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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 107 (2005).

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Deux ou trois…

4 septembre 2005
Année A : 23e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 18, 15-20

 « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute […]. Encore une fois, je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de ton Père qui est aux cieux. » (v. 15 et 19)

Voilà un « beau » passage d’Évangile. Un passage qui dit à la fois la fragilité de la vie, ses possibles refus et manquements, en même temps qu’il révèle une voie de fraternité et de solidarité, la seule qui puisse construire la vie et répondre à l’esprit de l’Évangile. Une ardente et discrète présence : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » Mais avant d’affirmer cette présence de Dieu dans la fraternité vécue, Matthieu en fait comme une vérification en plein cœur de la vie : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute […] s’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes[…]. »

     Mais pourquoi donc aller reprendre celui ou celle qui a commis une faute grave? Parce que je suis inquiet pour cette personne; parce que je suis en alerte pour elle, parce que je me sens davantage son frère ou sa sœur, en ce lieu intérieur où nous sommes nés du même Père et à jamais liés à lui. Pourquoi être en alerte? Parce que nous sommes façonnés par le même souvenir des gestes de Jésus. Là est toute la délicatesse de ce passage d’Évangile. On ne va pas vers l’autre en fanfaron et en le criant sur les toits, comme s’il était déjà accusé et jugé. Non une première démarche en presque solitaire suffit : « Va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute », à l’exemple du pasteur qui laisse ses brebis pour prendre soin d’une seule qui semble s’être égarée. Mais si la personne ne veut pas comprendre et évaluer sa situation, alors « Prends avec toi une ou deux personnes[…]. »

     On a nettement l’impression, en parcourant ce passage, que l’évangéliste Matthieu touche à une dimension fondamentale pour guider et construire l’esprit des nouvelles communautés qui se réclament du Christ. On retrouvait la même attitude déjà dans le Deutéronome : « Un témoin ne se présentera pas seul contre un homme qui aura commis un crime, un péché ou une faute : c’est sur les déclarations de ceux ou trois témoins qu’on instruira l’affaire. » (19, 15). Ce qui veut dire que les juifs devenus chrétiens d’y retrouvaient. Une communauté chrétienne se bâtit dans la transparence, dans le regard qu’on est capable de porter sur soi et sur les autres, mais aussi dans le lien de solidarité et de fraternité avers les autres. Au fond, nous retrouvons ici le fondement de toute communauté chrétienne : une communauté qui se façonne à même l’apprentissage du pardon à la lumière des attitudes de Jésus. Mais le jour où quelqu’un est incapable de reconnaître ses fautes, même après que deux ou trois lui aient fait signe, alors Matthieu fait dire à Jésus : « S’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. » Pour nous cette affirmation semble dure, excessive même. Surtout que Jésus a toujours eu des attitudes ouvertes envers les païens et les pécheurs. Il n’a jamais été méprisant à leur égard. Une chose est certaine : le Père, lui, est toujours ouvert et capable de pardonner bien au-delà.

     La communauté de mémoire du Christ n’en est pas une de personnes qui s’isolent les unes des autres, mais une communauté sensible, ouverte, où les membres peuvent reconnaître et se dire leurs faiblesses, sachant que le Père est toujours plus grand et plus accueillant que nous ne le sommes. Bien au-delà des pratiques et des institutions, la présence du Christ au monde tient au simple rassemblement de quelques personnes réunies pour s’aimer, se pardonner et servir. De plus, il faut prendre conscience qu’à deux ou trois, on peut vivre de grandes choses dans la construction d’une communauté de pardon. À nous d’y être sensibles…

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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