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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004). |
Quy-a-t-il à fêter? 25 décembre 2004 « « Il est venu chez les
siens, « En lui était la vie Alors que la liturgie de la nuit de Noël nous propose lévangile de la naissance de Jésus à Bethléem, celle du jour de Noël nous transporte dans linterprétation théologique de lévénement historique. En effet, le début de lévangile de Jean présente la révélation du Christ, Verbe fait chair, envoyé par Dieu, pour être la lumière du monde. Peut-être est-il nécessaire de ne pas oublier ce prologue de Jean pour trouver du sens à la fête de Noël. Dans la diversité actuelle des appartenances religieuses et spirituelles dune part, et dans le traitement commercial et folklorique de la fête chrétienne traditionnelle dautre part il nest pas superflu de se demander sil y a quelque chose à fêter, ou encore que fêtons-nous? De nombreuses personnes dans notre contexte culturel nont plus le goût à la fête, alors que dautres vivent Noël avec un mal à lâme nostalgique qui les ramène à des souvenirs heureux, sans effacer le poids du jour de leur existence actuelle. Ce que les chrétiens fêtent à Noël, cest plus quun souvenir heureux, cest lentrée de Dieu dans notre histoire. Cest le projet de salut de Dieu qui prend forme et chair en Jésus-enfant. Il y a parfois une réduction dans la mise en scène de Noël. On en fait une fête denfants, une fête pour les petits à loccasion du rappel de la naissance de Jésus. Fêter Noël pour vrai, cest fêter le Christ : Lumière du monde, Cest souvrir au mystère de lEmmanuel, du Dieu parmi-nous. Le mystère de Noël, cest la lumière dans la nuit dans ce petit enfant sans puissance, pauvre et nu, qui deviendra le Christ Sauveur, qui changera le destin de lhumanité. Cest le Très-bas de Christian Bobin : « sa puissance à lui, cest dêtre sans puissance, nu , faible, pauvre mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour. Telle est la figure du plus grand roi dhumanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. » (Lhomme qui marche, p. 22) Trouver Dieu au cur de nos festivités, reconnaître à travers nos cadeaux échangés, expression de nos liens damitié et damour, le cadeau damour que Dieu fait au monde en Jésus-Sauveur est un beau défi. Trouver du sens à la fête de Noël, cest accueillir la lumière dans les ténèbres. Pour des gens très engagés dans la vie chrétienne, leur ferveur leur permet facilement de se tourner vers le Verbe fait chair, reflet de la gloire du Père. Pour dautres plus nombreux, je crois bien, cest à travers des médiations diversifiées quils percevront un peu de cette lumière de Noël. Dans des gestes de partage, de gratuité, daccueil, de générosité, cest la lumière du Christ qui éloigne un peu de solitude, de rejet, de mépris ou dinjustice. Dans des moments de silence, de recueillement, de contemplation de la beauté musicale ou artistique, cest la lumière du Christ qui irradie la grisaille dun labeur quotidien lassant. Dans des temps de retrouvailles, de réconciliations peut-être, de rapprochements familiaux, cest la lumière du Christ qui invite à prendre du temps ensemble. Dans tous les efforts de décorations, de réceptions, de cadeaux, se pourrait-il que ce soit encore la lumière du Christ? Pas celle qui éblouit dans la performance et lexcès, mais celle qui touche dans la discrétion du geste humain significatif et vrai. À une célébration de baptême, un père formulait le vu suivant à son enfant : - je voudrais quelle soit éclairée et éclairante. Je me permets le même souhait : que Noël soit une fête éclairée et éclairante. Ainsi nous saurons qui fêter et ce quil y a à fêter! GABRIEL GINGRAS |
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