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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 88 (2003). |
Quand une histoire finit bien... 20 avril 2003 « Il vit et il crut. » (v. 8) Tout enfant, je me faisais raconter cette page de lévangile de Jean. Quel intérêt je portais à Marie de Magdala qui se rendait au tombeau et qui constatait que la pierre en avait été enlevée! Mais le personnage qui mimpressionnait au plus haut point, cétait encore celui qui semblait ne pas avoir dautre nom que celui de « disciple que Jésus aimait ». Jétais à lâge des pourquoi. Pourquoi navait-il pas de nom, le disciple? Pourquoi courait-il? Pourquoi nest-il pas entré, le premier, dans le tombeau? Pourquoi? Aujourdhui, je crois pouvoir entrer un peu mieux dans lexpérience croyante du disciple aimé par Jésus. Expérience qui relève du mystère. Du mystère, cest-à-dire: de ce plan de salut de Dieu révélé et réalisé en Jésus Christ. Non seulement le disciple croit parce quil aime, mais il croit surtout parce quil est aimé. Lamour que lui a prodigué Jésus est grande part de ce mystère. Cet amour fait que le disciple ne peut accepter les événements du grand Vendredi à moins que sa foi ne se réveille. Et cest au moindre signe de la présence vivante de son Seigneur que séveille sa foi. Le premier signe lui est donné par une femme qui vient lui annoncer, ainsi quà Simon-Pierre, que la pierre a été enlevée du tombeau. Cette femme, Marie de Magdala, en arrive vite aux conclusions. Elle affirme quon a enlevé le Seigneur. Il faut reconnaître là lobjection que les juifs posaient aux premiers chrétiens croyant en la résurrection. Pourtant, comment admettre quon ait laissé dans le tombeau le linceul et le linge qui avait recouvert la tête de Jésus, pour apporter seulement son cadavre? Ne sommes-nous pas devant une page dÉvangile qui fait lapologie de la résurrection du Seigneur? Que fait le disciple bien-aimé en apprenant la nouvelle apportée par Marie? Il se met en route vers le tombeau. Il court. Il court plus rapidement que Pierre de telle sorte quil arrive le premier. On me disait jadis que cest parce que ce disciple était le plus jeune quil courait si vite. Peut-être faut-il plutôt y voir une façon de provoquer notre intérêt pour ce disciple et pour sa démarche de foi. Cest, en effet, ce même disciple qui sera le premier à reconnaître le Jésus de la pêche miraculeuse et à proclamer sa foi en lui: « Cest le Seigneur! » (Jean 21, 7) Se sachant aimé par le Seigneur, le disciple ne peut que faire une démarche de foi. Et lAuteur du quatrième évangile veut intéresser le lecteur à cette démarche. Peut-être est-ce pour cela quil raconte que le disciple bien-aimé nest pas entré le premier dans le tombeau. Cela permet dobserver que Pierre, malgré son attachement au Seigneur, na pas su dépasser une perplexité première devant le linceul et le linge roulé à sa place. Cest lautre disciple qui reconnaît là un signe de la résurrection de Jésus: « Il vit et il crut », dit lévangéliste. Ce disciple sans nom en qui la tradition aime reconnaître Jean, est le même qui était si proche de Jésus lors de la dernière Cène. Il est le même qui se trouvait au pied de la croix. La proximité de Jésus, lamour quil lui vouait mais, encore plus, lamour quil en recevait ne pouvaient que le pousser à rechercher celui que son coeur aimait. Chercher le Seigneur quon aime et dont on est aimé, nest-ce pas là une attitude première de la démarche de foi. Certes, cest Dieu qui donne gratuitement la foi. Cependant nul ne peut devenir croyant sans se décider à croire parce que le Seigneur le rend apte à cette décision. Je connais maintenant certaines réponses à mes questions denfant. Je ne crois pas me tromper en disant que si le disciple na pas dautre nom que celui de « disciple que Jésus aimait », cest que ce disciple, ce peut être mon frère, ou ma soeur, ou moi Sil court, le disciple, cest pour révéler quon nentre pas dans la foi sans une quête spéciale de sens: il faut tenter de voir les signes et de les interpréter à la lumière de ce qui donne sens, à savoir pour nous, chrétiennes et chrétiens, à la lumière de lÉvangile. Sil nest pas entré le premier dans le tombeau, cest pour montrer quil ny a pas dâge, pas de titre pas de rang privilégiés pour entrer dans la foi. Le plus petit, le plus humble, celui qui, davantage, a conscience dêtre aimé du Seigneur - et ce peut être chacune et chacun de nous -cest celui-là qui accède à la foi. Le disciple bien-aimé a vu. Il a cru. Il est aujourdhui modèle des croyantes et des croyants. DENISE LAMARCHE |
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