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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 92 (2003).

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Être et avoir

12 octobre 2003
Année B: 28e dimanche du temps ordinaire
Marc 10, 17-30

 « Une seule chose te manque: va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, […] puis viens suis-moi. » (v. 21)

On se souviendra certainement de ce petit film merveilleux intitulé tout simplement: Être et avoir, du réalisateur Nicolas Philibert. Quelque part au coeur de l’Auvergne, une classe qui regroupe, autour d’un unique maître, tous les enfants d’un même village. Il ne se passe rien. Ou plutôt, on entre dans la vie de tous les jours des enfants et du maître. On laisse place au jeu de l’apprentissage à la vie. On dirait qu’il n’y a de place que pour être et rien pour l’avoir. Voilà ce qui fascine dans ce film.

     Le passage de l’évangile selon Marc est, en un contexte bien différent, dans le même esprit que ce film. Cet homme qui va vers Jésus porte certainement de bonnes interrogations sur le sens de sa vie: « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? » La réponse de Jésus est simple: travaille à être plutôt qu’à avoir: « Une seule chose te manque: va, vends ce que tu as […] puis viens, suis-moi. »

     En fait, devenir disciple de Jésus implique une profonde désinstallation, un immense renoncement à tout esprit de possession. Devenir disciple, c’est une convocation faite à chacun et chacune à redessiner le sens de sa vie à même le manque et le désir de l’autre et de Dieu, et à se situer en regard de l’autre, le plus démuni. Le film nous renvoyait au fil des jours à cette seule exigence pour apprendre à vivre. Le maître comme les enfants devaient s’ouvrir, faire attention aux autres, aux plus pauvres (handicapés), faire attention à eux-mêmes.

     J’aimerais souligner que dans ce passage de Marc, comme dans le film d’ailleurs, la vie humaine et la vie évangélique se construisent à même le temps. Selon cet esprit, il ne s’agit pas de posséder, d’avoir, mais de devenir, d’apprendre à être. Nous le savons comme par intuition, vient un temps dans la vie où il nous faudra renoncer à tous ces biens pour retrouver l’essentiel: un geste d’affection, un regard qui rappelle la vie et qui dit l’amitié et le compagnonnage. Toutes attitudes que l’on retrouve dans la vie de Jésus.

     Le passage de Marc, à voir l’attitude de Jésus et celle de l’homme « qui possède des richesses », nous rappelle que vivre c’est aussi accepter de ne pas être toujours prêt à répondre aux invitations, même les plus significatives. Il faut du temps et de la patience. Mais ces invitations à nous départir de toutes possessions, si elle se répètent, sont un signe qui nous rappelle que l’essentiel est plutôt fait d’une qualité de relations, d’une intensité du désir de l’autre. L’Évangile est dans cette ouverture, telle une invitation sans cesse reprise.

     Tout comme le maître dans le film, Jésus, dans le passage que nous présente Marc, ne juge pas. Si l’Évangile est une invitation, il est aussi une longue patience. La seule condition est que nous demeurions ouverts à l’appel de la vie, et dans la foi évangélique, à l’appel de Jésus, à sa fascination pour la vie.

     Que ce soit notre confort, nos avantages ou tout pouvoir que confèrent l’argent et les biens matériels, il importe de rester sensibles au regard d’amour posé sur nous, surtout si, au fond de ce regard de Jésus, nous découvrons le regard de Dieu et des personnes qui, sans en être toujours très conscientes, désirent être plutôt que d’avoir.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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