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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 92 (2003). |
Le pain qui fait vivre 2 novembre 2003 « Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. » (v. 51) Il peut sembler singulier de lire au jour de la commémoration des défunts un extrait du discours sur le pain de vie dans lévangile de Jean. Faudrait-il sen tenir à la seule promesse quoffre ce texte : « et moi je le ressusciterai au dernier jour? » On pourrait alors dire comme Marthe dans lépisode de la mort de Lazare : « Oui je le sais quil ressuscitera au dernier jour, mais maintenant? » Encore faut-il rappeler comment Jésus fait alors découvrir à Marthe que la vie éternelle cest déjà maintenant. Nous serions alors invités à parcourir le même chemin quelle en recevant en ce jour la parole sur le pain de vie. La parole de Jésus est rapportée par Jean dans le prolongement du geste de la multiplication des pains, ce signe du don, du partage, de la vie sauvée, nourrie, refaite alors que rien dautre ne semblai possible que lattente et une faim qui ne pouvait être rassasiée. Et cest encore de pain quil est question en ce discours. Dans un premier temps, il nous est proposé de reconnaître que le pain qui donne la vie cest Jésus lui-même. Celui qui reçoit sa parole, sattache à sa personne, communie à sa vie, trouve là le sens de sa propre vie jusque dans sa mort. Le croyant est convié à reproduire en sa propre existence lexemplaire laissé par Jésus dans sa trajectoire pascale qui de la mort aboutit à la gloire. Mais voici dans le passage du discours proposé aujourdhui que nous navons plus les paroles telles que prononcés par Jésus aux jours de sa vie terrestre, mais ce que les disciples daprès Pâques en ont retenu. Une première communauté chrétienne lit les paroles de Jésus et les relie à ce temps de son apparente absence. Il est là toujours, prêt à se donner, à tracer le chemin par sa force spirituelle. Il est présent toujours, et plus particulièrement, plus efficacement dans le mémorial du dernier soir quand il a parlé du pain qui désormais est son corps, du vin qui est son sang. Et lévangile de Jean, dans un langage dun réalisme presque choquant, insiste sur la nécessité de manger ce pain qui est son corps, de boire ce vin qui est son sang. Cest ainsi que lon communie à sa vie, que sa vie devient la nôtre. Recevoir, manger, boire pour demeurer, non pas seulement avec lui, mais en lui. « Demeurer » : cest pour Jean le mot important. Il ne sagit pas dun simple souvenir qui ne dure quun temps, mais dune communion véritable et stable avec celui qui sauve et refait la vie et fait entrer en gloire. Comme dans limage de la vigne, les sarments vivent de leur attache au cep, mais avec ici la référence à la nourriture concrète de chaque jour qui fait « demeurer » dans létat de la vie. Ce discours, ces paroles sont et seront toujours difficiles à entendre. Nous sommes comme acculés à limpossible. Oser croire que notre vie peut ainsi sunir, se greffer à la sienne et être ainsi promise à la plénitude! Oser croire que la mort nest pas la fin de tout! La tentation est grande de tourner le dos à celui qui tient un tel discours; comme plusieurs des disciples, dire : « Ces paroles sont intolérables, on ne peut continuer à lécouter... et ils cessèrent de marcher avec lui. » La tentation aussi de retenir son adhésion à son discours et de continuer malgré tout de marcher avec lui parce quil apporte la consolation qui est un besoin profond du cur Pourtant, ces paroles sur le pain de vie sont comme louverture à une immense espérance, celle quil a lui-même authentifiée en entrant librement dans sa passion, en subissant sa mort et en ressuscitant au troisième jour. Une espérance alors qui ne serait possible que pour qui a reçu le don de croire vraiment? Une espérance pourtant qui demande à grandir avec le mûrissement de la foi, comme chez Marthe. Pourquoi imposer semblable limite? Pourquoi pas une espérance offerte à tous ceux et celles qui refusent dêtre arrêtés par le mur du seul possible à regard humain? Lespérance qui a porté, durant leur vie terrestre, tant de ceux et celles dont nous faisons aujourdhui commémoration. YVON-D. GÉLINAS |
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