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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004). |
Vrai ou pas vrai? 2 janvier 2005 « Où est le nouvellement-né roi des Judéens? » (v. 2) Le récit de la visite des astrologues à Bethléem est un de ceux à propos desquels se pose le plus clairement la question de la vérité dun texte. Dun côté, à peu près tout dans cette narration est de lordre de linvraisemblable. Et il ne sagit pas que de détails. Le coeur du récit, en effet, tient dans la question du début posée par les astrologues : Où est le nouvellement-né roi des Judéens ? Cette formulation dépend de la première des deux assertions fondamentales du christianisme naissant que sont la seigneurie et la résurrection de Jésus. Paul a réussi à les énoncer en peu de mots dans son célèbre verset de Rm 10,9 :
Tout comme pour sa résurrection, la proclamation de la seigneurie de Jésus relève du domaine de la foi. Résurrection et seigneurie sont deux réalités ou événements survenus hors du temps et de lhistoire, dans la dimension de Dieu. Seule la foi peut les dire. Certes, si elles sont de lordre de lau-delà, elles échappent à lemprise du temps, mais les humains, en loccurrence les premiers croyants, qui eux, vivaient dans lhistoire, nen ont pris conscience quaprès la mort de Jésus. Historiquement parlant, il est donc tout à fait invraisemblable que des hommes, païens de surcroît, aient pu reconnaître la royauté de Jésus avant quelle ne lui ait été conférée dans lau-delà de Dieu (lectrices et lecteurs comprendront quil relève de la faiblesse de la pensée humaine que dainsi coordonner des réalités de lhistoire et de lau-delà). Si on prend au sérieux lhumanité de Jésus, sa résurrection et sa seigneurie étant la réponse de Dieu à la fidélité de son existence, il fallait nécessairement attendre que se termine cette vie pour apprendre la valeur quelle avait aux yeux de Dieu. Le récit sur la visite des astrologues est donc un récit proprement chrétien, rédigé dans une perspective de foi. (Il va même jusquà faire naître le Galiléen Jésus en Judée pour lauteur, il fallait que le Messie de son récit soit bien né là où lÉcriture le disait). Si tout cela est « vrai », alors lhistoricité du texte se réduit à peu de choses : un cadre socio-politique correspondant à ce que nous savons de lépoque et un temps vraisemblable où situer la naissance de Jésus, soit quelque part au cours des dernières années du roi Hérode le Grand (mort en 4). Tout le reste relève dune création chrétienne : visite -guidée par une étoile- dastrologues venus du monde païen, émoi des autorités politiques et religieuses, prosternation devant le roi des Judéens, etc. Un jugement sans appel peut donc tomber de la part des post-modernes que nous sommes : pas grand-chose de vrai dans ce texte! Et pourtant La vérité dun écrit ne se réduit pas au jugement dhistoricité. Les Anciens nétaient pas moins fins que nous. Les premiers chrétiens, lévangéliste y compris, savaient bien que Jésus était né en Galilée (voir Jean 7,41-42). Et que la foi avait débuté après la mort du Nazaréen. Sils nétaient pas dupes de ce quils écrivaient, cest quils avaient conscience de ce quils faisaient. Et, dans le récit qui nous occupe, cest très clair. Leur texte est à la fois mordant dironie et empreint dune très grande tristesse. Quand Matthieu écrit son évangile, les jeux sont faits. Son peuple, quil aime passionnément, a refusé la foi chrétienne. LÉglise se compose donc en grande majorité de chrétiens dorigine païenne. Dans son texte, lauteur va certes parler de Jésus. Mais celui dont il traite est beaucoup moins le Jésus « historique » que le Jésus en train dinterpeller sa communauté, soit le Jésus Christ de la foi. Et dès le début de son livre, il explique aux siens les enjeux. Dabord, et cest paradoxal, il leur faut accepter que les païens se tournent massivement vers la foi chrétienne, alors que les autorités du peuple issu dAbraham sen détournent. Ce quil y a de troublant, cest que ces gens connaissent très bien lÉcriture. Ils ont étudié, ils savent tout du futur roi dIsraël. Mais pas question de se déplacer physiquement, psychologiquement, religieusement, pour aller le rencontrer. Leur savoir tourne à vide. Du côté des autorités politiques, cest pire. Le pays est gouverné par un roitelet sanguinaire, imposé au peuple par lEmpire. Il a sa propre milice à son service, et, si elle ne suffisait pas, il peut recourir aux légions impériales. Cette fois, elle suffira. Quand la marionnette royale se rend compte quelle a été déjouée, que les astrologues ne feront pas partie de ses services de renseignements, elle réagit de la seule façon quelle connaît, la violence. Des enfants mourront (2,16). Voilà bien ce que montre ce texte qui traverse les siècles. Toujours, les pasteurs savent, mais ils décident de suivre linstitution, qui leur interdit de bouger. Toujours, quand les politiciens apprennent ce qui se passe dans leur peuple, ils tuent, de toutes sortes de façons. Vrai ou pas vrai ? ANDRÉ MYRE |
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