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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 91 (2003). |
Et si nous prenions le temps... 20 juillet 2003 « Il leur dit: Venez à lécart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » (v. 31) Quelquun disait un jour: « On ne sait pas ce après quoi on court mais on court quand même. » Facile à admettre: il y a tant et tant à faire que le temps nous manque sans cesse. Les engagements quon nous propose sont si nombreux quon ne trouve guère le temps de bien réfléchir, de rencontrer des amis, de recevoir ses parents ou ses enfants à sa table... Bref, léquilibre de vie est menacé de toutes parts. Et cela est vrai, non seulement dans la vie profane, mais encore dans lexistence de certaines et certains qui sengagent dans le travail pastoral. Jai souvenir dun couple qui, chaque soir de la semaine, se consacrait à lanimation ou à la participation à divers comités dans sa communauté chrétienne jusquau jour où un de leur fils âgé de treize ans leur a avoué: « Jai hâte davoir des parents qui soccupent aussi de moi. » Quelle prise de conscience pour ce couple! Que dexemples semblables à celui que je viens dévoquer peuvent remonter à la mémoire en lisant cette page de lévangile de Marc! Les apôtres reviennent auprès de Jésus. Ils semblent fort heureux de tout ce quils ont fait et enseigné (v. 30). Dans tout cet évangile, cest la seule fois que les Douze sont qualifiés du nom dapôtres. Ce titre dapôtre, nous le savons bien, signifie envoyé. Les Douze avaient été envoyés par Jésus pour accomplir la mission quil leur confiait (v. 6b-13) Cest de cette mission quils reviennent. Ils ont « enseigné, chassé les démons et guéri des malades » (v. 12-13). Il va sans dire quayant réussi à accomplir la charge qui leur avait été confiée, ils sont heureux de raconter leurs exploits. Fatigue et exaltation semblent aller de pair. Lexcitation semble être à son comble. Les gens viennent voir Jésus et les apôtres; ils repartent. Viennent-ils en curieux? en personnes voulant obtenir des réponses à leurs questions? en demandeurs dune guérison ou dune quelconque faveur? Toujours est-il que Jésus et les apôtres nont même pas le temps de manger (v. 31). Cest affolant. Cela ne peut continuer. Pour bien remplir une fonction, pour bien être ouvert aux autres, il faut se connaître et se refaire soi-même. Il faut faire le point sur sa propre vie pour accompagner les autres dans la quête de sens à la leur. Jésus le sait. Dès lors, il semble appeler ses apôtres au calme, à la retraite: « Venez à lécart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » Il semble bien que Jésus, accompagnant ses apôtres au désert, décide par le fait même de moins se consacrer à la prédication aux grandes foules quà la formation de ceux qui lui succéderont pour poursuivre son uvre dévangélisation. Cela ne parle-t-il pas de façon toute particulière à notre temps? Alors quun grand nombre de chrétiennes et de chrétiens sont appelés à sinvestir dans plusieurs services pastoraux: initiation à la vie chrétienne, catéchèse aux enfants, aux jeunes, aux adultes; vie communautaire; engagements diversifiés voulant promouvoir la justice sociale; animation de la vie liturgique, etc., nous pouvons-nous demander quelle formation ils se donnent et quelle part de leur temps est accordée à se retirer au désert. Quel temps peuvent-ils accorder à la prière? à la réflexion? à la véritable rencontre du Seigneur? Le risque est grand en Église de faire prier les autres sans prier soi-même, denseigner aux autres sans approfondir soi-même, de parler de Dieu sans se donner à soi-même la chance de le connaître et reconnaître mieux. Certes, il ne sagit pas de se replier sur soi et doublier les autres. Il sagit bien plutôt de se retrouver soi-même pour être davantage présent aux autres et compatissant à leurs souffrances, à leurs deuils, à leurs aspirations. La suite de lévangile de Marc le fait comprendre assez clairement. En effet, à peine Jésus et les apôtres naviguent-ils vers un lieu désert que les gens courent pour les précéder en ce lieu (v. 32-33). Touché par cette foule, Jésus fait preuve de grande miséricorde. Il répond à leur soif dêtre guidés. Il se fait berger du troupeau (v. 34). À leur tour, les apôtres voudront que Jésus renvoie la foule. Auraient-ils déjà pris goût au repos et à la joie de se retrouver, eux seuls, en compagnie de leur maître? Mais Jésus les renverra à la responsabilité quil leur confie en leur enjoignant de donner eux-mêmes à manger à cette foule (v. 35-37). Nen est-il pas toujours ainsi quand on veut vivre selon lÉvangile? Ne faut-il pas se ménager espaces et temps pour accueillir la Bonne Nouvelle afin den devenir les passeurs au cur du monde? Ah, si nous prenions le temps! DENISE LAMARCHE |
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