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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 92 (2003).

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Être premier tout en étant dernier...

21 septembre 2003
Année B: 25e dimanche du temps ordinaire
Marc 9, 30-37

 « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous. » (v. 35)

Une longue file de gens attend pour entrer au théâtre. Qui aurait l’audace de dire à la première personne de la file: « Si tu veux être la première à choisir ta place, va te placer au dernier rang »? C’est pourtant ce que Jésus a l’air d’enseigner aux Douze.

     En effet, alors que Jésus et ses disciples traversaient la Galilée, le plus possible incognito (v. 30), une discussion - peut-être une chicane - s’était amorcée chez les Douze (v. 34). Pourtant, l’heure n’était pas à savoir qui aurait la première place auprès du Maître. Ce dernier venait de leur annoncer, pour la deuxième fois, sa passion et sa mort. Que dirions-nous des membres d’une famille qui, au chevet d’un des leurs les préparant à sa mort prochaine, se disputeraient sur leur valeur et sur les considérations auxquelles ils croient avoir droit, sur la part d’héritage qu’ils s’attendent à recevoir? À tout le moins, nous pourrions nous étonner de leur inconscience devant l’événement douloureux qu’ils auront à vivre bientôt.

     C’est bien ce qui arrive aux disciples: ils ne saisissent pas le message du Christ. Lui s’est fait serviteur de tous. Lui a accepté, jusqu’à un certain point, d’être dépendant des autres. Et au moment où il parle de sa mort et de sa résurrection, voilà que ceux qu’il avait appelés à entreprendre la voie qu’il leur avait ouverte n’entrent absolument pas dans ses intentions. Bien au contraire, ils s’inquiètent d’être le plus grand. Chacun veut être supérieur aux autres. Plutôt que de chercher à servir Dieu et le prochain, ils résistent à devenir les serviteurs les uns des autres. Comme les scribes et les pharisiens, ils en sont encore à rechercher les premières places dans les banquets, dans les synagogues, partout où ils vont. Chacun souhaite que les autres le reconnaissent comme étant le plus grand (v. 34).

     Jésus les invite à une prise de conscience: « De quoi discutiez-vous en chemin? » Est-ce la honte qui les rend muets? Ils se taisent. Et Jésus, qui semble ne jamais perdre confiance en ceux qu’il a choisis, ne leur dit pas qu’ils n’ont pas à chercher la première place. Au contraire, il leur donne le moyen d’y accéder: ce n’est pas en voulant dominer les autres, ce n’est pas en les éclipsant, ce n’est pas en les méprisant qu’on devient plus grand, qu’on devient le premier. Dans son Royaume, Dieu instaure un nouvel ordre: ce sont les rapports égalitaires, le service, la miséricorde qui permettent de parvenir à la première place. Jésus invite ses disciples à l’imiter dans son humilité et dans son service: « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous. » Et pour que la leçon porte davantage, pour qu’elle soit bien comprise et que les Douze l’intègrent, il prend dans ses bras un enfant et leur propose de l’accueillir. Ce faisant - puisque les enfants sont, au temps de Jésus, au nombre de ceux qu’il considère pauvres au même titre que ceux qui n’ont pas de droit, pas de pouvoir social, pas de richesse - il affirme que le chemin d’accès à la première place est bien celui de l’accueil des plus pauvres et des plus démunis.

     Dans le monde d’aujourd’hui, dans l’Église d’aujourd’hui, la tentation du pouvoir et des honneurs guette toujours. La leçon donnée par Jésus à ses disciples nous concerne, nous aussi. Pour être premier aux yeux de Dieu, il nous faut faire comme le Christ lui-même a fait: devenir serviteur des plus mal nantis. Comme le disait Vincent de Paul: « Les pauvres sont nos maîtres. » Accueillir les enfants, même s’ils sont sales et sans éducation; accueillir les personnes assistées sociales, même si certaines, avec un peu plus d’audace et de volonté, pouvaient passer à une autre condition de vie; accueillir les jeunes qui quêtent au coin de la rue en lavant les vitres des automobiles; accueillir les personnes aînées qui répètent souvent la même chose; accueillir les malades qui ont besoin des soins les plus élémentaires; accueillir les sans-avoir, les sans-savoir, les sans-pouvoir, voilà ce à quoi nous invite cette page d’Évangile. Prendre place parmi tous ceux-là que d’aucuns considèrent être les derniers, se faire l’un des leurs pour les servir, c’est recevoir Jésus lui-même et c’est recevoir Dieu. Et prendre Dieu avec soi, n’est-ce pas avoir accès au premier rang puisque Dieu comme le Christ précède toujours les siens? Oui, le seul moyen d’être premier dans le Royaume, c’est de se faire dernier sur terre.

DENISE LAMARCHE
Longueuil

 

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