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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004). |
LAgneau de Dieu 16 janvier 2005 « Jai vu lEsprit descendre... et demeurer sur lui. » (v. 32) On rencontre quelquun et dun coup on est comme frappé : cette personne nous impressionne. On ne sait trop pourquoi. Il y a en cette personne une qualité qui sort de lordinaire, qui se présente comme une promesse qui fait naître une attente. Une meilleure connaissance nous révélera peut-être qui est vraiment cette personne, la place et limportance quelle tiendra en notre vie. Parfois cest bien après lévénement de la rencontre, parfois après la disparition de celui qui a été rencontré que le jeu du souvenir devient pour nous révélation de ce qui a été et continue dêtre un fait marquant pour nous. Alors, on donne un nom à cette personne, un nom qui doit tout dire delle, qui est un témoignage rendu à celui ou celle qui un jour est venu vers nous. Cest un peu ce que lévangéliste Jean nous dit aujourdhui : la rencontre du Baptiste et de Jésus. Surtout litinéraire de foi que cette rencontre a inauguré pour Jean-Baptiste et le témoignage quil rend à Jésus, le nom quil lui donne. Par un artifice littéraire, nous entendons ici ce que Jean-Baptiste aurait pu dire de Jésus sil avait vécu lévénement pascal. Il avait vu Jésus venir vers lui. Un homme qui marchait derrière lui avec ses disciples, avec la foule qui venait au baptême deau et de pénitence. Mais un homme dune stature telle quil aurait dû marcher non pas derrière mais devant le rude prophète baptiseur. Et puis, à la suite de toute la vie de Jésus, de sa parole, de ses gestes, le témoignage que Jean-Baptiste veut lui rendre : il est celui qui devait venir, lÉlu de Dieu, celui qui venait baptiser dans lEsprit. Un nom qui résume tout de la personne et de laction de Jésus est prononcé : il est lAgneau de Dieu. Un nom qui nest pas sans présenter de difficultés pour nous. « Agneau » devrait désigner un doux personnage, inoffensif, sans défense, qui se laisse conduire sans rien dire, rien réclamer. Pourtant, cest tout le contraire que Jean veut évoquer. Dans la lignée prophétique qui est la sienne, cest le rappel de la figure du serviteur injustement traité « comme un agneau conduit à la boucherie et nouvrant pas la bouche » (Isaïe 53, 7). Lagneau qui porte sur lui tout le mal du monde, qui dans sa condition de serviteur est vainqueur, au delà des apparences dhumilité et de soumission, de ce mal du monde. Évocation encore sans doute de lagneau pascal que lon mange debout, dans lattente du pardon et du salut. Le voici cet agneau, figure du Messie de Dieu. Enfin, dans ce contexte de relecture pascale, un nom qui évoque la grande vision de lApocalypse : lagneau pris du troupeau, qui assume la défense de ses frères en dispersant ses ennemis, qui siège au ciel en gloire et lumière. Lagneau qui annonce le monde nouveau qui est inauguré en la personne de Jésus. Bien loin dune charmante évocation pastorale, le nom dAgneau donné à Jésus est le résumé de tout ce quil est : celui qui, sans violence, sans guerre ouverte et meurtrière, donne la victoire, celui qui rend possible le pardon et qui sauve. « Voici quil vient, quil est venu et est encore à venir, lAgneau de Dieu ». Tel est le témoignage rendu par Jean-Baptiste à celui quil a appris à connaître en son itinéraire de foi. Itinéraire marqué par le doute, mais plus encore par la confiance en la réalisation des promesses de Dieu. Entendu au début dune année liturgique, après les récits de la Nativité, au moment douvrir lÉvangile au cours de toute une série de lectures dominicales, ce témoignage post-pascal est pour nous comme un avertissement et un appel. Lavertissement que ce que nous allons entendre et redire de la démarche de Jésus en cette terre, de sa parole qui sera proclamée pour la joie et le salut du monde dépasse toutes paroles de sagesse et de consolation. Avertissement encore que celui qui marche des chemins semblables aux nôtres, qui sadresse à nous est toujours à découvrir en sa totale personnalité, quil est marquant et déterminant pour nous. Appel aussi à entrer encore et toujours dans un itinéraire de foi. Aller de celui que lon ne connaît pas, ou mal, ou partiellement jusquà la personne de celui qui vient sans cesse pour notre bonheur et notre salut. YVON-D. GÉLINAS, OP |
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