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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 88 (2003).

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Signe de salut

30 mars 2003
Année B: 4e dimanche du Carême
Jean 3, 14-21

 « Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (v. 17)

« Comme Moïse éleva le serpent au désert [...] » Jean fait appel à un épisode de la vie du peuple élu au désert (Nombres 21, 4-9). Il interprète cet épisode - surtout, le serpent d’airain dressé en étendard - d’abord comme un signe. Il le fait selon l’habitude et la manière qu’il a de parler de signes: un objet, une parole, une personne qui incitent à voir et entendre plus avant et plus profond. Déjà, bien avant lui, le Livre de la Sagesse avait ainsi parlé du serpent d’airain: [...] ils avaient un signe de salut pour leur rappeler le commandement de ta Loi (Sagesse 16, 5-7). Mais voici que du signe, Jean fait une prophétie. Le serpent préfigure le Christ qui sera élevé au-dessus de la terre. Élevé en étendard sur la croix, exposé au regard de tous; élevé en gloire auprès du Père par sa résurrection. Dans les deux cas, un signe qui devient sacrement de la vie donnée, de l’accomplissement du destin humain. Et le texte continue, jouant sur les mots, les situations, en développements d’un discours de Jésus qui s’adresse à on ne sait trop qui, à nous peut-être. Il y est question de la vie et du jugement, de la vie qui devient éternelle, du jugement qui sera définitif.

     Trois traits de ce texte de prime abord énigmatique et difficile retiennent notre attention. Le premier trait qui enveloppe les deux autres et donne la clé de tout: l’amour du Père pour son peuple, pour tous les humains. Les deux autres traits découlent de cet amour: la vie donnée, le jugement. Et ce qu’il y a de plus admirable en ces deux derniers traits, c’est qu’ils sont, comme le premier, non pas promis mais déjà accomplis et toujours en accomplissement. L’amour de Dieu est de tous temps. En Jésus il s’est manifesté dans notre histoire comme le dit Jean: « Il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui [...] ait la vie éternelle. » Bien sûr la condition posée: croire en lui; peut sembler sinon impossible, au moins au-delà des seules possibilités humaines. Il s’agit pourtant de tourner son regard vers le signe, de se laisser interroger par le signe, et, progressivement, d’avancer au-delà du signe. Alors la vie commence à se déployer dans toute son ampleur, à dépasser les horizons qu’elle croyait lui avoir été étroitement fixés. La vie éternelle, c’est déjà aujourd’hui. Pas parfaitement, sans doute, mais comme une source souterraine qui va s’amplifiant et se gonflant, contournant les obstacles, se jouant d’eux et jouant avec eux, pour surgir un jour en pleine lumière et en pleine force.

     Il en va de même du jugement. Déjà il est prononcé, et le plus étonnant dans ce discours de Jésus comme en tant d’autres que nous rapporte Jean, le jugement n’est pas prononcé par Dieu mais par celui-là, celle-là qui en est l’objet. Encore ici, c’est l’attitude en présence du signe qui est le jugement. À travers le jeu des oppositions lumière et ténèbres, oeuvres de vérité et oeuvres de mal, un choix s’impose, qui nous appartient, qui est de nous, et qui est le jugement que nous prononçons sur nous-mêmes. C’est un peu comme si Dieu n’avait plus qu’à sanctionner notre choix. Il a tout fait pour que nous choisissions la lumière et la vie, il nous a donné les signes nécessaires; « Il a envoyé son Fils dans le monde, non pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »

     À l’approche de Pâques, au cours de notre marche vers Pâques, un signe nous est rappelé: le Christ élevé en croix et en gloire. Un signe qui peut nous retenir ou que nous pouvons ignorer. Une lumière à laquelle notre regard peut consentir ou se faire distrait, indifférent. Un signe donné qui est grâce de Dieu, qui nous dit son désir de vie pleine et claire pour nous, et devant ce signe, notre liberté d’accepter ou non de le voir et d’aller au-delà. Le jeu de la grâce et de la liberté tout entier commandé par un supposé, suspendu à lui: la foi. Croire que Dieu aime le monde et veut son bonheur, croire en son envoyé. Autrement le signe ne signifie plus rien, n’entraîne plus, n’incite plus à la marche en avant. Mais ici encore l’amour de Dieu se manifeste. Il a envoyé son Fils vers nous. Ce fils, nous pouvons le côtoyer comme un frère, apprendre de lui le jeu de grâce et de liberté en des mots et gestes qui sont à notre portée, apprendre le jeu des signes et laisser progressivement la vie s’ouvrir pour nous en plénitude.

YVON-D. GÉLINAS
Ottawa

 

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