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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004).

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La foi : une expérience si humaine!

23 janvier 2005
Année A :3e dimanche du temps ordinaire
1 Co 1, 10-13.17

 « Le Christ est-il donc divisé? » (v. 13)

Dans l’environnement de la semaine de prières pour l’unité des chrétiens, ce passage de la première lettre de Paul aux Corinthiens est à la fois intrigant et interrogateur. On se dispute dans cette communauté de Corinthe, comme les chrétiens l’ont si souvent fait au cours de l’histoire et encore dans un passé récent. La foi chrétienne est une recherche à même les grandeurs et les misères dont est capable notre humanité. Elle « se recueille » et se transmet à travers des personnes qui finissent par représenter une sorte d’idéal d’identification jusqu’à en oublier le socle de cette foi : le Christ. La foi une expérience si humaine!

     Si tôt, dans l’accueil de cette expérience de foi encore jeune, les chrétiens de Corinthe semblent chercher à en saisir la nouveauté transmise par telle ou telle personnalité. Le climat ne semble pas des plus fraternels. On cherche la singularité de l’expérience de foi dans une recherche d’identification à une personne significative pour chacun. Saint Paul résume bien, dans sa lettre, comment se joue cette identification : « Chacun de vous prend parti en disant : Moi, j’appartiens à Paul; Moi, j’appartiens à Apollos… Moi, j’appartiens au Christ. » On connaît tous ces personnages, un peu moins Apollos, un juif baptisé par Jean et qui était, rapporte-t-on, un excellent orateur, un homme séduisant.

     Ces chrétiens de Corinthe sont aux prises avec leur quête de sens dans la suite du Christ, de cette mémoire vive dans leur vie. Ils cherchent à dire cela à travers les modèles que la société de leur temps leur offre. Il faut savoir qu’à cette époque, appartenir à quelqu’un, c’était comme être acheté par lui et en payer le prix. Les Corinthiens se targuent en quelque sorte d’être la chose d’un homme prestigieux. Là on semblait y trouver son identité et en quelque sorte la nouveauté de la foi. En se réclamant de Pierre, d’Apollos, de Paul ou du Christ, les Corinthiens se mettent en valeur et leur foi a un visage. Qu’aurions-nous fait à leur place?

     Pourtant, quand Paul demande : « Le Christ est-il donc divisé? » il pose une excellente question. Et elle nous rejoint aujourd’hui. C’est un peu comme si on disait : « Moi, j’appartiens à la communauté Saint-Albert-le-Grand »; « Moi, je suis protestant »; « Moi, je suis orthodoxe », et que cette appartenance exprimait une exclusivité. Paul reprend l’argument du baptême : on est baptisé dans le Christ. Ce n’est pas la personne qui baptise qui est la référence la plus importante – c’est en ce sens que Paul affirme qu’il n’a pas lui-même baptisé-; il s’agit, par le baptême, de suivre les traces du Christ qui a passé l’épreuve de la croix pour se lever dans la Vie. Et ce baptême est le même pour tous. Bien sûr, on peut reconnaître qu’un tel ou qu’une telle nous a marqué dans notre cheminement de foi, et c’est bien qu’il en soit ainsi. De cette façon, l’appartenance au Christ relève d’itinéraires fort diversifiés. Chaque être est unique et partant différent. Cela peut poser problème, mais c’est surtout une richesse.

     Les cheminements parfois fort difficiles et éprouvants qu’ont vécus les différentes Églises chrétiennes dans l’histoire et encore aujourd’hui, gagneraient à être perçus non comme uniquement des blessures, mais comme des richesses. Nos différences ne devraient pas voiler la figure du Christ, mais le manifester différemment, sous divers éclairages.

     Devenir chrétien, être du Christ, c’est se mettre en route; c’est renoncer à toutes les identifications pas si loin de l’idolâtrie. C’est, d’une certaine mesure, lâcher prise. L’appartenance au Christ est une immense liberté qui ouvre à la différence de l’autre. Cette aventure de la foi au Christ est trop vaste et trop profonde dans l’espérance des femmes et des hommes, pour être partagée dans le cadre limité d’une seule expression, d’une seule tradition, même si elle se doit d’être la plus catholique, la plus universelle possible. C’est certainement une condition pour qu’elle garde sa nouveauté et sa capacité de créativité. L’œcuménisme est un apprentissage à la différence, seul lieu d’une communion vraie. Oui, l’expérience chrétienne est bien une expérience incarnée. Le Christ en est la pierre angulaire.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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