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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 104 (2005).

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Les tombeaux ne sont pas uniquement réservés aux morts

13 mars 2005
Année A : 5e dimanche du Carême
Ézéchiel 37, 12-14

 « Voici que j’ouvre vos tombeaux […]. » (v. 12)

Le mot « tombeau » revient souvent chez Ézéchiel. Comment aujourd’hui peut-on interpréter ou actualiser ce mot? Comprenons bien qu’il ne s’agit pas seulement de ce que nous nommons tombe, ou cercueil. D’un point de vue symbolique, un tombeau n’est pas uniquement réservé aux morts. Il peut aussi habiter des vivants!

     Si on accepte la métaphore et qu’on regarde de près l’existence humaine, on se rend à l’évidence que la vie est parsemée de tombeaux. Tout ce qui nous bloque dans notre énergie vitale, tout ce qui nous empêche de vivre authentiquement, tout ce qui nous muselle, tout cela n’est-il pas la résultante d’un tombeau qui nous écrase et nous contraint?

     Le tombeau est aussi générateur de peur et d’angoisse. Qui souhaite être prisonnier d’un tombeau? Qui souhaite se réveiller « vivant » dans un tombeau? On peut dire qu’il est question dans ces exemples de véritables cauchemars ou de peurs infantiles. Mais soyons honnêtes, il nous arrive de faire l’expérience de ce type de peur ou d’angoisse lorsque nous sommes manœuvrés par ce qui nous paralyse.

     Selon les versets puisés dans Ézéchiel, la vie n’est pas définitivement déterminée par les tombeaux. Bien au contraire, il est dit : « Voici que j’ouvre vos tombeaux; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d’Israël. » Oui, les tombeaux sont maintenant traversés par la Lumière qui ne s’éteindra pas. Aujourd’hui, cette Lumière est la garantie d’une espérance qui n’est pas illusoire. La lourdeur de nos fardeaux et de nos aveuglements sera enfin levée.

     Déjà, nous faisons cette expérience d’ouverture de notre tombeau lorsque nous sortons d’une expérience éprouvante. Lorsque nous pouvons enfin retrouver la paix intérieure en dépit de ce qui nous semblait être la fin de tout espoir. Nous sortons de notre tombeau pour entrer dans une nouvelle attitude et une manière inédite de comprendre le sens de notre vie.
Il s’agit d’une expérience dans laquelle un Esprit radicalement neuf opère notre transformation. Quelque chose de plus grand, de plus fort que nous. Quelqu’Un qui nous fait signe et nous tend la main afin de nous guider vers une ouverture qu’on croyait ne jamais pouvoir trouver. Enfin, une porte s’ouvre :

« Ouverte, la porte laisse passer, entrer et sortir, permettant la libre circulation : elle exprime l’accueil (Job 31, 32), une possibilité offerte (1 Co 16, 9). Fermée, elle empêche de passer : elle protège (Jn 20, 19) ou exprime un refus (Mt 25, 10). Elle suggère donc aussi l’idée d’un tri. » (Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1981, p. 102-104.)

     Ceci indique que prisonniers de nos tombeaux, nous croyons souvent être perdus dans l’obscurité de notre désespoir. Mais cette porte n’est pas verrouillée définitivement. Il y a toujours l’espoir qui nous révèle qu’une ouverture peut se créer et que nous serons enfin libérés.

     Mais qu’est-ce donc que cette libération tant attendue? Bien plus fondamentale que notre vue à court terme, il s’agit d’une liberté radicalement autre :

« Le chrétien est libéré : de l’esprit de servitude et de crainte, remplacé par l’esprit filial (Rom 8, 15-16). De l’esclavage du péché… Le chrétien est libéré de la crainte de la mort, en tant que conséquence du péché( Rom 6, 23) et du joug de la Loi (Rom 7). » (J. Dheilly, Dictionnaire biblique, Paris, Éditions Desclée, 1964, p. 665.)

     N’est-ce pas de cette liberté dont nous avons tant besoin? De cette libération peut naître une paix intérieure inégalée et une attitude sereine face aux obstacles. Le courage nous est donné afin de ne pas s’enfermer derrière les portes que nous refermons nous-mêmes face à l’inconnu qui déstabilise et nous terrorise.

     En ce temps du Carême, prenons le temps de revisiter les tombeaux qui nous habitent. Donnons à notre cœur la chance de battre selon de nouveaux accords intérieurs. Il n’est jamais trop tard pour se lever et marcher vers la porte qui est maintenant ouverte.

     Laissons derrière toutes nos lourdes valises. Faisons l’expérience de la délivrance et surtout ne soyons pas effrayés.

     La Lumière nous guidera toujours sans jamais s’éteindre. Nous n’avons qu’à être confiants!

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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