url

photo

La Parole

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 91 (2003).

Site internet de Présence

Maturité et immaturité dans la foi

27 juillet 2003
Année B: 17e dimanche du temps ordinaire
Jean 6, 1-15

 « À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient: “C’est vraiment lui le grand Prophète […]”. » (v. 14)

Il y a quelques années, des chrétiens se disant fervents catholiques se rassemblaient dans la région de New York, à Bayside, pour prier autour de la figure de Marie, et pour attendre des signes du ciel. Ces signes pouvaient prendre diverses formes, une odeur de rose qui apparaissait soudain, ou le soleil qui prenait subitement une forme bizarre. Tout cela me fait réfléchir sur la foi et m’amène à poser la question: comment distinguer la véritable foi de la foi magique? Comment la foi authentique se détache-t-elle de cette foi naïve dont on a eu un écho dans le conflit récent au Proche-Orient où chaque belligérant se réclamait de Dieu? C’est dans ce contexte que je veux relire le récit évangélique de ce dimanche.

     Nous connaissons bien cette scène où Jésus nourrit cinq mille personnes avec seulement cinq pains d’orge et deux poissons, car tous les évangiles nous en donnent une version propre. Si nous sommes très familiers avec l’Ancien Testament, nous voyons bien que cette scène s’est inspirée du récit du prophète Élisée, dans le livre des Rois, où celui-ci nourrit cent personnes avec vingt pains d’orge. Mais l’évangéliste termine son récit en parlant de « signe ». Signe de quoi?

     Un signe est comme ce doigt qui pointe vers la lune, c’est la lune qu’il faut regarder, pas le doigt. Vers où pointe notre récit? On peut trouver beaucoup d’éléments symboliques très révélateurs. On passe étrangement sur l’autre rive du lac, alors que précédemment nous étions à Jérusalem. C’est la guérison d’infirmes qui attirent les gens vers Jésus. Nous sommes déjà dans le contexte de Pâques. Jésus s’assoit sur une montagne, comme un maître sur le point d’enseigner à ses disciples. Il prend le pain, rend grâce et le distribue aux gens, scène qui évoque d’autant plus clairement l’eucharistie que la bénédiction sur le pain et le vin est absente de la dernière Cène chez Jean. Comme la scène évoque un maître qui enseigne, le pain évoque le don de son enseignement. Le tout se termine par la réaction des gens qui voient en Jésus le prophète qui doit venir, c’est-à-dire un nouveau Moïse. Il est clair que le miracle, c’est celui de rejoindre tant de gens par un enseignement.

     Tout pointe vers une scène tout à fait chrétienne: après être passé par l’eau du baptême, le croyant que je suis, guéri de son infirmité, est nourri par la parole de Jésus ressuscité, qui est en fait toute sa personne, et il peut manger autant qu’il veut, dans la mesure où il peut la recevoir. Voilà l’eucharistie. Pourtant, ce récit contient des éléments qui, si on n’y prend pas garde, peuvent nous conduire sur deux chemins de foi totalement différents.

     Rappelons-nous comment Yahvé a nourri son peuple quittant l’Égypte. Les gens ont dû manger debout, en hâte. Au désert, la nourriture est tombée du ciel, sous forme de manne. Dans le récit de Jean, c’est tout le contraire, la nourriture ne vient pas du ciel, comme pour dire que Dieu ne parle plus par des soi-disant voyants. Dieu parle par les choses simples de la vie, comme par la voix d’un enfant. On ne reste pas debout, on s’assoit confortablement sur l’herbe, et on prend le temps de manger tant qu’on veut, comme à une fête, comme à un bon pique-nique, c’est ce que veut Dieu.

     Que signifie tout cela? Ce n’est pas dans le ciel ou dans les phénomènes extraordinaires qu’on trouvera un signe du Christ Jésus. Voilà ce que n’ont pas compris les gens qui voulait le faire roi. Les pains et le poisson dans les mains d’un enfant, c’est ma vie, simple et ordinaire. Comment ma vie peut-elle être nourriture pour les autres? C’est la question de Philippe dans l’évangile. Notre question pourrait être: maintenant que je suis vieillard ou infirme, ou isolé dans un coin perdu, comment puis-je apporter quelque chose aux autres? Chacun a sa façon de poser la question. La foi est une manière de voir l’invisible et de dire: « Je te rends grâce, Seigneur, pour ma vie en ce jour, même si je suis âgé ou faible, et j’ose donner le peu que j’ai, car par elle tu réalises des choses merveilleuses, des choses qui sont source de fête, au-delà de ce que je peux voir. »

     Une dernière question. Comment distinguer entre une foi immature et une autre qui ne l’est pas? La maturité est cette capacité d’évoluer sans cesse. Chaque jour est différent, et je ne peux prévoir qui sera devant moi. Un jour, Jésus a des infirmes devant lui, une autre jour des gens à nourrir. Et les gens ont peine à dire qui il est, un guérisseur, un prophète, un roi? Voilà pourquoi savoir qui est Dieu et ce qu’il veut une fois pour toutes relève de l’immaturité. Croire c’est dire: « Seigneur, voici ma vie, j’avance sans nostalgie du passé, je donne sans attendre en retour, à toi de tracer mon chemin, car j’accepte d’évoluer jusqu’à mon dernier souffle. »

ANDRÉ GILBERT
Aylmer

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2003
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 • courriel:

www.cebl.org •  22 juillet 2003