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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 92 (2003).

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Le pain qui fait vivre

2 novembre 2003
Année B : Commémoration des défunts
Jean 6, 51-58

 « Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. » (v. 51)

Il peut sembler singulier de lire au jour de la commémoration des défunts un extrait du discours sur le pain de vie dans l’évangile de Jean. Faudrait-il s’en tenir à la seule promesse qu’offre ce texte : « …et moi je le ressusciterai au dernier jour? » On pourrait alors dire comme Marthe dans l’épisode de la mort de Lazare : « Oui je le sais qu’il ressuscitera au dernier jour, mais maintenant? » Encore faut-il rappeler comment Jésus fait alors découvrir à Marthe que la vie éternelle c’est déjà maintenant. Nous serions alors invités à parcourir le même chemin qu’elle en recevant en ce jour la parole sur le pain de vie.

     La parole de Jésus est rapportée par Jean dans le prolongement du geste de la multiplication des pains, ce signe du don, du partage, de la vie sauvée, nourrie, refaite alors que rien d’autre ne semblai possible que l’attente et une faim qui ne pouvait être rassasiée. Et c’est encore de pain qu’il est question en ce discours. Dans un premier temps, il nous est proposé de reconnaître que le pain qui donne la vie c’est Jésus lui-même. Celui qui reçoit sa parole, s’attache à sa personne, communie à sa vie, trouve là le sens de sa propre vie jusque dans sa mort. Le croyant est convié à reproduire en sa propre existence l’exemplaire laissé par Jésus dans sa trajectoire pascale qui de la mort aboutit à la gloire.

     Mais voici dans le passage du discours proposé aujourd’hui que nous n’avons plus les paroles telles que prononcés par Jésus aux jours de sa vie terrestre, mais ce que les disciples d’après Pâques en ont retenu. Une première communauté chrétienne lit les paroles de Jésus et les relie à ce temps de son apparente absence. Il est là toujours, prêt à se donner, à tracer le chemin par sa force spirituelle. Il est présent toujours, et plus particulièrement, plus efficacement dans le mémorial du dernier soir quand il a parlé du pain qui désormais est son corps, du vin qui est son sang. Et l’évangile de Jean, dans un langage d’un réalisme presque choquant, insiste sur la nécessité de manger ce pain qui est son corps, de boire ce vin qui est son sang. C’est ainsi que l’on communie à sa vie, que sa vie devient la nôtre. Recevoir, manger, boire pour demeurer, non pas seulement avec lui, mais en lui. « Demeurer » : c’est pour Jean le mot important. Il ne s’agit pas d’un simple souvenir qui ne dure qu’un temps, mais d’une communion véritable et stable avec celui qui sauve et refait la vie et fait entrer en gloire. Comme dans l’image de la vigne, les sarments vivent de leur attache au cep, mais avec ici la référence à la nourriture concrète de chaque jour qui fait « demeurer » dans l’état de la vie.

     Ce discours, ces paroles sont et seront toujours difficiles à entendre. Nous sommes comme acculés à l’impossible. Oser croire que notre vie peut ainsi s’unir, se greffer à la sienne et être ainsi promise à la plénitude! Oser croire que la mort n’est pas la fin de tout! La tentation est grande de tourner le dos à celui qui tient un tel discours; comme plusieurs des disciples, dire : « Ces paroles sont intolérables, on ne peut continuer à l’écouter... et ils cessèrent de marcher avec lui. » La tentation aussi de retenir son adhésion à son discours et de continuer malgré tout de marcher avec lui parce qu’il apporte la consolation qui est un besoin profond du cœur…

     Pourtant, ces paroles sur le pain de vie sont comme l’ouverture à une immense espérance, celle qu’il a lui-même authentifiée en entrant librement dans sa passion, en subissant sa mort et en ressuscitant au troisième jour. Une espérance alors qui ne serait possible que pour qui a reçu le don de croire vraiment? Une espérance pourtant qui demande à grandir avec le mûrissement de la foi, comme chez Marthe. Pourquoi imposer semblable limite? Pourquoi pas une espérance offerte à tous ceux et celles qui refusent d’être arrêtés par le mur du seul possible à regard humain? L’espérance qui a porté, durant leur vie terrestre, tant de ceux et celles dont nous faisons aujourd’hui commémoration.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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