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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004).

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L’Agneau de Dieu

16 janvier 2005
Année A : 2e dimanche du temps ordinaire
Jean 1, 29-34

 « J’ai vu l’Esprit descendre... et demeurer sur lui. » (v. 32)

On rencontre quelqu’un et d’un coup on est comme frappé : cette personne nous impressionne. On ne sait trop pourquoi. Il y a en cette personne une qualité qui sort de l’ordinaire, qui se présente comme une promesse qui fait naître une attente. Une meilleure connaissance nous révélera peut-être qui est vraiment cette personne, la place et l’importance qu’elle tiendra en notre vie. Parfois c’est bien après l’événement de la rencontre, parfois après la disparition de celui qui a été rencontré que le jeu du souvenir devient pour nous révélation de ce qui a été et continue d’être un fait marquant pour nous. Alors, on donne un nom à cette personne, un nom qui doit tout dire d’elle, qui est un témoignage rendu à celui ou celle qui un jour est venu vers nous.

   C’est un peu ce que l’évangéliste Jean nous dit aujourd’hui : la rencontre du Baptiste et de Jésus. Surtout l’itinéraire de foi que cette rencontre a inauguré pour Jean-Baptiste et le témoignage qu’il rend à Jésus, le nom qu’il lui donne. Par un artifice littéraire, nous entendons ici ce que Jean-Baptiste aurait pu dire de Jésus s’il avait vécu l’événement pascal.

   Il avait vu Jésus venir vers lui. Un homme qui marchait derrière lui avec ses disciples, avec la foule qui venait au baptême d’eau et de pénitence. Mais un homme d’une stature telle qu’il aurait dû marcher non pas derrière mais devant le rude prophète baptiseur. Et puis, à la suite de toute la vie de Jésus, de sa parole, de ses gestes, le témoignage que Jean-Baptiste veut lui rendre : il est celui qui devait venir, l’Élu de Dieu, celui qui venait baptiser dans l’Esprit. Un nom qui résume tout de la personne et de l’action de Jésus est prononcé : il est l’Agneau de Dieu.

   Un nom qui n’est pas sans présenter de difficultés pour nous. « Agneau » devrait désigner un doux personnage, inoffensif, sans défense, qui se laisse conduire sans rien dire, rien réclamer. Pourtant, c’est tout le contraire que Jean veut évoquer. Dans la lignée prophétique qui est la sienne, c’est le rappel de la figure du serviteur injustement traité « comme un agneau conduit à la boucherie et n’ouvrant pas la bouche » (Isaïe 53, 7). L’agneau qui porte sur lui tout le mal du monde, qui dans sa condition de serviteur est vainqueur, au delà des apparences d’humilité et de soumission, de ce mal du monde. Évocation encore sans doute de l’agneau pascal que l’on mange debout, dans l’attente du pardon et du salut. Le voici cet agneau, figure du Messie de Dieu. Enfin, dans ce contexte de relecture pascale, un nom qui évoque la grande vision de l’Apocalypse : l’agneau pris du troupeau, qui assume la défense de ses frères en dispersant ses ennemis, qui siège au ciel en gloire et lumière. L’agneau qui annonce le monde nouveau qui est inauguré en la personne de Jésus. Bien loin d’une charmante évocation pastorale, le nom d’Agneau donné à Jésus est le résumé de tout ce qu’il est : celui qui, sans violence, sans guerre ouverte et meurtrière, donne la victoire, celui qui rend possible le pardon et qui sauve.

   « Voici qu’il vient, qu’il est venu et est encore à venir, l’Agneau de Dieu ». Tel est le témoignage rendu par Jean-Baptiste à celui qu’il a appris à connaître en son itinéraire de foi. Itinéraire marqué par le doute, mais plus encore par la confiance en la réalisation des promesses de Dieu.

   Entendu au début d’une année liturgique, après les récits de la Nativité, au moment d’ouvrir l’Évangile au cours de toute une série de lectures dominicales, ce témoignage post-pascal est pour nous comme un avertissement et un appel. L’avertissement que ce que nous allons entendre et redire de la démarche de Jésus en cette terre, de sa parole qui sera proclamée pour la joie et le salut du monde dépasse toutes paroles de sagesse et de consolation. Avertissement encore que celui qui marche des chemins semblables aux nôtres, qui s’adresse à nous est toujours à découvrir en sa totale personnalité, qu’il est marquant et déterminant pour nous. Appel aussi à entrer encore et toujours dans un itinéraire de foi. Aller de celui que l’on ne connaît pas, ou mal, ou partiellement jusqu’à la personne de celui qui vient sans cesse pour notre bonheur et notre salut.

YVON-D. GÉLINAS, OP
Ottawa

 

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