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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 86 (2002).

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« Venez et voyez... »
Force et fragilité du témoignage

19 janvier 2003
Année B: 2e dimanche du temps ordinaire
Jean 1, 35-42

 « Il leur dit: “Que cherchez-vous?” Ils lui répondirent: “Rabbi (c’est-à-dire: Maître), où demeures-tu?” Il leur dit: “Venez, et vous verrez.” » (v. 38-39)

La lecture de l’Évangile raconte comment, selon saint Jean, ses premiers disciples sont venus à Jésus. C’est Jean Baptiste lui-même qui le leur a indiqué, à eux qui étaient jusque-là ses propres disciples. Ce récit johannique de l’appel des premiers disciples nous redit que c’est sur le témoignage de Jean Baptiste que surgit la foi des premiers disciples. Reprenant une vieille image déroutante qui habitait très probablement l’imaginaire des disciples, image reprise du prophète Isaïe: « Voici l’agneau De Dieu. » Et en entendant cette parole, les deux disciples suivirent Jésus. Comme il arrive souvent dans les évangiles, ce récit ne fait qu’évoquer une situation certainement plus complexe; mais il ne manque pas d’efficacité.

     Jésus pose la question, au départ anodine: « Qui cherchez-vous? » Les disciples répondent par une question adressée à Jésus: « Où demeures-tu? » L’espace de la vie, l’espace de la découverte, n’est-il pas celui qui est marqué à jamais par ces interrogations toujours reprises? « Venez et voyez », réplique Jésus. La réponse ne précise ni ne prescrit. Ou plutôt, la réponse à la question, c’est aux disciples à qui il revient de la donner au terme d’une expérience que traduit ici le verbe « voir ». Voir ou venir voir, ce peut être le début d’une expérience passionnante, susceptible de durer toute une vie. Une expérience de foi qui porte en elle son lot d’interrogations.

     L’Évangile s’enracine à ce point de la vie, à ce point le plus quotidien, celui de la rencontre, celui d’une certaine énigme que représente toujours l’autre qu’on rencontre pour la première fois, même si la rumeur en a déjà largement fait état. Ce sont les commencements de toute expérience humaine, de toute expérience de foi. Ce sont ces commencements que, dans chacune de nos histoires, on ne devrait jamais oublier, car ils sont pleins d’avenir et apparaissent comme des moments d’ouverture vers tout le possible de la vie et de la relation avec les autres et avec Dieu. À cet égard, ce passage de l’évangile selon Jean a une profondeur d’avenir.

     La situation de Jean, qui écrit son évangile à la fin du premier siècle, n’est pas sans ressemblance avec la nôtre. Même si les contemporains de Jésus sont déjà disparus, la conviction demeure: l’appel de Jésus adressé aux disciples tient toujours. Mais Jésus n’est plus là pour inviter à venir et à voir... Alors Jean indique comment il est possible de « venir à la foi » dans l’aujourd’hui de son temps. Ce passage trouve écho dans notre situation présente.

     Dans le récit qu’il fait des premiers appels à « suivre Jésus », Jean montre bien que c’est sur le témoignage de ceux qui d’abord crurent que peut surgir la foi des autres. Pas plus que nous, aujourd’hui, les croyants et les croyantes des premières heures n’avaient, pour fonder leur foi, autre chose qu’un témoignage. Il faut se croire les uns les autres et c’est la meilleure façon de « devenir croyants ». Mais à bien y penser, y a-t-il quelque chose de plus faible qu’un témoignage? Y a-t-il quelque chose de plus ambigu, de plus controversé, souvent, qu’un témoignage? Et pourtant, paradoxalement, y a-t-il quelque chose de plus fort qu’un témoignage? Mais finalement, y a-t-il, pour inviter à la foi, à l’amour, au bonheur, à la vie, autre chose qu’un témoignage? Là est l’enjeu fondamental de la vie tout court tout autant que d’expérience de la foi.

     Venez et voyez... La question surgit: « Où demeures-tu? » Aurons-nous jamais fini d’y répondre? On devra toujours se rappeler les paroles, bien connues mais souvent oubliées: « J’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais en prison... Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. » C’est là qu’il demeure. Venons y voir pour en témoigner et pour vivre.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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