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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 90 (2003). |
Une mobilité confiante 13 juillet 2003 « Ils partirent et proclamèrent quil fallait se convertir. » (v. 12) Pour sa mission, Jésus ne fonctionne pas tout seul. Il sassocie des disciples à qui il confie une mission semblable à la sienne : par des gestes et paroles qui libèrent et guérissent, témoigner dune réalité présente et source de vie, dune réalité autre et aimante, à lorigine et à lhorizon de nos existences. Il envoie les douze appeler à la conversion, au retournement qui permet de sortir dune dynamique de mort pour entrer dans une histoire dalliance, de quitter les craintes paralysantes pour marcher sur un chemin despérance. Cette mission nest pas nimporte laquelle : il sagit bien de poursuivre celle de Jésus. Aussi donne-t-il des consignes significatives. Elles offrent des conseils de sagesse et indiquent lesprit qui lanime mais en même temps elles disent déjà quelque chose de la réalité annoncée. Pour annoncer la joyeuse nouvelle, les disciples sont envoyés deux par deux. Ce service nest pas facile, il se porte mieux à deux; il requiert un appui mutuel, un dialogue entre les engagés. Mais aussi, le lien fraternel, avec ses exigences et ses forces, est déjà annonce de la communion humaine plus vaste que Jésus ouvre. Il nest pas seulement un moyen pour la mission : il est déjà le signe de sa réalisation. Les disciples sont invités à la mobilité, au déplacement, pour que la joyeuse nouvelle circule plus aisément, se communique plus facilement. Mais cette mobilité demande une légèreté de bagages, qui dit déjà lappel au désencombrement, à se décharger des poids qui nous ralentissent et nous bloquent dans notre marche vers le mystère. Les surplus qui saccumulent, les lourdeurs à traîner font obstacle au témoignage dune vie plus libre. Le dépouillement du voyageur exprime sa confiance en celui qui lenvoie et en ceux et celles qui le recevront. Comment inviter à accueillir la visite du Dieu qui donne vie sans appeler en même temps les auditeurs à faire de la place en eux. Et comment faire retentir cet appel si en soi-même tout lespace est rempli et nous ployons sous le poids de tant de bagages inutiles que nous emportons depuis longtemps, par habitude, par insécurité, mais qui au fond ne nous servent jamais. Les envoyés aussi prennent un risque : ils seront accueillis par certains mais dautres leur fermeront leur porte et leur cur. Cela fait partie de la mission, de lannonce dune nouvelle transformante, dun appel à un changement personnel, communautaire, social. Il ny a pas dautomatisme en réponse à loffre dun sens neuf à la vie. Lêtre humain demeure libre et complexe, pouvant dire oui ou non, et souvent peut-être. Oui un jour et non le lendemain, ou linverse. Il y a un sain réalisme dans lappel de Jésus à secouer la poussière de ses pieds. Si des gens nous refusent leur accueil, alors il faut aller ailleurs. Cest leur droit de se méfier et de garder leur distance; cest le nôtre de réagir et de nous tenir et de poursuivre la mission en dautres lieux et réseaux. Une fois les consignes données, encore là, cela ne suffit pas. Il faut maintenant bouger, risquer, oser aller vers ces gens. « Ils partirent », dit Marc. Et ils passèrent à laction. Ils partirent sûrement avec en eux un mélange dappréhensions et denthousiasme, avec des craintes et des attentes. Mais ils ne partaient pas seuls. Plus tard, les disciples se retrouveront pour le temps du récit, pour raconter ce qui est arrivé sur les routes et dans les maisons : les accueils et les refus, les surprises, les vies touchées et transformées, dautres hésitantes et en recherche. Et pour parler deux-mêmes, de ce quils deviennent, à travers tout cela : les découvertes réjouissantes, les questions dérangeantes sur la vie humaine, sur la bonne nouvelle, sur les défis de la mission portées avec dautres. Les envoyés se retrouveront pour mieux nommer leur propre itinéraire de libération et de guérison. Car dans ces histoires, lenvoyé nest jamais en dehors de ce quil annonce. Ainsi se poursuit depuis deux mille ans la mission confiée par Jésus aux disciples, la trans-mission dune joyeuse nouvelle, dans la mobilité et la légèreté, dans la confiance et le risque, dans la fraternité apostolique, demandant maintenant notre relais. DANIEL CADRIN |
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