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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 90 (2003). |
Lamour en héritage 25 mai 2003 « À lheure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: Comme le Père ma aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » (v. 9) Presque à chaque ligne du passage de lévangile selon Jean se trouve le mot amour. Cest là tout le sens de la vie de Jésus, de sa relation à Dieu quil appelait père, mais aussi et indissociablement de sa relation aux personnes quil avait rencontrées sur les routes de la Galilée. Mais il est fort possible que notre sensibilité contemporaine ne soit pas rejointe par ce lien si étroit que Jésus établit entre amour et commandement: « Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez en mon amour. » Lamour ne vivrait-il, « demeurerait-il » vraiment quà se nourrir dune observance, de ce qui ressemblerait à un commandement? Lhomme moderne que je suis aura de la difficulté à percevoir la pertinence de ce lien. Mais Jésus est aussi homme de son temps, dune tradition religieuse où, il me semble, on comprend quaimer, cest observer les commandements. Cest là une exigence éthique. En fait, Jésus pousse cette tradition à sa limite en disant à ses disciples que le seul commandement qui donne sens aux autres, cest celui de lamour. Et Jean présente Jésus comme celui qui a réalisé dans sa vie toute lintensité de ce amour puisquil savait dexpérience que, sans amour, il ny avait pas dhumanité possible. Ces réflexions, lévangéliste Jean les situent au moment où Jésus sentait sa mort imminente. Il aura voulu le rappeler dune manière assez dramatique à ses disciples. Jésus était blessé par la vie et par les options prises, mais lamour était encore plus fort que ses blessures, que sa mort même. Il restait convaincu que les disciples de tous les temps et de toutes les cultures porteront du fruit dans la mesure où ils demeureront dans lamour comme lui, Jésus, est demeuré dans lamour du Père pour que « vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure ». Ce rappel de Jésus est un grand moment pour lhumanité. Son désir le plus grand était de laisser au monde, à travers la foi et la fidélité de ses disciples, lamour en héritage, mais un amour lié à des gestes et des engagements concrets. Ce fut lhistoire de sa vie. Mais lamour ne se « commande » pas, on le sait. Si, pour nous, le commandement - et surtout peut-être les commandements - apparaissent trop comme une contrainte légaliste aussi bien quétouffante, il en allait tout autrement pour tous ces prophètes du Premier Testament dont la parole est comme poussée à bout en Jésus. La « loi » est pour cette tradition prophétique comme une « charte fondamentale » de la vie et de lamour. Et quand Jésus reprendra à son compte ce commandement de lamour, nous nous retrouverons alors en plein cur de la passion des prophètes; dune passion qui, comme tous les visages de lamour, ne voisine bien quavec la mort. Cest tout le sens de son héritage. Lhumanité est marquée par cette passion de lamour. Et si cétait par amour que des femmes et des hommes passent leur vie à lutter pour créer une histoire plus digne damour? Si cétait par amour que des hommes et des femmes marchent pour la paix, pour construire un monde plus humain? Et si plusieurs le faisaient dans la mémoire de Jésus? Alors lÉvangile, la passion de Jésus, auront contribué à changer le monde et à garder vivante aussi la mémoire de Dieu. Comme lévoque un mystique du 17e siècle, Jean-Joseph Surin:
GUY LAPOINTE |
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