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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 92 (2003).

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Le pouvoir du service

19 octobre 2003
Année B: 29e dimanche du temps ordinaire
Marc 10, 35-45

 « « Celui qui veut devenir grand sera notre serviteur, […] Car le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (v. 45)

Le nouveau curé était accueilli dans la paroisse rurale. C’était un événement! Un magnifique soir d’août. La population entière s’est déplacée. Escorte d’honneur, cadeaux de bienvenue, présentation élogieuse, applaudissements généreux, etc. tout contribuait à la gloire du serviteur de Dieu, qui se surprenait, un peu gêné, à se prendre pour quelqu’un d’important. Mais voilà que l’évangile proclamé ce soir-là, il y a vingt-cinq ans, situe les choses dans une plus juste perspective: « Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. » Voilà qui remet bien un curé à sa place, en lui rappelant sa mission dans la suite du Christ serviteur et pasteur qui donne sa vie pour la multitude.

     C’est, en effet, une constante dans l’Évangile, Jésus bouleverse l’ordre des choses; le véritable pouvoir n’est pas dans la domination et la puissance, mais bien dans le service et dans l’amour:

- Celui qui perd sa vie, la gagnera.
- Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
- Mettez-vous au service les uns des autres.
- « Ce que je viens de faire, faites de même », dit-il au soir du Jeudi Saint.

     Dans cet épisode, relaté par Marc, de la chasse aux promotions effectuée par Jacques et Jean, Jésus réaffirme la même conviction: ceux qui le suivent ne sont pas préservés des épreuves et de la croix. Au contraire, ils doivent passer eux aussi, comme leur maître, à travers tribulations et souffrances. Bien plus, à l’opposé des grands de ce monde, qui se font servir et qui font sentir leur pouvoir, les disciples de Jésus empruntent les voies de la pauvreté, de l’humilité, du service des plus petits. Comme Paul, c’est Dieu qui agit dans leur faiblesse. Il n’y a pas à s’en glorifier personnellement.

     Cet enseignement vaut pour tous les chrétiens bien sûr. Et tout au long de l’histoire de l’Église, des témoins se sont distingués en proclamant ce même message de service dans le dépouillement et le don de soi. Que ce soit François d’Assise ou de nos jours Jean Vanier, des voix prophétiques rappellent l’essentiel et le message éminemment subversif de l’Évangile à tous les baptisés.

     Comme institution, l’Église doit aussi sans cesse se convertir à cet idéal évangélique. De nos jours, il est fréquent d’entendre réaffirmer que l’Église n’est pas une démocratie, et que le pouvoir y est d’abord un service.

     J’ai parfois l’impression que ce discours dissimule mal l’intention de protéger des chasses gardées d’exercice de responsabilités, plutôt que de promouvoir la mission fondamentale de l’Église d’être au service de l’humanité en devenant instrument et signe de salut pour ce monde.

     Nous avons besoin de pasteurs, en service, disponibles et généreux, conscients qu’ils doivent donner leur vie par amour. Qu’ils soient clercs ou laïques, dans le respect de leur capacités réelles, et dans le partage obligé des responsabilités de la mission, ils doivent développer cette mentalité de service, qui fait d’eux et d’elles des gens d’écoute et de respect, qui aiment les gens auprès de qui ils sont envoyés et qui respectent le milieu social dans lequel ils vivent. Cette attitude de service ne sied pas avec l’autoritarisme, l’intransigeance doctrinale, le repli sur soi, ni l’arrogance et le mépris, dont on accuse parfois et non sans raison des pasteurs débordés par la tâche et peu habilités à vivre dans une société sécularisée.

     L’Église n’a plus la place prépondérante qu’elle avait autrefois dans la société québécoise. Mais les gens d’hier et d’aujourd’hui ne s’y trompent pas. Ils savent reconnaître le véritable service désintéressé qui a couleur d’Évangile. Ils savent l’apprécier et se laisser toucher par la miséricorde, la compassion, le respect des différences, l’ouverture au dialogue, et tant d’autres attitudes inspirées par Jésus. On voit bien que l’Église n’a plus grand pouvoir, mais en même temps il est heureux de constater que parfois des gens d’Église pratiquent avec bonheur le pouvoir du service. Ne contribuent-ils pas à donner à l’institution un visage plus attrayant et surtout plus signifiant?

GABRIEL GINGRAS
Cap-Rouge

 

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