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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 86 (2002).

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L’appel au large

26 janvier 2003
Année B: 3e dimanche du temps ordinaire
Marc 1, 14-20

 « Jésus leur dit: “Venez derrière moi, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.” » (v. 17)

Tout d’abord, comme un énoncé de principe, Jésus qui commence son ministère, sa mission. Un premier temps de sa mission, au relais de celle de Jean le Baptiste. Jésus qui proclame la Bonne Nouvelle venue de Dieu, mais encore pour l’instant dans la perspective d’un appel au repentir, à la conversion, à la foi en ce message qui se réclame de Dieu. Une continuité, dans la ligne du Baptiste. Les ruptures viendront avec l’expérience du ministère: un message de salut, de partage, de service pour les petits, les pauvres, les affligés de la vie, mais aussi pour qui ne se contente pas d’une vie au ras du quotidien, des petits bonheurs du quotidien. Puis, voici que se présente comme la narration d’événements bien concrets, le récit de l’appel lancé à des hommes qui seront les premiers disciples de Jésus. Un appel bien direct qui fait que des hommes laissent sur le champ leur métier, leurs familles et partent à la suite de Jésus.

     L’événement n’est pas sans liens avec la mention du début qui disait que Jésus, après que Jean Baptiste eut été livré, commençait sa propre mission. Un peu comme pour suggérer tout de suite que Jésus veut partager avec d’autres son travail missionnaire, qu’il veut avoir besoin de collaborateurs. Comme aussi pour indiquer que sa mission devra se continuer quand il ne sera plus là, que toujours, et jusqu’à nous, il aura besoin de disciples et de collaborateurs. C’est le commencement d’une mission qui doit s’approfondir, prendre d’autres allures selon les temps, les espaces, les personnes.

     L’appel des premiers disciples, cet invraisemblable appel qui fait tout laisser là, qui se présente comme un éclair soudain, imprévisible dans un ciel serein, au bord d’une mer étale et qui bouleverse des vies. On comprend bien que le récit ne nous dit pas, ne veut pas nous dire comment les choses furent, mais qu’il est symbolique de ce qui s’est passé au plus profond de ces vies. Sans doute, un apprentissage a précédé. Sans doute ces hommes qui nous sont présentés en couples de frères ont auparavant entendu Jésus qui proclamait la Bonne Nouvelle, ils l’ont vu vivre et agir, peut-être même sont entrés en conversation avec lui. Mais ce qui compte pour l’évangéliste, ce qui a valeur exemplaire pour nous, c’est l’instant de la découverte que la rencontre avec Jésus ne pouvait que conduire à un changement de manière de mener sa vie. Pas seulement l’abandon d’un métier, d’un milieu familial - ils y reviendront encore à ce métier et à la famille - mais un changement plus profond, au coeur du coeur. Comme la découverte que tout ne se ramène pas uniquement à la répétition des gestes familiers, des affections les plus immédiates, à cette mer souvent menaçante où ils besognent. Il y a le grand large de la vie qui appelle, qui dit ses besoins, qui révèle des habiletés, des forces dont on ne savait pas que l’on était capable. Et quelqu’un qui ouvre le regard à ces horizons auxquels on n’osait pas se croire appelé et voué.

     L’appel aux premiers disciples, premier geste d’un appel à tant d’autres disciples, jusqu’à ces disciples que nous nous efforçons d’être, qu’il nous dit, lui Jésus, que nous sommes. Tout laisser dans une radicale conversion? Nous savons bien que les conversions qui durent et se prolongent en fidélité ne sont pas nécessairement de ce type-là. Elles sont avant tout une conviction qui s’installe au fond du coeur, parce qu’une personne nous a fait entendre un message que, sans le savoir vraiment, nous attendions. Puis c’est la conversion qui bouleverse non pas tant nos manières d’être au quotidien, nos affections, mais, plus profond, le sens que nous donnions à la vie et les valeurs que nous faisions nôtres, pour nous conduire désormais à être vraiment, en plénitude, pour aimer vraiment et plus large que dans nos cercles familiers.

     L’appel au large de cette mer, lieu, dans l’univers des premiers disciples, de confusion, de naufrages, de forces du mal. Cette mer qui est notre monde dans lequel nous nous risquons, porteurs d’une foi et d’un amour qui révèlent un sens inscrit même dans ce qui paraît n’être que trouble et confusion.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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