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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 93 (2003). |
Guetter les signes... 16 novembre 2003 « De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de lhomme est proche, à votre porte. » (v. 29) Le 16 novembre 1653 - il y a exactement
trois cent cinquante ans - Marguerite Bourgeoys arrivait à Ville-Marie.
Quelques mois auparavant, elle était partie de France avec une
centaine de personnes venant, à la demande de Chomedey de Maisonneuve,
sauver la colonie naissante. La grande recrue, comme il convient
de lappeler, a vécu une traversée fort difficile.
La mer nétait pas clémente; les vivres - voire leau
potable - se faisaient rares; la maladie a gagné la troupe; certains
sont morts avant darriver sur le sol de la Nouvelle-France. Évoquant cette page de notre histoire,
je nai aucune difficulté à me convaincre que ces hommes
et les quelques rares femmes qui étaient du voyage ont dû
chercher les signes qui pouvaient leur indiquer quils approchaient
du rivage. Nostalgiques de leur terre natale, effrayés par les
tempêtes maritimes, inquiets de leur avenir, ils ont dû guetter
les pointes de terre qui les appelaient à lespérance! La page dévangile que nous
proclamons au cours de la liturgie dominicale, jaime la relire en
projetant sur elle léclairage de laventure de la grande
recrue. Les humains sont guetteurs de signes. Jésus
le sait bien, lui qui renvoie ses disciples à leur propre expérience.
En effet, ces derniers ont tous su reconnaître lannonce de
lété dans le figuier dont les branches tendres sont
porteuses de feuilles nouvelles (v. 28). Mais ce qui me semble pour le
moins étrange dans cet évangile de Marc, cest que
Jésus évoque des signes de la fin du monde qui ne sont pas
de tout repos: une terrible détresse, lobscurcissement du
soleil, la perte de luminosité de la lune, les étoiles qui
tombent... (v. 24-25). Ces signes sont loin de celui du figuier qui annonce
la venue de lété. Cependant, il nous faut comprendre
que les disciples avaient déjà entendu Jésus prophétiser
la destruction du Temple et de Jérusalem (cf. 13, 2). Or, nous
pouvons penser que le rapport entre la chute de Jérusalem et la
fin du monde trouve son parallèle dans le rapport de la mort-résurrection
de Jésus et sa venue dans la gloire à la fin des temps. Contrairement à ce que lon
pourrait pressentir, ce nest pas la peur qui doit habiter les disciples
de Jésus à lécoute de cette prophétie
reprenant le genre littéraire de Daniel et de lApocalypse.
Cest la promesse davenir qui doit les émouvoir: « Alors,
on verra le Fils de lhomme venir sur les nuées avec grande
puissance et grande gloire. » Ce que Jésus annonce,
cest que la souffrance et les épreuves nauront pas
le dernier mot de lexistence humaine. Dieu sera le grand vainqueur.
Cest cela quil faut retenir sans sinquiéter du
moment où cela se produira (v. 32). Les personnes qui sengageaient, au
XVIIe siècle, à entrer dans la grande recrue ont
dû elles aussi entendre des prophéties de malheur: « La
traversée de locéan sera longue et périlleuse;
la maladie, peut-être même la mort, vous guettera en mer;
la froidure de la Nouvelle-France et la menace de la forêt sans
âge planeront sur vous... » « Mais, après
ces épreuves », devaient conclure le Sieur de Maisonneuve
et Marguerite Bourgeoys, « vous aurez une terre à cultiver,
vous pourrez fonder une famille, vous aurez bâti un pays, vous aurez
porté lÉvangile sur ce continent du Nouveau-Monde... » Nos ancêtres, comme les disciples
de Jésus, ont eu un choix à faire. Dans lambivalence
de leur temps, ils ont eu à opter: ou bien ils se laissaient arrêter
par la peur, ou bien ils faisaient confiance en refusant de laisser les
signes être pour eux plus importants que ce à quoi les signes
peuvent orienter. Ils ont choisi; ils sont venus; ils ont vaincu et triomphé. La venue du Fils de lhomme, du Christ
en gloire, est une bonne nouvelle. Elle marquera le triomphe définitif
de Dieu sur la souffrance, sur le mal, sur la mort. Des signes sont perceptibles:
il y a partout sur la terre, comme il y en a dailleurs toujours
eu au cours des siècles, des épidémies, des catastrophes
écologiques, des guerres... Mais ces fléaux nauront
pas le dernier mot de notre histoire. Ce dernier mot appartient à
Dieu et si nul ne sait à quel moment il sera prononcé, dans
la foi, nous savons quil durera éternellement. Ce mot sera
Victoire, ou Salut, ou Amour, ou encore Vie éternelle. DENISE LAMARCHE |
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