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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 90 (2003).

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Un violent coup de vent

8 juin 2003
Année B: Pentecôte
Actes 2, 1-11

 « Tout à coup survint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent…  » (v. 2)

Il est significatif de constater que la venue du Saint Esprit se fasse dans « un bruit comme celui d’un violent coup de vent ». Du moins c’est ce qu’on peut lire dans le verset des Actes qui annonce le jour de la Pentecôte. Si on se laisse véritablement toucher par cet aspect de l’arrivée de l’Esprit, on peut se demander sincèrement si, au fond, nous n’avons pas besoin d’un tel fracas pour nous sortir de l’aveuglement dans lequel nous sommes. Un aveuglement qui s’immisce si subtilement dans notre manière de vivre, qu’il nous est impossible de reconnaître que nous sommes des aveugles. Nous avons besoin d’une dose foudroyante de lumière pour enfin reconnaître que nos paupières étaient closes, entendons ici, notre coeur...

     Qu’est-ce qui nous rend aussi opaque au feu de la lumière? À mon humble avis, bien des causes peuvent être évoquées ici. Pour n’en nommer que quelques-unes, pensons d’abord au poids de nos certitudes qui ne sont jamais remises en question par crainte de nous déstabiliser. L’importance accordée à notre image et notre masque social derrière lesquels nous tentons parfois désespérément de cacher la vérité de ce qui nous anime.
     Nos difficultés à laisser aller nos sacro-saintes illusions même si nous savons que jamais elles ne donneront l’authentique liberté.

     Notre irrésistible besoin de consommer, de remplir le vide toujours aussi creux, parce que nous sommes devenus incapables de faire confiance au processus pourtant extraordinaire de la vie. Notre inaptitude à prendre le temps de regarder, d’écouter, de nous émerveiller parce que ça passe trop vite et que nous avons perdu le sens même de la cadence du temps. Et que dire de tous ces bruits incessants de guerre qui planent sur nos têtes! Ne faut-il pas un choc encore plus puissant pour nous éveiller à une autre réalité? Celle qui pourra enfin nous sortir de la torpeur généralisée?

     Oui, l’Esprit Saint devra sans doute arriver dans un violent coup de vent et notre maison en sera toute remplie. D’un point de vue symbolique, il est permis d’imaginer un bruit qui ébranlera tous nos dogmes autant profanes que religieux, un bruit devant lequel nous ne pourrons demeurer indifférents. Un bruit qui résonnera jusqu’au fond de nous-mêmes pour nous arracher à la peur paralysante. S’il est vrai que l’Esprit Saint rend libre, rien de ce qui écrase ne peut y échapper. Notre maison en sera remplie, autrement dit, tout notre être en sera traversé de fond en comble dans les moindres replis. Pensons ici à l’effet bienfaiteur qu’un simple rayon de soleil au printemps, après un long hiver, provoque dans nos fenêtres lorsqu’il traverse notre maison! N’est-ce pas l’annonce d’un retour attendu de la vie?

     On peut lire dans Actes que : « Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer. » Parler d’autres langues est une caractéristique qui indique que quelque chose de grand est arrivé. À un premier niveau, on sait bien à quel point il est difficile d’apprendre et de parler sans difficultés une langue qui n’est pas la nôtre. Mais n’y a-t-il pas un aspect qui mérite une attention plus spécifique. Celui de pouvoir parler un langage qui est compris de tous et de toutes. Cette capacité de communiquer et de s’entendre malgré nos origines ethniques. N’est-ce pas une manière radicale de dire que tous les êtres humains sont façonnés de la même essence et que sous la mouvance de l’Esprit, nous sommes rassemblés en vertu d’une force qui nous dépasse mais qui nous rallie! C’est une autre vision du monde qui s’annonce avec la Pentecôte. Un monde qu’il nous est difficile d’imaginer à cause de nos structures mentales rigides et égoïstes qui bloquent tout. Pour nous protéger, nous avons tellement édifié de murs et de cloisons. Nous avons inventé des définitions, des terminologies, des codes, des lois, des coutumes et tant de certitudes. Tout cela est tellement plus sécurisant!

     D’un point de vue plus personnel, je dois reconnaître que depuis les dernières années, j’observe davantage la nature et souvent c’est elle qui m’enseigne comment l’Esprit travaille incessamment pour générer la vie. Pas toujours selon ce que je souhaite ou ce que j’anticipe, mais selon un nouvel ordre qui devient un chemin de liberté et d’espérance. Ceux et celles qui ont l’irrésistible besoin de cataloguer m’accuseront d’être animiste. En ce qui me concerne, je ne fais que retrouver une inspiration fondamentale que j’avais perdue, sinon jamais connue.

     C’est ainsi que pour l’instant, je fais l’expérience salvatrice de la Pentecôte...

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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