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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 109 (2005).

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Horizon de sens, projet de Vie

20 novembre 2005
Année A : Christ, Roi de l’Univers
Matthieu 25, 31-46

 « […] c’est à moi que vous l’avez fait. » (v. 40b)

     Quel texte révélateur sur le sens profond d’un simple geste à poser au fil de nos quotidiens! Nourrir, désaltérer, accueillir, vêtir, visiter, venir. Souvent sans éclats ni échos et même routiniers, ces gestes porteraient en eux, semble-t-il, les promesses du Royaume. Dans son évangile, Matthieu annonce la radicalité évangélique de l’hospitalité, de la compassion et de la miséricorde enfouie dans ces gestes à saveur d’humanité et d’éternité. Désormais, la portée de ces gestes ouvre un horizon de sens et débouche sur une praxis.

     À même les croisées de nos chemins, des personnes rencontrées réveillent en chacun et en chacune de nous des touches de cette humanisation. Il est plus facile de répondre à leurs besoins, chemin faisant, sans trop changer de trajectoire dans nos itinéraires respectifs. Dans un tel contexte, l’évangile de Matthieu n’est pas trop confrontant.

     Par ailleurs, d’autres personnes rencontrées viennent nous perturber dans nos convictions de rassasiés à cause de leur faim à combler, de leur soif à étancher, de leur étrangeté à accueillir, de leur nudité à couvrir, de leur maladie à soigner ou de leur prison à visiter? Est-ce toujours aisé de venir auprès d’elles? Alors, ces petits gestes anodins exigent de nous un altruisme dépouillé de toute attente. La banalité du geste posé s’efface devant le dépassement demandé pour le réaliser.

     Tout cela sans compter les fois où les rôles sont inversés; toutes les fois où nous avons à franchir les frontières du silence et de la pudeur pour oser demander à notre tour. Comment se fait-il que nous aussi connaissions la faim alors que nos greniers sont pleins? Comment se fait-il que nous aussi ayons soif alors que nos rivières débordent? Comment se fait-il que nous aussi soyons nus alors que nos beaux atours engorgent nos placards? Comment se fait-il que nous aussi soyons étrangers alors que la mondialisation hypothèque nos identités? Comment se fait-il que nous aussi soyons malades alors que les mises en marché des produits miracles sont saturées? Comment se fait-il que nous aussi, un jour, soyons à la porte des prisons alors que nous rêvons de liberté? Ce n’est pas à ces questions qu’il s’agit de répondre mais à celle-ci : Qui viendra vers nous?

     La perspective n’est plus la même. La dynamique du geste offert et reçu dans une réciprocité authentique enclenche un mouvement de conversion dans la praxis. Il me semble que le texte de Matthieu engage dans cette voie.

     D’ailleurs, que d’étonnement à la lecture de cet évangile! Il est question de la Gloire du Christ, ce Fils de l’homme, à la fois Juge, Roi, Berger et Seigneur. Cette impressionnante fresque du Jugement dernier ne peut que saisir intérieurement par la grandiosité du mystère du Christ. L’Altérité du Tout Autre marque l’infini de la Résurrection. Et pourtant, le Christ glorifié s’approche pour toucher à ce qu’il y a de plus vulnérable dans cette expérience tout humaine provoquée par la faim, la soif, la solitude, le dénuement, la maladie ou la captivité. Il s’en approche de façon à la faire sienne.

     Il revêt ces gestes d’une signification telle que même les justes, à l’instar des autres, n’ont pas vu le Fils de l’homme dans l’une ou l’autre de ces situations de grande détresse. « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Horizon de sens, projet de Vie.

     Au-delà du geste posé dans un élan naturel ou conscientisé, c’est à l’amour que toute nation et toute personne seront jugées. « N’ayez que l’amour même si tu ne peux rien distribuer aux pauvres, aime. Ne donnerais-tu qu’un verre d’eau fraîche, cela te vaudrait le même prix que celui de Zachée qui avait distribué la moitié de sa fortune. Quoi! L’un donne peu, l’autre beaucoup et leurs gestes ont le même prix? Eh oui. Inégales les ressources, mais égal est l’amour. » (Saint Augustin, Les chemins vers Dieu, Lettres chrétiennes II, Paris, Centurion, 1967, p. 271-273.)

     En quelques mots, saint Augustin englobe dans un même mouvement tous ces gestes posés tout au long de nos vies en rappelant d’abord la radicalité évangélique de l’amour.

SYLVIE LATREILLE
Sainte-Thérèse

 

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