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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004).

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Nous ne voulons pas être éteints avant notre heure...

9 janvier 2005
Année A: Baptême de Jésus
Isaċe 42, 1-4.6-7

 « ... il n’éteint pas la mèche qui faiblit ... » (v. 3b)

Ne pas éteindre la mèche qui faiblit! Comment peut-on se laisser rejoindre par ce verset dans le contexte actuel? Comment comprendre ce qui est mis en perspective? Maintenir allumée cette petite flamme vacillante, même si l’on croit tous les possibles disparus et les restes du brasier au seuil de l’agonie.

     Combien de fois avons-nous éteint dans notre vie ce qu’on croyait perdu : un projet, une relation, la santé, l’espoir, etc. Ne sommes-nous pas impatients à outrance devant ce qui est faible ou brisé, devant ce qui ne correspond pas à nos désirs et nos modèles de réussite, de beauté, de bonheur? Serions-nous devenus intolérants au point d’écraser ce qui est froissé, tel que le signale Isaïe au verset 3a, en référence au roseau?

     L’organisation sociale dans laquelle nous évoluons impose, par le biais parfois bien subtil, un amoncellement de suggestions affirmant qu’il « faut être » fort et jeune, beau et performant, en santé et productif. Par ces nombreux diktats, ce qui est faible et froissé ne passe pas la rampe de l’acceptation sociale. Ce qui tout doucement s’éteint est méprisé. Il devient péremptoire d’être beau, de porter du neuf et surtout de soigner avidement son apparence. Tout doit être facile d’accès et remplaçable par la voie rapide de la consommation.

     Dans pareil contexte, il devient très difficile de maintenir notre fidélité lorsque nous sentons que les événements projetés glissent dans le vide avec leur lot d’insécurité et de doute. Tout semble tellement plus excitant lorsque nous croyons posséder le contrôle sur notre destinée et que rien ne bouleverse notre petit quotidien. Mais tôt ou tard, se profilent inévitablement la vieillesse accompagnée de sa soeur jumelle, la solitude. La fragilité tant redoutée s’installe avec son cortège de peurs et d’insécurité.

     À notre tour, devenus semblables à un roseau froissé ou cette mèche qui faiblit, nous comprenons viscéralement la signification du verset d’Isaïe. Nous ne voulons pas être éteints avant notre heure et nous craignons d’être trop vite brisés à cause de notre vulnérabilité.

     Écoutons le témoignage de Maurice Coulombe âgé de 75 ans... « Chez les vieux comme moi, c’est le déclin, le coucher du soleil n’arrive plus à se lever à l’heure prévue par le grand horloger. C’est la permanence des marées basses qui meurent au bord de la grève de la vie. Il existe toutefois la plus belle chose du monde : l’amitié qui ne vieillit pas. Maintenue sans rides, elle suscite des soubresauts bonifiant dans la vie, seul gage de la longévité de l’âme. Les amours meurent toutes un jour inexorablement, implacablement. Seule l’amitié résiste aux impairs inévitables de la vie. » (1)

     Nous étions les jardiniers de notre existence, maintenant nous sommes devenus le jardin qui doit être protégé malgré sa précarité. Mais le message d’aujourd’hui rappelle que Celui qui a été choisi demeurera fidèle. « Il ne faiblira ni ne cédera jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre. »

     Dans les faits, nous espérons au plus profond de nous-mêmes trouver l’apaisement, l’appui et la présence jusqu’à la fin. Nous craignons l’éteignoir, tandis que notre feu intérieur, aussi petit soit-il, nous brûle encore l’âme. Nous ne voulons pas être étouffés avant d’avoir prononcé notre dernier mot.

     C’est justement dans cette perspective qu’est annoncé Celui qui n’éteindra pas la mèche faiblissante, qui ne brisera pas le roseau froissé. Voilà un message d’ultime espérance qui enracine définitivement notre confiance fondamentale.

     La force ou la faiblesse ressentie dans notre vie n’est pas le critère ultime pour asseoir notre espérance. Il y a Celui qui veille et qui ne nous écrasera pas sous le poids de la condamnation. Il est là pour instaurer la justice et le droit, autant pour les vulnérables que les puissants. Cessons d’avoir peur et sortons de nos tourments intérieurs. C’est à ce moment que la véritable paix fera son chemin pour tous et pour toutes.

THÉRÈSE MIRON
Montréal

(1) Lettres pour un autre siècle, Montréal, Stanké, 2000, p. 136.

 

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