveau l’Église et l’État. Chacun doit pouvoir vivre autonome. Mais l’engagement dans la cité demeure un appel de Dieu. En partageant la condition humaine comme tous les autres êtres humains, le Fils de Dieu a reconnu la sainteté de cette terre, lieu sacré de toute vie humaine.

     Il ne doit pas exister de mur entre César et Dieu. Les croyants et les croyantes doivent reconnaître que les gestes premiers de leur pratique de croyant demeure avant tout leur engagement social et politique. Leur métier, leur profession constitue leur première liturgie. Leurs recherches, leurs désirs les plus profonds, les projets qu’ils rêvent font partie de leur prière et sont reconnus comme tels par Dieu. Se laisser diviniser par Dieu en travaillant en à humaniser la terre. Participer à la réalisation du royaume annoncé par Jésus en construisant la planète. Bref, rendez à Dieu ce que vous rendez à César!

DENIS GAGNON
Montréal

 

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