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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 108 (2005). |
Les deux fils que nous sommes 25 septembre 2005 « Il vint trouver le premier et lui dit : Mon enfant, va travailler aujourdhui à ma vigne. Il répondit : Je ne veux pas. » (v. 28-29) La parabole des personnes qui répondent trop rapidement. Cest un titre de ce genre-là que lon serait tenté de donner à cette petite histoire dun propriétaire de vigne et de ses deux fils. Encore quà considérer le commentaire plutôt lapidaire quajoute Jésus, on pourrait préférer comme titre : La parabole des personnes qui ne se décident jamais. Mais avant même de chercher un titre, il y a ce réflexe spontané quand on entend ou lit une parabole évangélique : À qui, à quel personnage je peux midentifier? Un réflexe spontané, parce que nous avons le juste sentiment quune parabole, cest une parole qui sadresse à nous de manière directe, actuelle, avec une certaine urgence. À qui je peux midentifier? Ici, la réponse risque dêtre : Un peu à tout le monde. On connaît bien cette expérience des parents qui adressent une demande à leurs enfants qui répondent : Oui; mais ne font rien. Ou bien, qui répondent : Non; mais lon sait bien quil faut être un peu patient. Lenfant, ladolescent en viendra malgré tout à faire ce qui a été demandé. Il y a aussi lexpérience de la personne qui cherche des collaborateurs, avec comme résultat des « oui » empressés mais sans lendemain, et des « non », apparemment définitifs, qui se convertissent en actions et gestes efficaces. On peut ainsi sidentifier au père de la parabole, comme à lun ou lautre des deux fils, et surtout aux deux à la fois. Nos réponses trop rapides, peu réfléchies, et nos retours qui conduisent à des gestes tout différents de notre première réaction. À nous en tenir, de près, au texte évangélique de ce jour, cependant, on comprend tout de suite que le personnage central, celui qui commande tout le reste et celui qui nous concerne à la fois parce quil est à lhorizon de toutes nos attitudes et parce quil nous est un type exemplaire cest le propriétaire de la vigne. Un père. En langage clair, le Seigneur lui-même, notre Dieu. Un Dieu qui ne se décourage pas devant lattitude de ses enfants, qui est patient, tolérant. Pas une seule parole de reproche ou même dinsistance. Une simple demande, toute sobre, et lattente de la réponse. Comme si il nous laissait un large espace de liberté où mûrir nos choix, mesurer les élans de nos possibles, affronter les défis lancés à nos fidélités. Avec en plus cette générosité dans laccueil de nos retours. Ce nest pas lui qui nous dirait : Je le savais bien, malgré ton « non », que tu en viendrais à me répondre affirmativement par ta manière dêtre et de faire. Surtout, jamais il ne nous dirait : Je te reconnais bien; toujours prêt à dire « oui », mais jamais capable de te décider à te mettre à luvre. Le propriétaire de la vigne qui adresse un appel et qui ne détourne pas de nous son regard de patience et de respect. Un regard qui nous fait nous plonger en nous-mêmes pour en venir à nous découvrir avec toute létendue de nos possibles. Lattitude du propriétaire de la vigne, du père, dont on reconnaît bien le jeu au quotidien de nos vies, au concret de nos engagements, quand nous sommes tour à tour et en même temps lun et lautre des fils. Nos « oui » enthousiastes à la moindre sollicitation, sans égard aux circonstances comme à la portée possible de nos élans. Nos « non » qui sont souvent comme une peur à lidée dêtre troublés en notre tranquillité, comme aussi une sorte de distance, de réticence vis-à-vis de nous-mêmes, nous jugeant trop faibles, trop incompétents, trop privés de moyens. Retrouver alors le regard du Père sur nous. Ce regard qui laisse du temps pour réfléchir, pour délibérer, pour accepter laventure. Le regard de respect sur nos retours, le regard daccueil de la fluidité de nos fidélités. Regard daccueil de nos conversions quand nous en venons à ne pas seulement considérer ce qui est bon pour nous, mais bon aussi pour les autres vers lesquels nous devenons capables de nous tourner. Avoir ce regard du Père sur ceux-là et celles-là qui disent oui à tout de manière irréfléchie. Et puis sur ceux et celles qui disent non; attendre, patienter et leur laisser les portes bien ouvertes pour un éventuel retour que naccompagneraient pas la gêne ou la honte. YVON-D. GÉLINAS |
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