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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 90 (2003).

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La foi comme puissance de transgression

29 juin 2003
Année B : 13e dimanche du temps ordinaire
Marc 5, 21-43

 « [...] crois seulement. » (v. 36)

Marc met en scène l’amalgame de deux récits de guérison. Histoires de filles, incrustées l’une dans l’autre, toutes deux menacées par la désespérance d’une mort imminente. Que de règles transgressées dans la rencontre de Jésus avec le père de la fillette, Jaïre, chef de la synagogue et de cette femme aux hémorragies abondantes, sans nom! Douze ans comme arrière-scène du drame : à la fois, trop court pour le mourir et trop long pour le souffrir.

     L’évangéliste choisit des images fortes pour évoquer l’action de Jésus déclenchée par la puissance de la foi. Certaines sont même familières à notre propre culture. Par exemple, au mois de juillet, Montréal vibre au son du festival de jazz. La foule assiège la ville sous l’emprise d’une musique envoûtante. Imaginez la traverser pour aller à un rendez-vous ou atteindre une destination? Est-ce que se frayer un passage envers et contre tous en vaut la peine? Imaginez maintenant, 12 ans de règles désordonnées? Même pour aujourd’hui, l’idée est insupportable à la fois pour sa qualité de vie et pour celle des siens. Imaginez alors cette femme n’ayant ni nom ni statut, de quel mal peut-elle être coupable pour vivre une telle exclusion imposée par une culture où le flux sanguin marque le tabou? Douze ans, n’est-elle pas morte? Morte de fatigue, de peur, de solitude, de rejet, d’exclusion. Tout comme elle, où trouver le courage de transgresser la foule aussi nombreuse que compacte pour « toucher au moins ses vêtements » à lui? Dans son monde, cela ne se faisait pas. Elle a entendu parler de lui, de sa réputation, de sa présence mais il n’y a aucune garantie! S’agit-il de magie, de superstition ou d’un acte de confiance tel une aspiration à une délivrance enracinée dans un mal de vivre incessant?

     Par ailleurs, encore aujourd’hui, c’est à peine si l’on veut imaginer la perte d’un enfant. Tout comme la femme sans nom, le père d’une fillette va transgresser les règles du jeu. En dépit de la foule, il vient supplier Jésus de venir sauver sa fille en lui imposant les mains. Ce chef de la synagogue se présente lui-même à Jésus au lieu d’envoyer ses serviteurs le chercher. Il se jette à ses genoux.

     L’heure est urgente, elle est grave. Pas une minute à perdre! Or, voilà qu’en un geste, cette femme sans nom met en péril la vie de sa fille, à cause de quelques minutes volées à Jésus. « Qui a touché à mes vêtements? » Paroles d’indignation. Jésus sait. Elle sait qu’il sait. La crainte semble l’emporter sur la délivrance ressentie au frôlement de son manteau mais elle n’a plus rien à perdre et encore une fois, elle osera et lui dira la vérité. Jésus transgresse le temps. Il veut lui confirmer sa guérison et la révéler à elle-même : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. » Non seulement est-elle guérie de son mal tout aussi intime qu’il pouvait l’être, mais elle est reconnue comme une femme de foi, elle est sauvée. Désormais, elle peut vivre en toute dignité et auprès des siens, plus particulièrement de son mari. Mœurs obligent!

     Le temps de l’urgence est transgressé. Trop tard, les serviteurs de Jaïre lui annoncent le décès de sa fille. La perte d’une enfant. Perte cruelle, perte sans nom, provoquant une peur irréversible. « Sois sans crainte, crois seulement. » Qu’est-ce que ce père a vécu pendant le trajet le menant à la maison? Qu’a-t-il ressenti lorsqu’il a entendu ses gens pleurer et se lamenter? Quelle a été sa réaction lorsque Jésus les a tous mis dehors? Quel mouvement l’a fait frémir suite aux moqueries suscitées par le commentaire de Jésus : « L’enfant n’est pas morte, elle dort. » Prenant avec lui les parents et ses disciples, Jésus transgresse la non-croyance de l’entourage. Et touchant la main de la fillette, il la somme de se réveiller. La foi comme puissance de résurrection.

     Deux récits, deux guérisons entourées d’un grande discrétion l’une imposée par l’intimité de la situation et l’autre par Jésus.

     Bientôt à Montréal, ce sera le festival de jazz. La foule sera immense. Y a-t-il parmi elle, un homme, une femme dont la foi devient puissance de transgression?

SYLVIE LATREILLE
Sainte-Thérèse

 

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