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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 107 (2005). |
Pardonnez ! 11 septembre 2005 « Jésus lui répondit : Je ne te dis pas sept fois, mais jusquà soixante-dix fois sept fois. » (v. 22) « Combien de fois dois-je pardonner à mon frère qui ma offensé? » À la question de Pierre, Jésus répond que lon doit pardonner toujours, sans compter. Puis vient la parabole qui nous enseigne comment et pourquoi il faut pardonner. Encore ici, une réponse claire et directe : pardonner en ayant pitié de loffenseur et pardonner parce que nous avons nous-mêmes été pardonnés. Tout semble facile et évident. Le Dieu de miséricorde a pris pitié de notre fragilité et de notre faiblesse. Il nous a remis une dette considérable. Notre conduite doit se modeler sur la sienne. Pourtant nous demeurons comme insatisfaits et gênés; tout nest pas si simple dans le concret de la vie. Combien de cas et de situations où le pardon exige tant de nous que nous arrivons mal à nous y résoudre! Un exemple : quand loffense atteint et détruit une personne qui nous est proche, que nous aimons. Et puis, quand loffense est cruelle au point datteindre tellement plus que nous-même ou une seule personne, quelle devient même un geste contre lhumanité, il faudrait avoir au cur un sentiment de pitié pour loffenseur? La date même de ce dimanche 11 septembre nous rappelle quune telle situation nest pas quune hypothèse de casuiste. Tout nest pas dit en ce texte dÉvangile. Cest un peu comme un schéma général du pardon dans le cadre dune communauté de croyants et de croyantes qui savent bien la mesure de la miséricorde de Dieu à leur égard. Rien sur les étapes du pardon, les moyens dy arriver, leffet libérateur du pardon pour loffensé. Nous sommes cependant en présence dun enseignement qui dépasse dabord la seule question du pardon. Un enseignement qui redit que vouloir vivre de lesprit de lÉvangile nest pas un choix aisé. Le chemin de lÉvangile ne peut être parcouru dun seul trait, dun seul mouvement. Mais quand même il faut sy mettre! Il y a un signe de lentrée dans lesprit et la vie de lÉvangile, et cest le désir et le vouloir de pardonner qui souvent en est lindice. Parce que là est le signe de lacceptation dun renversement des valeurs auxquelles le monde nous a habitués. Parce que la communauté des croyants et croyantes ne peut se construire sans la reconnaissance que tous nous avons le besoin dêtre accueillis et daccueillir, en miséricorde et pitié, dans le pardon mutuel toujours à reprendre; sans la reconnaissance de notre humaine condition qui est faillible mais non à jamais condamnable. Cet enseignement de Jésus, lévangile de Matthieu nous le livre au terme dun discours qui porte sur la vie au quotidien de la communauté chrétienne, de lÉglise. Combien de fois faut-il pardonner, comment faut-il pardonner? La réponse ne doit pas être cherchée ailleurs que dans lexemple que Jésus veut être pour nous. Un exemple, un modèle auquel on doit sans cesse tenter de sajuster. Le Christ est pour nous le témoignage du pardon que le Père nous a accordé. Tout au long de son passage parmi nous il a pardonné, avec pitié et miséricorde, avec tendresse aussi, offrant en même temps loccasion et la force de la conversion à une nouvelle orientation des comportements. Au terme de sa vie terrestre, alors quil était soumis à la violence et aux cruautés de ceux qui lui enlevaient la vie et lui volaient sa mort, il a pardonné. Du haut de sa croix, il a été le témoin dun pardon de pitié et de miséricorde qui doit nous faire nous interroger avant de déclarer que le pardon est impossible. Un pardon qui nest pas dignorance des fautes commises, mais qui veut transformer en vie même ce qui soppose à la vie. La pratique du pardon, si exigeante et si difficile soit-elle, sinscrit encore au cur de la vérité et de la cohérence de la vie pour les chrétiens et chrétiennes comme pour lensemble de la communauté chrétienne. Jésus nous a laissé une prière qui est notre signe distinctif. Une prière dans laquelle nous demandons que Dieu nous pardonne comme nous-mêmes nous pardonnons. Demande terrible, si on y songe un peu sérieusement, si nous voulons être en présence de Dieu en vérité et cohérence. Une demande qui suppose que lon accepte dêtre devant le Père tel que nous sommes, avec notre désir dêtre correct. Une demande qui devient laveu de notre besoin de miséricorde, de notre besoin de conversion. Comment un cur sans pitié pour les autres, sans pardon pour les autres, sans franchise avec lui-même peut-il prier le « Notre Père »? YVON-D. GÉLINAS |
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