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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 92 (2003).

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Le mensonge de l’apparence

9 novembre 2003
Année B: 32e dimanche du temps ordinaire
Marc 12, 38-44

 « Eux qui dévorent les biens des veuves et font pour l’apparence de longues prières... » (v. 40)

On pourrait traduire par: « là où l’apparence est reine, l’authenticité est enchaînée! » Les versets bibliques de ce jour mettent en évidence une réalité dont l’ampleur est pourtant manifeste. Qui peut nier le marché des apparences de notre monde où l’illusion est plus invitante que la vérité. Pourtant, cette vérité donne à l’essentiel le pouvoir d’émerger de l’ombre. Mais qu’est-ce que l’essentiel dans un monde obnubilé par la consommation et la domination du paraître? Le texte évangélique d’aujourd’hui nous invite sérieusement à réfléchir à cette question.
« Prenez garde aux scribes qui tiennent à déambuler en grandes robes, à être salués sur les places publiques, à y occuper les premiers sièges [...]. » Dans le contexte d’aujourd’hui, qui sont les scribes? Qui sont ces gens qui veulent être reconnus sur les places publiques et qui se pavanent aux premières places? Nous n’avons qu’à regarder autour de nous et constater.

     Qui sait! nous sommes peut-être aussi des scribes! Lorsque l’extérieur est absolutisé et l’insécurité inconsciente tellement massive, que le mensonge devient notre vêtement quotidien. On se cache derrière le pouvoir, derrière un masque de suffisance et infailliblement d’intolérance. Intolérance envers les autres jugés différents. Intolérance envers les pauvres et les exclus. Intolérance envers ceux et celles qui pensent autrement. Intolérance envers ceux et celles qui adhèrent à d’autres croyances ou d’autres valeurs. Nombreux sont les lieux, si souvent voilés, où l’intolérance s’installe au nom de règles et de normes qui cachent le mensonge.

     Et que dire de l’intolérance envers soi-même lorsque notre regard inquisiteur nous renvoie l’image du sacro-saint miroir qui montre irrémédiablement notre vieillissement, notre finitude, nos failles et nos limites. Combien de gens sont malheureux d’être tout simplement dans leur peau. N’est-ce pas une manière très pharisaïque de se juger? Il est vrai que tôt ou tard, nous sommes condamnés par l’effet despotique de nos suffisantes prétentions. Cette condamnation ne vient pas d’un Dieu perpétuellement mécontent qui n’attend que le moment de punir. Le malheur provient de nous, de notre refus de sortir de l’apparence qui, bien qu’exigeant tant d’efforts pour être maintenue, donne l’illusion, en revanche, d’être à l’abris des autres et faut-il dire, de soi...

     Revenons au texte biblique qui met en perspective la présumée générosité des supposés grands de ce monde. Ils sont comparés à la veuve dont l’offrande consiste à donner ce qui lui est essentiel. N’est-ce pas un exemple qui met en lumière l’authentique générosité? En fait, la veuve fait le don d’elle-même et c’est là que réside la confrontation pour les riches qui donnent de leurs avoirs superflus. La question de l’être et de l’avoir prend ici un sens, on ne peut plus clair. Par cet exemple, le texte évangélique nous ramène à ce qui est essentiel, à ce qui nous confronte le plus et surtout à ce que nous préférons ignorer.

     C’est une remise en question radicale de nos certitudes et surtout de nos comportements devenus automatiques et prévisibles. C’est une critique sévère de nos attitudes falsifiées qui engendrent l’auto-suffisance et le mépris. C’est avant tout la révélation de ce qu’est véritablement l’inspiration de la Bonne Nouvelle! Sois toi-même, deviens qui tu es et ne te laisse pas gouverner par ce qui est trompeur. L’apparence est intransigeante et c’est elle qui te condamne lorsque tu n’arrives plus à la satisfaire.

     Qu’il est libérateur ce message d’espérance! Nous pouvons déposer nos armures dont les chaînes sont devenues si lourdes, pour faire l’expérience d’un affranchissement intérieur unique et combien bienfaisant. Nous n’avons pas à craindre puisque nous ne sommes pas seuls. Nous sommes aimés d’une manière inconditionnelle et bien que nous pensions le contraire, nous n’avons, en fait, rien à perdre et tout à gagner. Mais ce gain ne s’accumule pas dans nos coffres, il s’agit d’un gain de vie et celui-là n’a pas de prix!

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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