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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 87 (2002). |
Ouverture-Fermeture 2 février 2003 « Vois, ton fils qui est là, provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. » (v. 34) Le texte de la présentation de Jésus au Temple est à la fois dune beauté rare et dune simplicité trompeuse. Cest quil produit un contraste saisissant entre le début et la fin de lexistence du Nazaréen. La douceur de la scène quaccentue la bonté des personnages est troublante quand on pense que cest précisément son geste contre le Temple, geste dune grande violence symbolique, qui va provoquer la condamnation à mort de Jésus. Celui-ci est donc doucement présenté là où va être durement prononcé sa sentence de mort. Sentence annoncée à mots couverts par Syméon, qui voit en lui un signe de contradiction. Tout est là, mais feutré. Les parents de Jésus sont gens pieux qui montent à Jérusalem accomplir les préceptes de la Loi, mais il dira lui-même, une fois ressuscité, que laccomplissement de cette même Loi exigeait sa mort. Joseph et Marie ont lintention de consacrer leur aîné au Seigneur, mais cest son exécution quils illustrent sans le savoir. Syméon attend la consolation dIsraël, mais les filles de Jérusalem, voyant le condamné passer devant elles, diront leur désolation et crieront leurs lamentations. Syméon a appris quil ne mourrait pas avant davoir vu le Messie, mais dautres apprendront, à Emmaüs, que ce Messie devait souffrir. Cette simple mise côte à côte du récit des débuts et des événements de la fin permet peut-être de faire deviner à quel point ce qui paraît parler des origines relève du traitement proprement chrétien des choses. On sait la Passion, la mort, la résurrection, louverture aux païens, et on les annonce. Mais il y a plus. Jésus et ses parents étaient des Galiléens. Ils avaient dautres coutumes, dautres traditions, dautres façons de vivre leur foi que celles de la Judée ou de Jérusalem. Leur piété est galiléenne, non pas judéenne. Or, ici, la perspective est tout entière judéenne. On est centré sur le Temple et la Loi, institutions qui se sont développées au Sud, alors que le Nord faisait bande à part. On parle du Messie et de la libération de Jérusalem. Tout cela relève de lidéologie royale qui avait cours en Judée. Au Nord, dans la Galilée de Jésus, on espérait plutôt que se lève un libérateur, sorte de roi populaire charismatique, étranger à toute lignée royale. On rencontre donc ici une superbe relecture de lévénement Jésus faite par des chrétiens de Judée, formulée dans des termes fort différents de ce qui se faisait en Galilée. Tout cela nest pas dit pour discréditer ce texte ou tous les autres qui leur ressemblent. Au contraire, il est important comprendre ce quest une véritable inculturation. Il sagit de lentrée dans une culture du dynamisme de la foi, lequel se dit ensuite tout naturellement avec les mots et les institutions de cette culture. La Bible est une suite perpétuelle dinculturations, toutes plus surprenantes les unes que les autres. Cest ce qui explique la vie dont elle témoigne. Elle na jamais accepté de dresser de barrage devant la vie. Il est dommage quà cette richesse et cette ouverture dont témoigne lhistoire de la foi, sopposent aujourdhui une attitude frileuse, une fixation sur des mots, un ancrage dans des institutions, un refus davancer. Lecteurs ou lectrices trouveront leurs propres exemples. Quon pense aux jeunes, qui devraient être soutenus et encouragés à construire lÉglise (ou les communautés religieuses) dont ils ont besoin pour vivre. Ce nest pas lexemple pathétique du traditionalisme de Toronto qui les dynamisera à donner un nouveau corps à la foi. Quon pense encore au groupe des communautés religieuses québécoises qui sétaient dotées dun énoncé de mission percutant et avaient patiemment tissé des liens étroits de solidarité avec les groupes populaires dici, pour décider récemment de tout mettre en question, du jour au lendemain, avec une étonnante étourderie. Pensons à ces femmes dun dynamisme exemplaire, qui sétaient mises au service de lÉglise et, découragées par la lourdeur de linstitution, sont de plus en plus nombreuses - à leur grand désarroi dailleurs - à décider de se réorienter. Tout cela a un prix. Linculturation nest pas une option parmi dautres. Cest la seule qui soit adaptée à la vie. On se fie trop souvent à la parole de Matthieu, dans la finale de son évangile, où le Ressuscité fait sa fameuse promesse aux siens: « Quant à moi, je suis avec vous, chaque jour, jusquà la fin des Temps. » Sans doute. Mais il ne dit pas quil soutiendra une institution, des rites ou des mots. Ce vous peut éventuellement être celui dun petit réseau souple de croyants et de croyantes. Il ne sest pas engagé à cautionner nimporte quoi. Nous sommes témoins du suicide - peut-être inconscient, mais suicide quand même - de lÉglise. Ça ne doit pas nous empêcher de vivre. ANDRÉ MYRE |
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