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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 108 (2005).

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Un régime d’invitation

9 octobre 2005
Année A : 28e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 22, 1-14

 « Et la salle de noce fut remplie de convives. » (v. 10)

La lecture évangélique de ce dimanche nous rappelle que nous sommes, comme chrétiens, non pas dans un régime d’obligation, mais un régime d’invitation. Deux régimes qui sont fort différents l’un de l’autre. Le régime de l’obligation est marqué au coin de la menace : « Tu dois faire ceci et non pas cela. » Le régime de l’invitation est au contraire celui d’une belle invitation : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce. » Le régime de l’obligation est rarement festif, alors que le régime de l’invitation suscite la joie de la liberté, du vêtement de fête et d’un comportement approprié. Rien n’est plus joyeux, en principe, qu’une noce; il ne faudrait jamais perdre de vue l’immense fête de l’Évangile qui ouvre à tous et à toutes les portes de Dieu. Qui ne se sent pas joyeusement invité par Dieu ne connaît pas Dieu. Dieu, comme l’a si justement écrit Maurice Zundel, « c’est quand on s’émerveille ».

     Nous recevons des invitations à des noces, des fêtes, des soirées, des repas d’amitié, des rencontres pleines d’affection. Ces invitations nous parviennent par des cartons d’invitation, des faire-part, des coups de téléphone. Mais il y a beaucoup d’autres invitations moins explicitement formulées, voire finement insinuées, sans plus. Ces invitations-là nous sont souvent adressées comme de petits messages en passant et qui n’ont l’air de rien ou presque rien. Plusieurs de ces invitations nous parviennent de personnes que nous sommes tellement habitués de voir! Nous risquons alors de ne plus percevoir des invitations importantes, déterminantes et même dramatiques. Ce sont peut-être les invitations les plus difficiles à décoder. Pour nous exprimer à la manière évangélique, il nous arrive d’oublier d’allumer nos lampes pour pratiquer la vigilance. Notre qualité d’éveil n’est pas suffisamment aiguisée pour déceler au moment important l’invitation que le Seigneur nous adresse ainsi quotidiennement. Au cours de l’histoire, il y a eu de ces personnes qui n’ont cessé d’être à l’affût de l’invitation et de la convocation, grâce à des oreilles vraiment présentes avec beaucoup d’intuition et de délicatesse.

     L’attitude d’écoute fraternelle et amicale nous permet même de formuler des prières comme celle-ci : « Seigneur, tu m’invites à la fête, ta fête, ma fête. Tu me dis que ta fête est liberté. Tu me dis que ta fête est communion. J’y crois, Seigneur, je veux bien y croire. Mais où est la fête qui libère et fait vivre? Où se tient la fête? Où existe-t-elle cette communion de convives heureux de répondre à l’invitation? Seigneur, apprends-moi les libertés qui font vivre, donne-moi le goût des communions qui refont le monde. Redis-moi l’heure de me laisser parler d’amour. » Cette prière, c’est la mienne. Et celle de beaucoup de personnes en quête du sens de leur vie.

     La lecture évangélique de ce dimanche nous rappelle à bon droit qu’il n’est pas si facile de vraiment accepter l’invitation et d’y répondre convenablement. Garder belle la toilette de noce ou de fête, c’est-à-dire être fidèle à un comportement nourri d’alliance cordiale et agir dans la logique d’une acceptation d’une vie de disciples authentiques est un sérieux défi.

     L’invitation reçue n’a rien d’un effet magique; elle appelle, de notre part, un choix, une réponse, une fidélité. Notre bonheur sera vite démoli, sans la tenue de fête que nous offre le Seigneur, pour autant que nous savons nous en remettre à lui. Autrement, nous nous expulsons nous-mêmes de la noce, nous ne sommes plus élus, c’est-à-dire que nous refusons de choisir et de re-choisir ce qui nous ferait sortir de nos peurs, de nos angoisses, de nos échappatoires, de nos occupations fébriles, de nos transactions sérieuses, de nos projets et de nos investissements exigeants. Persévérer dans une réponse au quotidien à un appel requiert beaucoup de constance, de liberté et de persévérance. Rester joyeusement branché, c’est certainement un défi qu’on ne peut relever dans l’isolement. Il est plus avisé de laisser l’Esprit du Seigneur vivant nous emporter dans le mystère de la pâque toujours renouvelable. Cela est à fêter d’une fête mobilisatrice. Puissions-nous entendre l’invitation en ce chemin de connivence et de concertation qui nous est offert et que nous sommes toujours invités à re-choisir comme chemin de vie, de communion et de fête.

     La prière suivante pourrait s’avérer pertinente : « Seigneur, quand tu veux me parler, fais que je ne prétexte pas que je suis trop occupé pour t’écouter. Ou trop distrait. Fais que soit indéfectible ma confiance en toi qui, non seulement prépare la fête mais t’engage à détruire tout ce qui m’empêche de m’épanouir dans la joie de l’espérance.

     « Apprends-moi à aimer comme tu aimes, à aider comme tu aides, à donner comme tu donnes, à servir comme tu sers, à secourir comme tu secours, pour ainsi répondre à ton invitation de participer à ta fête et, dans ce sillage, à ton projet de foi, d’espérance et d’amour. »

RICHARD GUIMOND
Montréal

 

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