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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 89 (2003).

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Une théologie de l’Incarnation

18 mai 2003
Année B: 5e dimanche de Pâques
Jean 15, 1-8

 « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » (v. 5)

On approche toujours le mystère de l’autre de manière différente. On y pénètre à partir de soi, de sa propre vie, des événements qui la marquent. Ainsi les évangélistes accèdent à Jésus de façons fort diversifiées. Ils le diront Fils de l’Homme, Fils de Dieu, Envoyé du Père, Pasteur, etc. Dans cette page de l’évangile de Jean, Jésus est présenté comme la vigne véritable.

     Dans l’Ancien Testament, l’image de la vigne évoquait le peuple élu. Israël était un pied de vigne. Les livres d’Osée (10, 1) et de Jérémie (2, 21) comme celui des Psaumes (80, 9-12) l’attestent. Il n’est donc pas étonnant que Jésus de Nazareth compare lui-même Israël à une vigne (cf. Matthieu 21, 33; Marc 12, 1). Mais Jean va plus loin que les autres évangélistes dans son allégorie où il indique que la vraie vigne, c’est Jésus qui, avec ses disciples, forme le nouvel Israël, le nouveau peuple de Dieu. Cette vigne est plantée par le Père et soignée par lui (v. 1). Elle est émondée par le Père vigneron (v. 2). Cela revient à dire que les sarments de la vigne, les membres de l’Église dont le Christ est la tête, seront retranchés s’il ne produisent pas les fruits que le Christ leur demande de produire, s’ils ne vivent pas en croyantes et en croyants agissant à la manière de Jésus (v. 2).

     Ainsi, dans l’évangile johannique, Jésus commande à ses disciples de demeurer en lui comme et parce que lui demeure en eux (v. 4). Comme si ce Verbe de Dieu qui a pris chair humaine en Jésus ne faisait qu’un avec celles et ceux qui portent le titre et remplissent les fonctions des disciples. Le cep et les sarments sont unis comme le tronc et les branches d’un même érable sinon on ne peut parler ni de vigne ni d’arbre mais uniquement d’éléments les formant quand ils sont ensemble. Il en va ainsi de l’Église, Corps du Christ. Elle n’est pas le Christ: elle est son corps et doit laisser le Christ être sa tête. Où va la tête, il faut bien que le corps aille. Et dans sa foi au Christ, l’Église doit sans cesse se demander comment elle doit être et ce qu’elle doit faire, dans le monde d’aujourd’hui, pour être et agir selon la volonté de son Seigneur.

     À cette condition de bien rester entée sur le Christ, l’Église - et par conséquent les chrétiennes et les chrétiens - sont les dépositaires privilégiés des paroles du Christ qui demeurent en elle (v. 7). Ces paroles recèlent la puissance d’orienter les intentions et d’inspirer les décisions de celles et ceux qui les accueillent en leur cœur. L’efficience de ces intentions et de ces décisions ne fait alors plus de doute. Comment, en effet, la conformité à la volonté de Dieu pourrait-elle être déçue? Cette volonté n’est-elle pas que les humains vivent heureux, dans la paix, la justice, la concorde, la fraternité? Et si la prière et l’engagement des baptisés et de toutes ces femmes et de tous ces hommes de bonne volonté sont unis pour faire advenir cette joie, cette paix, cette justice, cette concorde, cette fraternité, la communion - tant avec les sœurs et frères en humanité qu’avec Dieu - ne se fortifiera-t-elle pas?

     Tout cela qui est nommé plus haut et que l’Église, comme le Christ, souhaite voir advenir, n’est-ce pas cela porter du fruit? N’est-ce pas cela qui fait la gloire du Père (v. 8)? N’est-ce pas cela qui est l’œuvre des disciples unis au Christ? Le disciple qui n’est pas soudé au Christ ne peut rien faire (v. 5). Il n’est déjà plus disciple. L’Église qui n’est pas attachée, liée, branchée au Christ-Tête n’est déjà plus l’Église: elle ne peut porter aucun fruit semblable à ceux que Jésus incarné en notre monde produisait. Elle ne peut ni toucher les malades ni émouvoir les pécheurs; elle ne peut pas produire des fruits de compassion, de miséricorde; elle ne peut plus dire en vérité: « Je crois et parce que je crois, j’entre dans le mystère de la vie que je respecte et dont je cherche le sens. »

DENISE LAMARCHE
Longueuil

 

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