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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 102 (2004).

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Comment le reconnaître?

12 décembre 2004
Année A: 3e dimanche de l’Avent
Matthieu 11,2-11

 « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? »

Que de gens réclament des signes! Certains, devant prendre une décision qui changerait leur vie, diront par exemple : « Si Dieu me montrait clairement le chemin à suivre, je le prendrais immédiatement. » Aujourd’hui, chacun, chacune est porté à exiger des preuves, des certitudes. Personne n’aime agir dans le doute et rares sont ceux et celles qui risquent une confiance aveugle en celui qui leur promet le bonheur.

     Jean le baptiseur n’était pas tellement différent. Comme ses contemporains, il attendait le messie, « celui qui doit venir », mais il ne voulait pas mettre sa confiance en n’importe quel charlatan prétendant être le libérateur d’Israël. Voilà pourquoi, de la prison où il était, il a envoyé ses disciples vérifier si Jésus était bien celui qui allait apporter le salut. Mais quel salut attendait donc Jean?

     Fort probablement, Jean était en prison parce qu’il avait osé contester à Hérode le droit d’avoir séduit la femme de son frère et d’avoir répudié son épouse légitime. Au temps où les Romains étaient les dominateurs, la prison n’était pas uniquement un lieu de peine et de réparation, mais encore, le lieu où on attendait la mort. Le reproche que Jean avait fait à Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, allait donc lui mériter la mort à plus ou moins brève échéance. Pas étonnant que le Baptiste ait souhaité et attendu la venue de celui qui allait libérer Israël de la domination romaine! Car c’est bien ce genre de libérateur que Jean, comme tout le peuple, espérait : un libérateur politique qui redonnerait aux Juifs leur autonomie et leur territoire. C’est dans ce contexte que Jean a envoyé ses disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? (v. 3) »

     Jean avait annoncé lui-même la venue d’un messie qui jugerait et condamnerait les pécheurs (cf. Luc 3,17). Or, ce Jésus de Nazareth qui accomplit des prodiges ne lui semble pas être celui qui vient punir au nom de Dieu. Il est plutôt celui qui absout, qui console, qui fait miséricorde. C’est d’ailleurs en ce sens que Jésus lui-même répond à la question des disciples de Jean. Il ne leur dira pas qui il est, mais leur proposera de relater à Jean ce qu’ils entendent et voient (v. 4). Or, de quoi peuvent-ils, ces disciples de Jean, être les témoins? Tout simplement de ce que le prophète Isaïe avait annoncé (cf. 35,5-6; 42,18; 61,1). Jean devra comprendre que le messie n’est pas un libérateur politique, mais bien celui qui est le prophète, le haut-parleur du Dieu qui appelle les aveugles à la vue, les boiteux à la marche, les lépreux à la guérison, les sourds à l’entendement, les morts à la résurrection. Ce messie est lui-même la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres (cf. v. 5). Ce n’est pas là le signe que Jean attendait; c’est un autre signe qu’il lui faut maintenant interpréter et cela lui demande une conversion du coeur. Alors qu’il attendait la venue d’un libérateur qui bouterait l’ennemi romain hors d’Israël et qui corrigerait les pécheurs, c’est un messie indulgent, magnanime, attentif et aimant d’un amour privilégié les plus pauvres, les plus désespérés, qui est venu.

     Aujourd’hui encore, bien des gens vivent dans la peur de Dieu. Ils le considèrent d’abord comme un justicier qui se plaît à châtier ceux et celles qui se détournent de lui. Ils ont peine à le reconnaître comme un père ou comme une mère qui veut toujours le meilleur pour ses enfants, comme un parent qui attend toujours le retour du prodigue et fait confiance à son coeur. C’est peut-être pour ces personnes qu’est écrit le verset 6 de cette page d’évangile : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi! » Oui, heureuse la personne capable d’accepter, de comprendre le dessein de Dieu autrement qu’à la manière des pharisiens! Heureuse, celle qui n’enferme pas le Seigneur dans l’idée fixe qu’elle s’en fait! Heureuse, celle qui peut entrer toujours davantage dans le mystère d’un Dieu qui se donne à aimer parce que lui-même est Amour!

     Le troisième dimanche de l’Avent est dit Dimanche de la joie. Dans sa prison, Jean, s’il a su changer son image de Dieu, a dû parvenir à la joie malgré sa souffrance. Dans les prisons où nous sommes enfermés aujourd’hui -prison de la peur, prison de l’égoïsme, prison de la haine, prison de la violence et toutes autres formes de prisons- peut-être pourrons-nous sentir un vent de libération si nous demandons au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir? » Car, peut-être alors nos yeux s’ouvriront-ils pour reconnaître l’action de notre Dieu dans le coeur des humains de bonne volonté. Peut-être alors, pourrons-nous dire comme monseigneur Bernard Hubert, quelque temps avant sa mort : « Si je veux connaître l’état de santé de ma communauté, je me demande : est-ce que les boiteux marchent? » Car lorsque les boiteux marchent, lorsque les sourds entendent, lorsque la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, c’est la mission de Jésus de Nazareth, le Messie promis, qui se réalise et se poursuit. Et cela mène à la joie.

DENISE LAMARCHE, CND
Longueuil

 

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