url

photo

La Parole

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 89 (2003).

Site internet de Présence

La constante évolution de sa foi

27 avril 2003
Année B: 2e dimanche de Pâques
Jean 20, 19-31

 « Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. » (v. 26)

Avec l’âge, comme c’est mon cas, il nous arrive d’être comme Thomas Didyme, d’avoir plus de difficulté à croire, de moins sentir comme avant la présence de Dieu. Qu’est-ce qui se passe donc?

     Le plus beau parallèle que j’ai pu trouver pour comprendre l’évolution de la foi est celui de la relation parents-enfant. Dans notre enfance, les parents étaient très présents, nous protégeant et nous dorlotant, car nous étions totalement dépendants d’eux. Sur le plan spirituel, nous nous sentons bénis de Dieu et sa présence se fait sentir à chaque instant. Dans l’Évangile, cette période correspond aux récits de miracles où on chante les merveilles de Dieu. Une Thérèse de Lisieux se réjouissait comme un enfant de voir cette neige exceptionnelle qu’elle avait demandée et qui tombait lors de sa profession religieuse. Un Ayrton Senna, champion conducteur de Formule 1, se vantait d’être protégé de Dieu.

    Puis vient l’adolescence, alors qu’on découvre un autre monde que celui des parents et qui le questionne. Dans le monde de la foi, c’est la constatation qu’on peut très bien vivre sans Dieu et être authentique, et surtout que les injustices et le mal sont tellement présents en ce monde que cette terre semble tourner sans que Dieu fasse quoi que ce soit. Dans l’Évangile, cette crise est surtout présente avec l’arrivée de la passion et du procès de Jésus: il n’y a plus de miracles, mais seulement la dure réalité de la vie. Même une Thérèse de Lisieux vit la torture du questionnement. Ayrton Senna est mort dans un accident de course en Formule 1.

    Que deviennent les parents pour des enfants à l’âge adulte? À moins d’être resté un être dépendant, nous n’avons plus de relation utilitaire. La seule possibilité: un nouveau type de relation, beaucoup plus d’égal à égal, axée plus sur une forme d’amitié. Ne serait-ce pas un peu la même chose du côté de Dieu? On pourrait hurler d’indignation à mon affirmation, rappelant que nous ne sommes pas Dieu. C’est évident, à moins de s’appeler Raël! Mais Jésus n’a-t-il pas dit: « Je ne vous appelle plus serviteurs... je vous appelle amis. »

    Tout l’évangile de ce jour, qui se situe après la mort de Jésus, va dans le même sens. Pourquoi les disciples se réjouissent-ils à la vue de Jésus? La source de cette joie est le simple fait qu’il soit présent, qu’il soit vivant. On dirait même qu’une telle attitude n’est possible qu’après une expérience de deuil, telle que l’ont vécue les disciples, comme s’il fallait que meure le visage omniprésent et omnipuissant du parent.

    Qu’est-ce qui amène Thomas à s’écrier: « Mon Seigneur et mon Dieu. » Il aurait reçu une faveur spéciale, par exemple une guérison? Absolument pas. Ce cri de foi lui vient de ce qu’il se sent connu de Jésus: en effet, celui-ci reprend toutes les paroles de Thomas dites huit jours plus tôt à la face des autres disciples, comme s’il avait été là. Cette connaissance est celle qui n’existe que dans un amour profond. La même chose peut être dite de ce qu’a vécu Marie-Madeleine avec le jardinier près du tombeau vide, quand celui-ci lui a dit: « Marie! », et qu’elle s’est écriée: « Rabbouni! » Comme le dit l’évangile de Jean: « Le berger connaît ses brebis par leur nom...»

    Quand Jésus dit: « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie », nous sommes renvoyés à la situation où les parents s’effacent pour laisser les enfants prendre le flambeau. Pour poursuivre une mission, il faut un minimum de relation d’égalité. C’est d’ailleurs le sens du don de l’Esprit. Nous sommes capables de nous décentrer de nous-mêmes, et d’engendrer à notre tour. Thérèse de Lisieux disait avant de mourir: « Quand je serai morte… je veux continuer à être missionnaire. »

    Je dis tout cela parce que je suis convaincu que ce paradigme permet de faire la transition vers une foi adulte, la foi issue de Pâques. Malgré que nous soyons des êtres créés, finis, limités et pécheurs, nous sommes appelés à un amour d’intimité comme si nous étions égaux avec notre créateur. Cela n’enlève pas les moments où nous crions à l’aide, mais cela se fait dans un contexte d’un être qui s’ouvre à un ami. Voilà l’évangile de Jean.

    Ma difficulté de croire vient probablement de la difficile naissance de la foi après Pâques, où il faut d’abord faire l’expérience d’une forme de deuil dans notre perception de celui que nous appelions Dieu. Au cours de la célébration de ce dimanche, pourquoi ne pas s’écrier: « Qu’il est grand le mystère de la foi! »

ANDRÉ GILBERT
Aylmer

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2003
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 • courriel:

www.cebl.org • 22 avril 2003