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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 108 (2005). |
Un régime dinvitation 9 octobre 2005 « Et la salle de noce fut remplie de convives. » (v. 10) La lecture évangélique de ce dimanche nous rappelle que nous sommes, comme chrétiens, non pas dans un régime dobligation, mais un régime dinvitation. Deux régimes qui sont fort différents lun de lautre. Le régime de lobligation est marqué au coin de la menace : « Tu dois faire ceci et non pas cela. » Le régime de linvitation est au contraire celui dune belle invitation : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce. » Le régime de lobligation est rarement festif, alors que le régime de linvitation suscite la joie de la liberté, du vêtement de fête et dun comportement approprié. Rien nest plus joyeux, en principe, quune noce; il ne faudrait jamais perdre de vue limmense fête de lÉvangile qui ouvre à tous et à toutes les portes de Dieu. Qui ne se sent pas joyeusement invité par Dieu ne connaît pas Dieu. Dieu, comme la si justement écrit Maurice Zundel, « cest quand on sémerveille ». Nous recevons des invitations à des noces, des fêtes, des soirées, des repas damitié, des rencontres pleines daffection. Ces invitations nous parviennent par des cartons dinvitation, des faire-part, des coups de téléphone. Mais il y a beaucoup dautres invitations moins explicitement formulées, voire finement insinuées, sans plus. Ces invitations-là nous sont souvent adressées comme de petits messages en passant et qui nont lair de rien ou presque rien. Plusieurs de ces invitations nous parviennent de personnes que nous sommes tellement habitués de voir! Nous risquons alors de ne plus percevoir des invitations importantes, déterminantes et même dramatiques. Ce sont peut-être les invitations les plus difficiles à décoder. Pour nous exprimer à la manière évangélique, il nous arrive doublier dallumer nos lampes pour pratiquer la vigilance. Notre qualité déveil nest pas suffisamment aiguisée pour déceler au moment important linvitation que le Seigneur nous adresse ainsi quotidiennement. Au cours de lhistoire, il y a eu de ces personnes qui nont cessé dêtre à laffût de linvitation et de la convocation, grâce à des oreilles vraiment présentes avec beaucoup dintuition et de délicatesse. Lattitude découte fraternelle et amicale nous permet même de formuler des prières comme celle-ci : « Seigneur, tu minvites à la fête, ta fête, ma fête. Tu me dis que ta fête est liberté. Tu me dis que ta fête est communion. Jy crois, Seigneur, je veux bien y croire. Mais où est la fête qui libère et fait vivre? Où se tient la fête? Où existe-t-elle cette communion de convives heureux de répondre à linvitation? Seigneur, apprends-moi les libertés qui font vivre, donne-moi le goût des communions qui refont le monde. Redis-moi lheure de me laisser parler damour. » Cette prière, cest la mienne. Et celle de beaucoup de personnes en quête du sens de leur vie. La lecture évangélique de ce dimanche nous rappelle à bon droit quil nest pas si facile de vraiment accepter linvitation et dy répondre convenablement. Garder belle la toilette de noce ou de fête, cest-à-dire être fidèle à un comportement nourri dalliance cordiale et agir dans la logique dune acceptation dune vie de disciples authentiques est un sérieux défi. Linvitation reçue na rien dun effet magique; elle appelle, de notre part, un choix, une réponse, une fidélité. Notre bonheur sera vite démoli, sans la tenue de fête que nous offre le Seigneur, pour autant que nous savons nous en remettre à lui. Autrement, nous nous expulsons nous-mêmes de la noce, nous ne sommes plus élus, cest-à-dire que nous refusons de choisir et de re-choisir ce qui nous ferait sortir de nos peurs, de nos angoisses, de nos échappatoires, de nos occupations fébriles, de nos transactions sérieuses, de nos projets et de nos investissements exigeants. Persévérer dans une réponse au quotidien à un appel requiert beaucoup de constance, de liberté et de persévérance. Rester joyeusement branché, cest certainement un défi quon ne peut relever dans lisolement. Il est plus avisé de laisser lEsprit du Seigneur vivant nous emporter dans le mystère de la pâque toujours renouvelable. Cela est à fêter dune fête mobilisatrice. Puissions-nous entendre linvitation en ce chemin de connivence et de concertation qui nous est offert et que nous sommes toujours invités à re-choisir comme chemin de vie, de communion et de fête. La prière suivante pourrait savérer pertinente : « Seigneur, quand tu veux me parler, fais que je ne prétexte pas que je suis trop occupé pour técouter. Ou trop distrait. Fais que soit indéfectible ma confiance en toi qui, non seulement prépare la fête mais tengage à détruire tout ce qui mempêche de mépanouir dans la joie de lespérance. « Apprends-moi à aimer comme tu aimes, à aider comme tu aides, à donner comme tu donnes, à servir comme tu sers, à secourir comme tu secours, pour ainsi répondre à ton invitation de participer à ta fête et, dans ce sillage, à ton projet de foi, despérance et damour. » RICHARD GUIMOND |
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