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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 107 (2005). |
Entouré de saints et de saintes 24 juillet 2005 « Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. » (v. 45) Hier soir, avant de me coucher, jai eu lidée daller consulter le texte à commenter ce matin, histoire de dormir là-dessus. Comme il le fait souvent dans les évangiles, Jésus se sert de comparaisons, dimages, pour faire intuitionner à ses auditeurs ce quil a en tête quand il leur parle du Règne de Dieu. Ici, il y voit quelque chose de très précieux, tellement que ça mérite quon lui sacrifie tout le reste. Puis, sans transition, il passe à laspect jugement inhérent au Règne. On semble invité à comprendre que ceux et celles qui se seront centrés sur lui partageront le sort des justes, contrairement aux autres. Quand on saisit cela, on est capable de tirer parti tant du neuf que du vieux. En lisant ce passage, allez savoir pourquoi,
la première chose qui me soit venu à lesprit ce fut
de me trouver immensément chanceux dêtre entouré
de gens qui sont lillustration de ces paroles. Je vis « entouré
de saints et de saintes », que je me suis dis. Et je me suis
endormi les larmes aux yeux. Les saints et saintes que je fréquente semblent avoir tous fait des choix similaires dans la vie. Personne ne travaille chez des géants qui exploitent leurs ouvriers, ou de grosses institutions financières, ou des agences de publicité, ou des compagnies qui fabriquent des armes, ou des partis politiques. Elles sont à lemploi de petites boîtes, qui ne peuvent offrir que des salaires modestes garderies, organismes communautaires, médias engagés ou ils se sont mis au service de léducation ou de la santé. Gens aux talents immenses, dévoués, créateurs, qui, ailleurs, auraient pu jouir de revenus substantiels, mais qui ont choisi de sinvestir dans la ligne de leurs convictions. Non sans sattirer lincompréhension de leur famille, de leurs enfants même. Vous les regardez, et en dépit des inévitables coups durs que la vie réserve aux humains, vous les voyez heureux. Ils ont trouvé leur trésor, leur perle, et, pour lacquérir, ont laissé de côté tout le reste. Je suis bien avec eux, avec elles, « entouré de saints et de saintes ». Le fait davoir trouvé leur trésor, davoir par conséquent fondé leur existence sur du solide, leur a permis daborder la vie avec confiance. Aucune dureté chez eux. Leurs enfants ne suivent certes pas le même chemin queux; la foi les marque sans doute de son emprise car les valeurs de lÉvangile transpirent dans leurs choix même sils ny font pas référence, mais la religion de leurs parents leur est totalement étrangère. Ces derniers ont su le reconnaître. Cest de cette capacité de discernement, de jugement sain sur le réel, de relativisation des faux absolus que parle Jésus quand il compare celui qui vit dans la ligne du Règne de Dieu à un maître capable de tirer de son trésor « du nouveau et de lancien ». La vie humaine se passant dans lhistoire, elle implique nécessairement continuité et rupture. Continuité, parce quon reçoit tout du passé : vie, traditions, culture, langue, institutions. Être humain, cest nécessairement être héritier. Mais rupture, aussi, parce que aujourdhui est nécessairement neuf par rapport à hier. Aujourdhui est même la nouveauté par excellence parce que seul à exister, hier nétant plus et demain nétant pas encore. Dans lÉglise, qui traverse lhistoire, le neuf est donc nécessaire. Le vraiment neuf. Pas la même chose autrement, le neuf. Cest pourquoi la plupart des saints et des saintes dont je parle sont marginales ou marginalisés dans leur Église. Celle-ci se voulant à jamais pareille, pour tout le monde. Ce qui signifie souvent : rien que du vieux, pour du vieux monde. Dans la marge, voilà donc où on trouve mes amis. Sans doute sont-ils à la bonne place. A-t-on jamais trouvé un saint au centre? Mais qui peut vraiment dire quil sagit bien de saints et de saintes? Pas eux, car ils seraient bien étonnés de mentendre parler ainsi deux. Pas davantage les membres de linstitution qui, ou bien ne les connaissent pas ou bien sen méfient. Qui donc alors? « Les messagers du Seigneur », voilà qui. Un jour ils les départageront des autres qui, à leur grand étonnement, sentendront dire : « Voilà comment cela vivait, à votre époque, un saint, une sainte. Heureux sont-ils davoir trouvé leur trésor. » Je serai peut-être sauvé parce que jaurai été leur ami. ANDRÉ MYRE |
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