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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 107 (2005).

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Entouré de saints et de saintes

24 juillet 2005
Année A : 17e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 13, 44-52

 « Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. » (v. 45)

Hier soir, avant de me coucher, j’ai eu l’idée d’aller consulter le texte à commenter ce matin, histoire de dormir là-dessus.

     Comme il le fait souvent dans les évangiles, Jésus se sert de comparaisons, d’images, pour faire intuitionner à ses auditeurs ce qu’il a en tête quand il leur parle du Règne de Dieu. Ici, il y voit quelque chose de très précieux, tellement que ça mérite qu’on lui sacrifie tout le reste. Puis, sans transition, il passe à l’aspect jugement inhérent au Règne. On semble invité à comprendre que ceux et celles qui se seront centrés sur lui partageront le sort des justes, contrairement aux autres. Quand on saisit cela, on est capable de tirer parti tant du neuf que du vieux.

     En lisant ce passage, allez savoir pourquoi, la première chose qui me soit venu à l’esprit ce fut de me trouver immensément chanceux d’être entouré de gens qui sont l’illustration de ces paroles. Je vis « entouré de saints et de saintes », que je me suis dis. Et je me suis endormi les larmes aux yeux.
     Je veux donc vous parler de mes amis, de mes frères et de mes sœurs dans la foi, des « saints et saintes » de mon entourage, pour utiliser le langage du Nouveau Testament. En vous souhaitant d’y reconnaître les vôtres.

     Les saints et saintes que je fréquente semblent avoir tous fait des choix similaires dans la vie. Personne ne travaille chez des géants qui exploitent leurs ouvriers, ou de grosses institutions financières, ou des agences de publicité, ou des compagnies qui fabriquent des armes, ou des partis politiques. Elles sont à l’emploi de petites boîtes, qui ne peuvent offrir que des salaires modestes — garderies, organismes communautaires, médias engagés — ou ils se sont mis au service de l’éducation ou de la santé. Gens aux talents immenses, dévoués, créateurs, qui, ailleurs, auraient pu jouir de revenus substantiels, mais qui ont choisi de s’investir dans la ligne de leurs convictions. Non sans s’attirer l’incompréhension de leur famille, de leurs enfants même. Vous les regardez, et en dépit des inévitables coups durs que la vie réserve aux humains, vous les voyez heureux. Ils ont trouvé leur trésor, leur perle, et, pour l’acquérir, ont laissé de côté tout le reste. Je suis bien avec eux, avec elles, « entouré de saints et de saintes ».

     Le fait d’avoir trouvé leur trésor, d’avoir par conséquent fondé leur existence sur du solide, leur a permis d’aborder la vie avec confiance. Aucune dureté chez eux. Leurs enfants ne suivent certes pas le même chemin qu’eux; la foi les marque sans doute de son emprise car les valeurs de l’Évangile transpirent dans leurs choix même s’ils n’y font pas référence, mais la religion de leurs parents leur est totalement étrangère. Ces derniers ont su le reconnaître. C’est de cette capacité de discernement, de jugement sain sur le réel, de relativisation des faux absolus que parle Jésus quand il compare celui qui vit dans la ligne du Règne de Dieu à un maître capable de tirer de son trésor « du nouveau et de l’ancien ».

     La vie humaine se passant dans l’histoire, elle implique nécessairement continuité et rupture. Continuité, parce qu’on reçoit tout du passé : vie, traditions, culture, langue, institutions. Être humain, c’est nécessairement être héritier. Mais rupture, aussi, parce que aujourd’hui est nécessairement neuf par rapport à hier. Aujourd’hui est même la nouveauté par excellence parce que seul à exister, hier n’étant plus et demain n’étant pas encore. Dans l’Église, qui traverse l’histoire, le neuf est donc nécessaire. Le vraiment neuf. Pas la même chose autrement, le neuf. C’est pourquoi la plupart des saints et des saintes dont je parle sont marginales ou marginalisés dans leur Église. Celle-ci se voulant à jamais pareille, pour tout le monde. Ce qui signifie souvent : rien que du vieux, pour du vieux monde. Dans la marge, voilà donc où on trouve mes amis. Sans doute sont-ils à la bonne place. A-t-on jamais trouvé un saint au centre?

     Mais qui peut vraiment dire qu’il s’agit bien de saints et de saintes? Pas eux, car ils seraient bien étonnés de m’entendre parler ainsi d’eux. Pas davantage les membres de l’institution qui, ou bien ne les connaissent pas ou bien s’en méfient. Qui donc alors? « Les messagers du Seigneur », voilà qui. Un jour ils les départageront des autres qui, à leur grand étonnement, s’entendront dire : « Voilà comment cela vivait, à votre époque, un saint, une sainte. Heureux sont-ils d’avoir trouvé leur trésor. »

     Je serai peut-être sauvé parce que j’aurai été leur ami.

ANDRÉ MYRE
Montréal

 

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