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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 103 (2004). |
Si tu savais comme tu es aimé... 27 février 2005 « Si tu savais ... » (v. 10) Le récit de l'évangile de ce dimanche est en général considéré par la communauté croyante comme l'un des plus beaux textes de la littérature chrétienne : on est pris par la force de ses images, la prégnance de ses symboles, l'incroyable cheminement d'une femme. Pourtant, la beauté même de cette scène risque de nous jouer un mauvais tour; celui de donner l'impression que son sens est évident, ou pire encore, d'en rester aux images sans entrer dans leur signification. Dites-moi, comment comprenez-vous cette parole dans la bouche de Jésus : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit. Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive. »? N'arrivez pas trop vite avec l'Esprit Saint et la notion que Jésus est Fils de Dieu, car vous risquez de passer à côté de tout ce qui est impliqué par cette parole. « Si tu savais le don de Dieu. » Qu'ignore donc la Samaritaine? Et par le fait même, qu'ignorons-nous donc? L'indice qui nous est laissé provient de l'événement qui ébranlera cette femme : cet homme me connaît, il me connaît dans l'intimité de ma vie de couple. Cette découverte est si importante qu'il reviendra comme un leitmotiv. En d'autres mots, depuis le début, j'étais auprès de toi, depuis le début, une relation existait entre toi et moi, et tu ne le voyais pas. C'est la même découverte bouleversante que fait Paul lorsqu'il entend Jésus lui dire : « Pourquoi me persécutes-tu? » J'ai parlé de relation, non pas simplement de connaissance, parce qu'il s'agit de découvrir combien nous sommes aimés, et l'amour brise notre isolement, elle crée une relation. Dans le même sens, je ne peux percevoir d'amour vrai sans sentir que je suis connu au plus intime de moi, que je n'ai plus besoin de masque, que je peux être vrai, sans peur de parler de mes ex-maris. Mais il y a encore plus dans le récit : « Si tu savais... celui qui te dit : Donne-moi à boire. » Pourquoi est-ce important d'identifier celui par qui l'amour arrive? La perception que j'ai de celui que j'aime aura un effet structurant sur ma vie, Le. je deviendrai celui que j'aime. Voilà pourquoi il est si important pour cette femme d'entrer à son tour dans l'univers de Jésus, voilà aussi pourquoi il en est aussi pour nous. « Si tu savais ... » Pourquoi, selon vous, ce savoir et cette relation ne sont pas évidents, et quon peut facilement passer à côté sans le voir? Il en est de l'amour comme des grandes réalités de la vie, il ne peut être découvert qu'en le vivant. Jésus a pris le temps de s'asseoir tout simplement au bord du puits et, tout au long du dialogue, il est entré dans l'univers de la Samaritaine. C'est le reflet de mes propres expériences d'aimer et d'être aimé. Il n'existe aucun raccourci. Qu'arrive-t-il lorsque je me sens profondément aimé, et que jy vois celui qui est la source de l'univers telle que révélée par Jésus de Nazareth? Le récit de ce dimanche parle d'eau vive. Chacun peut se référer à son expérience amoureuse pour saisir comment cette image décrit bien l'énergie nouvelle et la force de vie qu'on sent alors au plus profond de soi. je n'ai plus besoin de tous ces « il faut » culpabilisant des prédicateurs pour agir. Et je sais que l'amour vrai ne peut qu'engendrer la vie, jamais la destruction et la mort. Quand nous vivons vraiment et profondément notre expérience amoureuse, nous nous rendons compte que nous évoluons, et même très vite, et en quelque sorte, il n'y aura jamais de fin à ce mouvement. Voilà pourquoi Peau vive, Le. l'eau qui coule sans arrêt, décrit bien ce qui se passe. Après 5 ou 10 ans, la Samaritaine devait être méconnaissable pour ceux qui l'ont connue dans le passé. J'espère personnellement qu'au terme de ma vie, je serai encore en train d'évoluer. Le récit de la Samaritaine nous est présenté en ce temps de carême où il est coutume dans nos églises d'insister sur la nécessité de se convertir. Pourtant, l'eau vive dont Parle lÉvangile est un pur don de Dieu, totalement gratuit, ne provenant d'aucun effort personnel, ne faisant suite à aucun exercice ignacien quelconque ou longue période de prière. Il faut simplement un coeur totalement ouvert. Malheureusement, nous le savons d'expérience, notre coeur ne s'ouvre que lorsqu'il n'en peut plus, lorsqu'il a vidé toutes ses larmes, lorsqu'il est au milieu du désert, après 5 maris, comme la Samaritaine. ANDRÉ GILBERT |
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