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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 106 (2005).

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La paix ne viendra sans doute pas des puissants de ce monde

3 juillet 2005
Année A : 14e dimanche du temps ordinaire
Zacharie 9, 9-10

 « Voici que ton roi vient à toi; il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. » (v. 9)

     Les versets puisés dans Zacharie sont fort évocateurs. D’une part, est lancé l’appel à vivre une joie profonde sans commune mesure qui dépasse de loin nos petits bonheurs passagers. Il s’agit bel et bien d’exulter et de crier de joie. D’autre part, Celui qui vient arrive dans la plus grande humilité pour établir sa justice jusqu’aux extrémités de la terre.

     À la lecture de ce texte, une sérieuse invitation nous est adressée puisqu’une conversion radicale s’impose. N’est-il pas vrai que souvent nous plaçons notre confiance dans ce qui ressemble au pouvoir et à la puissance? Vivant dans un monde gonflé d’apparences, comment pouvons-nous imaginer que ce Roi victorieux puisse arriver dans la plus grande humilité!

     Les risques de fonder notre attente sur l’illusion donnent au texte de Zacharie toute sa pertinence. Le Roi qui vient se présente dans la simplicité et Celui-là seul peut instaurer définitivement la paix pour tous.

     Ces versets suscitent une grave réflexion au sujet des dangers de se fier aux apparences du pouvoir. Dans notre monde axé sur l’absolu de la consommation, ces apparences sont nombreuses. La poudre jetée aux yeux que génère souvent la gloire de ce monde; le pouvoir de l’argent et des possessions terrestres; l’enivrement intellectuel suscité par les beaux discours; les paroles qui trompent et les promesses qui ne font que maintenir le mensonge.

     L’instauration de la paix, pour toutes les nations, ne viendra sans doute pas des puissants de ce monde, mais du cœur transformé des petits qui travaillent au mieux-être et à la conversion des mentalités axées sur l’égoïsme et l’autosuffisance. Dans cette perspective, notre regard intérieur doit se rendre disponible à l’accueil de la justice et de la vérité.

     Combien de génocides ont été la conséquence désastreuse des guerres de pouvoir des puissants? Combien d’êtres humains innocents ont payé de leur vie, la gloire des dictateurs de cette terre? Qu’on ne se méprenne pas. Ces situations perdurent encore aujourd’hui malgré notre silence et notre refus de voir. La barbarie est encore bien présente sur notre planète!

     Marc Chevrier décrit bien ce qu’est la barbarie intérieure : « […] la barbarie intérieure s’est tapie au fond de l’individu démocratique crispé dans le cocon de son identité, devenu insensible à la réalité du monde dont l’opacité l’ennuie ou lui répugne. En somme, cette forme de barbarie est une autre façon de nommer le confinement dans lequel se complaît l’homme fini. » (Marc Chevrier, Le temps de l’homme fini, Boréal, 2005, p. 189.)

     Cette manière très explicite de décrire notre monde intérieur conduit à s’interroger sur la place que nous ferons pour accueillir le Juste qui vient dans la plus grande simplicité. Peut-être que ce sont les humbles et les sans pouvoir qui seront disponibles et ouverts pour recevoir cette paix fondamentale.

     Poursuivons notre réflexion avec Marc Chevrier : « L’ordre libéral relativiste offre à chacun l’espérance de devenir pour lui-même une puissance souveraine, l’auteur et l’artisan de sa vie, de ses valeurs et de ses croyances, bref un individu, c’est-à-dire dégagé de toute attache, qui parvient à l’existence authentique et plénière une fois seulement qu’il a pu affirmer son droit de propriété sur sa personne, envers et contre tous... » (Idem, p. 229)

     Il ne s’agit pas de se laisser aller au pessimisme mais de reconnaître cette réalité qui est la nôtre. Autrement dit, sommes-nous assez dépouillés intérieurement pour laisser entrer ce Juste qui vient? Pouvons-nous être attentifs à son appel dans la cacophonie de bruits qui nous agressent?

     Quel bonheur intarissable ce sera lorsque nous pourrons exulter de joie avec force et laisser tomber les chaînes qui nous retiennent. D’ores et déjà, cette expérience est possible dans la mesure où nous acceptons de revisiter nos manières usuelles de concevoir notre existence sur cette terre. Dans la mesure où nous laissons agir la véritable justice pour que son règne atteigne les confins de notre planète. Dans la mesure aussi où nous cessons d’être les entraves à Celui qui vient.

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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