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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 106 (2005).

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L’Évangile et la vie au grand jour...

19 juin 2005
Année A : 12e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 10, 26-33

 « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. » (v. 27)

     Nous sommes dans une culture et dans un environnement social où les paroles ne sont souvent que des mots qui surgissent de nulle part et semblent aller nulle part. Des mots qui trop souvent parlent de tout et de rien; des mots qui ne disent plus rien, des mots qui sont parfois des cris qui cachent des secrets qu’on aimerait faire connaître. Alors que faire l’effort pour sortir de soi, ouvrir le creux de l’oreille à l’autre, proclamer sur les toits, c’est certainement une clef pour vivre. Mais le besoin de lancer seulement des mots parle beaucoup plus de nos fermetures. Cette attitude peut être symbolisé par le téléphone cellulaire, cet instrument qui crée l’illusion que nous ne sommes plus jamais seuls et par l’appareil de télévision toujours ouvert, bruit de fond qui banalise la parole et le silence.

     Nous entendons beaucoup de mots, des mots cachés, des mots ouverts, mais nous arrivons si difficilement à entrer dans une véritable conversation. Les mots sont devenus comme une musique de fond et qui n’arrivent qu’à ajouter à notre isolement. Nous écoutons sans que ce soit nécessaire d’entamer une conversation, sans que ces mots nous interrogent vraiment; des mots qui ne dévoilent rien, mais qui souvent nous laissent dans nos ombres et ne nous font pas désirer le grand jour.

     Jésus avait conscience que la vie se joue à la fois dans le secret et dans le plein jour, tout autant dans les côtés ombrageux et lumineux de la vie. Mais on pourrait dire que les lieux de naissance de la vie se jouent surtout dans le secret. Les grandes choses de la vie, les expériences les plus marquantes naissent dans le secret. Or, la question reste constante : vais-je dévoiler ce que j’ai reçu en secret, sachant fort bien que la vie se chargera bien un jour ou l’autre d’ouvrir le secret au grand jour? Pourquoi le ferai-je?

     Garder silence : qu’est-ce à dire? On sait qu’il y a toutes sortes de silence. Des silences qui disent la peur, la trahison, l’indifférence, quand ce n’est pas le mépris. Des silences qui disent la joie, l’espérance. Des silences si étonnants et intenses qu’on ne trouve plus les mots. Ces silences permettent d’entendre l’inexprimable. Ces silences parlent et parlent souvent plus fort que les mots.

     Il y a des silences qui sont muets et qui resteront muets. Ils ne font pas avancer la vie; ils ne disent pas les espoirs, encore moins l’espérance chrétienne. Au fond, quand Jésus appelle à sortir les paroles de l’ombre vers le grand jour, et même à « crier sur les toits », il nous dit qu’il y a un temps pour tout, pour reprendre l’expression de l’Ecclésiaste. Il y a un temps pour la discrétion et un temps pour parler plus haut. Ce que nous portons de plus profond en nous, toutes ces révélations qui nous sont faites sur la vie, sur la mort, sur Dieu, cela se traduit à la fois dans le silence et dans les paroles dites et prononcées à voix haute. Notre vie peut se dire autant dans le silence que dans la parole; Dieu s’est dit à travers cet homme Jésus qui a souvent gardé silence, qui s’est exprimé dans des gestes. Tout bien pesé, Jésus a assez peu parlé; les Évangélistes s’en sont chargés. Mais chez lui, ce qu’il portait comme vie, comme relation à Dieu, son Père, s’exprimait autant dans le silence que dans des paroles. Tout sortait de l’ombre pour se dire sur les toits.

     Voilà. Il n’est pas question de se taire ou de parler; il est question de se dire autant dans le silence que dans la parole. En ce sens, tout en nous se dévoile, comme Jésus l’a fait tout au cours de sa vie. Il s’est dévoilé en dévoilant Dieu; il nous a dévoilé à nous-mêmes en se dévoilant lui-même. Tel est le sens de la vie, tel est le sens de l’Évangile : non pas cacher des choses dites en secret; non pas parler pour parler, mais vivre, s’exprimer, exprimer ce qu’on porte de plus profond en nous et qui arrive souvent difficilement à se dire. En désirant rejoindre les grands espaces de l’Évangile, l’Esprit de Jésus fera monter en chacun et en chacune, dans toutes les communautés, le silence et les mots pour dire l’espérance.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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