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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 87 (2002).

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Toit de chaume ou de tuiles?

23 février 2003
Année B: 7e dimanche du temps ordinaire
Marc 2, 1-12

 « Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de Jésus, font une ouverture et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. » (v. 4)

N’est-il pas intéressant de remarquer que l’évangéliste Luc, relatant le même événement de la guérison de ce paralytique à Capharnaüm, parle d’une maison au toit de tuiles qu’on doit déplacer pour descendre le malade devant Jésus, alors que Marc mentionne l’ouverture dans le toit comme allant de soi. Puisqu’il s’adresse à des chrétiens de culture grecque, Luc voit une maison de style gréco-romain avec une couverture en tuiles, alors que Marc décrit la scène dans une maison palestinienne, laquelle était habituellement surmontée d’une terrasse faite de poutres de bois, de branchages et de terre, constituant une toit de chaume.

     Lorsqu’un membre du comité paroissial de liturgie insiste en me demandant, était-ce un toit de chaume ou des tuiles? Qui a raison, Luc ou Marc? Il m’a bien fallu trancher en faveur de Marc, tout en prenant soin d’ajouter que la Bible ne répond pas à toutes les questions de détails que les lecteurs contemporains peuvent se poser. D’ailleurs, les deux évangélistes mettent au centre de leur récit la personne de Jésus qui attire de nombreuses personnes, qui fascine le peuple désireux d’entendre sa parole. Marc et Luc dégagent également la foi de ces gens ingénieux qui découvrent un moyen de contrer l’affluence autour de Jésus. Parce qu’ils ont confiance en Jésus, parce qu’ils se fient à lui, ils se permettent une audace quelque peu osée. Le maître, loin de s’offusquer, s’empresse d’accueillir et de libérer le paralysé.

     Nous sommes loin des contraintes protocolaires et de l’application rigoureuse des normes liturgiques régissant la célébration d’un Dieu présent au coeur de son peuple. Nous sommes au coeur de l’essentiel: la rencontre d’un pauvre en mal de vivre pleinement et d’un Dieu qui, en Jésus, relève, guérit, libère, dégage toutes les forces de vie qui font relever la tête, tenir debout et libérer la conscience. Expérience réelle de conversion qui bouleverse et chambarde une vie, encore plus qu’un toit de chaume ou de tuiles.

     « Donc, Luc s’est permis d’adapter son récit pour mieux se faire comprendre de ses lecteurs », reprend mon équipier liturgique. Et voilà bien ce qui est très instructif. Quelques dizaines d’années, après la mort de Jésus de Nazareth, sa mémoire est véhiculée dans d’autres cultures, avec les mots, les expressions, les images susceptibles de rejoindre et de toucher les gens de diverses cultures. Adapter la parole de Dieu, l’actualiser pour qu’elle soit vivante aujourd’hui comme hier, est une tâche et un défi à reprendre sans cesse.

     Les différentes traduction de la Bible faites au cours des âges, au fil des découvertes scientifiques et des recherches universitaires, constituent de ces efforts d’actualisation. Ce travail contribue à une meilleure compréhension de la Parole de Dieu pour les hommes et les femmes d’un temps donné. C’est en ce sens que la nouvelle traduction de la Bible faite en 2001, dans un souci particulier de qualité littéraire, est un événement important s’inscrivant dans la tradition vivante de la foi catholique. Cette réalisation contribuera à nourrir la ferveur de nombre de contemporains désireux de s’abreuver à une fontaine inépuisable de sens et de beauté.

     Toit de chaume, ou toit de tuiles? Peu importe! Comme le traduit cette nouvelle Bible, (p. 2280) il y a des gens qui découvrent un trou dans le toit. L’extraordinaire n’est pas dans le trou, mais bien en Jésus qui fait merveilles. C’est de lui que tous s’entendent pour proclamer: « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. » (Marc 2, 12) et: « Aujourd’hui, nous avons vu des choses extraordinaires. » (Luc 5, 26)

GABRIEL GINGRAS
Cap-Rouge

 

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