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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 91 (2003).

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Il n’est pas si simple de croire

14 septembre 2003
Année B: 24e dimanche du temps ordinaire
Marc 8, 27-35

 « Chemin faisant, Jésus interrogeait [ses disciples]: “Pour les gens, qui suis-je?” Ils répondirent: “Jean Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres, un des prophètes.” […] “Et vous, que dites-vous?”. » (v. 27-29)

« Tu es le Messie », répondit Pierre. Pour reprendre une expression populaire, une réponse aussi spontanée pourrait sembler sortir de la bouche de Pierre comme un chat sort du sac. Mais cette réponse, ce cri vient d’une longue fréquentation de Pierre avec Jésus. À force de partager la vie de cet homme Jésus, Pierre et probablement une bonne partie des disciples en sont venus à la conviction qu’il était vraiment ce Messie tant annoncé. Comme bien des juifs de son temps, Pierre et les disciples portaient en eux la mémoire des prophéties. Pour Pierre, à entendre Jésus et à voir la qualité de relation et d’action qu’il vivait avec les personnes et les groupes rencontrés, c’était devenu presque une évidence. Mais Pierre ne savait pas encore le reste de l’histoire. Jésus, lui, pressentait qu’il aurait à vivre et à traverser souffrances et mort. En accompagnant Jésus jusqu’au bout, à même ses souffrances et jusqu’au seuil de la mort, Pierre et les disciples auraient, eux aussi, à « vivre leur calvaire ». Ils ne s’en doutaient vraisemblablement pas.

     Si Jésus réagit d’une façon si étrange devant l’affirmation de Pierre, en lui disant ou même en lui lançant: « Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes », c’est qu’il sentait que l’image qu’il se faisait du Messie n’était pas ce que lui, Jésus, vivait et représentait. Ce n’était pas un Messie royal, triomphant, mais, tout au contraire, un serviteur humble, souffrant, attentif aux petits et aux pauvres, ouvert à tous. Autant d’attitudes qui cherchent à rebâtir l’espérance chez les gens, en ouvrant leurs morts quotidiennes à un désir de vie, à la réalité d’une vie plus large.

     Il était urgent que les disciples apprennent cela. D’où l’évocation soudaine de Satan. Satan est celui qui était venu hanter Jésus au désert. Satan voulait précisément court-circuiter la souffrance et la mort, pour faire passer Jésus dans un monde d’exaltation. Jésus savait que sa mission en était une d’humanité; il voulait inaugurer une relation significative des hommes et des femmes avec Dieu, et faire saisir que lui, Jésus, était venu pour redire que Dieu accompagne l’expérience humaine dans ses souffrances, ses joies, ses détresses, pour leur signifier un chemin de vie et de résurrection.

     Ce passage de l’évangéliste Marc m’interpelle. Il m’interpelle parce qu’il me semble que nous apprenons trop tôt qui est Dieu, qui est Jésus. Nous affirmons trop rapidement, à cause d’une certaine catéchèse ou d’un catéchisme, même modernisé, qui est Jésus. Une certaine connaissance affirmée précède trop nos expériences d’accès à la foi et à la découverte du Dieu de Jésus. En d’autre mots, nous savons qui est Jésus avant de consentir à tout un travail de foi. Ce que Jésus dit à Pierre et qu’il nous rappelle à nous aujourd’hui, c’est ceci: n’affirmez pas trop rapidement, la foi est une expérience à vivre, c’est un don à accueillir. C’est un travail de toute la vie. Et ce n’est qu’en bout de vie que finalement, on peut affirmer qu’on connaît vraiment — et encore! — quelqu’un, même Jésus, même Dieu. La foi et la reconnaissance de Jésus sont un travail de tous les jours. Non, il n’est pas si simple de croire. Il est plus facile de se laisser aller à des affirmations, somme toute, trop rapides et trop faciles. La foi est une expérience; elle reste toujours à faire, toujours à vivre.

     Reconfigurer constamment nos histoires humaines à même la mémoire de Jésus, relire son itinéraire avec sa charge de souffrance, de joie et d’espérance, est une expérience de tous les jours. Jésus, le Messie attendu mais bien incarné dans notre expérience humaine, a voulu prendre, en tête, le chemin qu’il nous invite à emprunter. Comment allons-nous répondre à cette invitation? Non, il n’est pas si simple de croire; il est hélas! plus facile d’affirmer.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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