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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 103 (2004). |
Entrer dans un monde prometteur davenir 20 février 2005 « Yahvé dit à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je tindiquerai » (v. 1) Quitter ce qui nous est le plus cher, nest-ce pas une demande exigeante? Mais il semble bien que cette étape dans lévolution du cheminement est fondamentale pour découvrir la grâce de Dieu. Cest suite à cette requête que Yahvé promet à Abram ses bénédictions. Dun point de vue psychologique, nest-il pas vrai quil nous faille quitter ce qui nous attache et nous retient pour faire une expérience radicalement autre? Quitter ce qui nous conforte et nous rassure, pour saventurer avec confiance vers linconnu. À y regarder de plus près, cest lexpérience même de notre vie. Quitter lenfance, ladolescence vers une maturité toujours à développer. Quitter ses parents pour assumer sa propre vie familiale. Quitter lécole pour le monde du travail. Tous ces départs ne culmineront-ils pas à notre mort, moment irrévocable et irréversible dune trajectoire humaine sur cette terre? Lexigence qui précède les promesses de bénédictions signale que, malgré les apparences, les départs et les ruptures sont libérateurs. Ils sont porteurs dune ouverture vers ce qui est au-delà de nos espérances. En fait, Yahvé « voit » plus loin quAbram dont les perspectives sont forcément limitées par ses considérations humaines et ses propres aveuglements. Comment Abram aurait-il pu imaginer ce qui lattendait? Comment aurait-il pu croire quil deviendrait la pierre dassise dun si grand peuple? Cest une réflexion colossale qui simpose pour chacun de nous. Quitter ce sur quoi nous croyons posséder la mainmise pour entrer dans un univers où un Autre offre sa direction et sa bienveillante orientation. Rappelons-nous ceci : « La vie dAbraham se déroule tout entière sous le signe de la libre initiative de Dieu. Dieu intervient le premier; il choisit Abraham dans une famille qui « servait dautres dieux » (Jos 24,2), le « fait sortir » dUr (Gn ll,31) et le mène par ses chemins en un pays inconnu (He ll,8). Cette initiative est initiative damour : dès le début, Dieu manifeste envers Abraham une générosité sans mesure. Ses promesses dessinent un avenir merveilleux. Lexpression qui revient sans cesse est : « Je donnerai »; Dieu donnera à Abraham une terre (Gn 12,17; 13,15ss; 15,18; 17,8); il le comblera, le rendra extrêmement fécond (12,2; 16,10; 22,17) ». (1) Pourquoi avons-nous si peur de linconnu? Pourquoi est-ce si difficile de quitter nos paramètres sécurisants? Pourquoi narrivons-nous plus à faire confiance? Quest-ce qui bloque notre perception de lavenir (à-venir?). Une réponse : nous navons pas la foi! Nous vivons crispés dans notre petit monde intérieur. Nous construisons notre existence selon ce qui nous rapporte, ici et maintenant. Aurions-nous perdu le sens même de lespérance et de la confiance qui laccompagne? Malgré tous nos beaux discours, nous demeurons apeurés et craintifs, pareils au petit animal qui, effrayé, demeure rivé au fond de sa cage « dorée » devant la porte maintenant ouverte de son enclos. Ce qui demeure certain dans Gn 12,1-4a, cest que se vit un événement sans commune mesure. Il faut quitter, rompre avec nos habitudes, nos conventions, notre structure de penser, pour advenir au monde promis. Cest la condition pour connaître ce merveilleux que nous cherchons désespérément et auquel nous aspirons par tous les moyens mis à notre disposition. À vrai dire, si le cordon ombilical du nouveau-né nétait pas coupé de sa mère, le nourrisson mourrait et la mère aussi. Cette rupture est une question de vie autant pour lun que pour lautre. Dès notre naissance, il a fallu quitter, rompre, avec le connu pour entrer dans un monde prometteur davenir. Sans cette rupture, cette cassure, lavenir est clos. Face à la peur qui paralyse, nous avons besoin dune certitude pour faire le premier pas. Celle-ci est contenue dans la promesse dun Dieu solide comme le roc. « La dureté du rocher fait de lui un abri sûr comme la montage pour le fuyard. Le creux du rocher offre refuge et salut (Jr 48,28). Dieu est appelé le Rocher dIsraël parce quil lui assure le salut. Les titres divins qui vont de pair avec celui-ci souligne ce sens : Dieu est citadelle, refuge, rempart, bouclier, tour forte, abri....en lui il faut mettre sa confiance, car il est le Rocher éternel (Is 26,4; 30,29 et unique 44,8) ». (2) (1) Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, Paris,
1981, col. 3. THÉRÈSE MIRON |
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